Cilia [Dryade d'Eau / Barde]

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Cilia [Dryade d'Eau / Barde]

Message  Athyl le Ven 3 Nov 2017 - 9:18

Nom : Cilia

Âge : 199 ans

Sexe : Féminin

Race : Dryade d'Eau

Taille/Poids : La taille de Cilia varie beaucoup, selon sa position. Avec ses tentacules totalement étendus, elle peut atteindre plus de deux mètres, mais c'est une position qu'elle tient extrêmement rarement. La plupart du temps, sa taille sera d'environ 1m65. Elle pèse 30 kilos.

Classe : Barde

Arme : Cilia ne porte aucune arme, au sens humain du terme. Ses seules armes, en dehors de ses pouvoirs, sont ses tentacules.

Armure : La peau de Cilia, constamment humide, est très glissante. Si quelqu'un essaie de l'attraper, elle lui filera assez facilement entre les doigts. En-dehors de ça, elle ne porte aucune armure.

Capacité spéciale : Télékinésie. Cilia possède un don télékinétique très particulier, qui s'apparente plus à de la lévitation. Inconsciemment, elle utilise ses pouvoirs pour se maintenir debout. Sans cela, elle serait affalée au sol, toute rabougrie, telle une pieuvre hors de l'eau. Bien que cela ne l'empêcherait pas de se déplacer, ce serait beaucoup plus disgracieux. Ses pouvoirs permettent à Cilia de se maintenir debout, flottant à une dizaine de centimètres du sol. N'ayant même pas conscience de l'existence d'un tel pouvoir, Cilia ne peut pas l'utiliser sur d'autres objets qu'elle-même.

Capacité raciale : Magie de l'eau. Fille de l'eau, matérialisation de l'élément liquide, Cilia est un être magique issu de la nature, une Dryade d'Eau. En tant que telle, elle maîtrise la magie de l'Eau comme certains respirent.

Sorts/Compétences :
- Combat à mains nues. L'apparence de Cilia a de nombreux inconvénients, notamment quand il est question de relations sociales. Néanmoins, posséder les attributs d'une pieuvre peut avoir ses avantages. L'un d'eux est sa capacité à utiliser tous ses tentacules avec une grande dextérité. Cilia peut s'en servir pour se battre, et une fois dans ses bras, il est difficile d'en sortir.
- Magie du son. Un vieux proverbe de marin dit que sous l'eau, personne ne vous entends crier. Cilia est une exception à la règle. Dotée d'une voix enchanteresse malgré son physique repoussant, elle a rapidement compris tous les usages qu'elle pouvait faire de sa voix – et bien plus encore.
- Magie du soin. L'eau peut-être un élément dangereux, imprévisible, plus encore que le feu selon Cilia. Après tout, les gens se méfient du feu, ils connaissent son pouvoir destructeur, mais qui songerait à se méfier d'une eau paisible ? Cilia est bien placée pour savoir qu'elle peut cacher des dangers insoupçonnés... Néanmoins, comme le feu peut réchauffer sans brûler, l'eau peut soigner sans noyer ou inonder. Cilia s'applique à maîtriser ces deux facettes de la même pièce.
- Courant régénérateur (Magie du soin). Soigne en enveloppant la blessure d'une eau aux propriétés cicatrisantes. Fonctionne particulièrement bien sur les brûlures. (3 fois maxi par combat, ne peut pas soigner de fracture avant le grade Expert)
- Chant d'espoir (Magie du son/Magie du soin). Un chant qui donne du baume au cœur et qui rétablie. Soigne tout ceux qui sont à portée de voix, alliés comme ennemis. (3 fois maxi par combat, ne peut pas soigner de fracture avant le grade Expert)
- Hurlement (Magie du son). Puise dans sa colère pour produire un hurlement dévastateur. L’effet dépend de la distance entre la cible et Cilia. A bout portant, directement hurlé à moins d’un centimètre de l’oreille, elle provoque des lésions internes, pouvant conduire au décès. Jusqu’à un mètre, cela cause un malaise, jusqu’à l’évanouissement. Au-delà, ceux qui entendent le cri doivent se boucher les oreilles face au cri strident. (2 fois maxi par combat)
- Écho des profondeurs (Magie du son). Cilia fait résonner sa voix, brouillant l'audition de sa cible, qui croit l'entendre dans toutes les directions à la fois. Cilia se sert aussi de ce sort pour communiquer sous l'eau. (4 fois maxi par combat)
- Nappe de brouillard (Magie de l'eau). Génère une nappe de brouillard extrêmement épaisse dans les 50 mètres autour de Cilia, et dans laquelle elle est la seule à pouvoir voir. (1 fois maxi par combat, dure 2 posts)
- Trombe (Magie de l'eau). Crée une masse aqueuse, que Cilia peut projeter sur ses adversaires. Capable de renverser un humain moyen, elle n'aura qu'un effet de repoussoir sur une cible lourde (dépassant les 100 kilos). (3 fois maxi par combat)
- Prison aqueuse (Magie de l'eau). Cilia enferme une cible dans une grande bulle qu'elle remplit d'eau. Il reste possible de s'en échapper, ou de rester en apnée dedans. (3 fois maxi par combat, dure 2 posts)
- Ébullition (Magie de l'eau). Cilia découvre le bec derrière sa tête, et expulse un jet d'eau brûlant. (6 fois maxi par combat)

Compétences secondaires :
- Chant. A l'image des Sirènes qu'elle a fréquenté, Cilia chante magnifiquement bien. En-dehors de son apparence, c'est l'élément que marque le plus les gens qui ont rencontré la Dryade.
- Maîtrise de la langue des Sirènes. Les Sirènes furent le premier peuple à accepter Cilia. Elle passa beaucoup de temps avec elles, au point d'apprendre leur langue.
- Maîtrise de la langue des Nagas. Autre grande race peuplant les mers, mais avec laquelle Cilia a moins d'accointance qu'avec les Sirènes. Néanmoins, elle a suffisamment passé de temps avec eux, pour parler entre autres des « races qui marchent », pour apprendre à parler la langue des hommes-serpents.
- Connaissance géographique fluviale. Cilia a énormément voyagé dans sa quête de réponse. Elle a donc acquis une grande connaissance sur la géographie d'Orcande, et plus particulièrement des grands cours et étendues d'eau, qu'elle a beaucoup utilisé pour se déplacer.

Physique : Cilia possède un corps très semblable à celui d'une pieuvre. À la place de ce qui auraient dû être ses jambes se trouvent six tentacules. Son torse, étroit et difforme, présente des petites excroissances de peau, qui donnent l'impression qu'elle porte un décolleté en dentelle. Mais ce n'est qu'un effet d'optique. Deux tentacules, aussi longs que les autres, lui servent de bras.



Mais le plus terrifiant reste le visage de Cilia : comme figée dans le marbre, ses traits fins rappellent davantage un masque de gisant qu'une face humaine. Derrière deux lourdes paupières, deux grands yeux intégralement noirs semblent perdus dans le vide. Mais ce « joli » minois est un leurre. Derrière une chevelure frémissante, et constamment en mouvement, se cache un bec, le même qu'on peut trouver chez les pieuvres. Si les Dryades ressentaient le besoin de se nourrir, c'est probablement par là que Cilia le ferait.
La peau de Cilia est d'un bleu très clair, tirant sur le blanc, qui lui donne un aspect fantomatique. Naturellement moite et visqueuse, la Dryade veille consciencieusement à la maintenir humide.



Personnalité : Cilia est d'un tempérament quelque peu lunatique. La plupart du temps, elle est sereine, dans un état de semi-contemplation permanent. L'opacité de ses pupilles, le manque d'élément de son visage permettant de révéler la moindre émotion, comme des sourcils par exemple, lui donne un aspect très froid. Néanmoins, quand quelqu'un s'attaque à quelque chose qui lui est cher, ou qu'elle se sent menacée, Cilia est capable d'entrer dans des colères monumentales. Dans ces cas-là, elle n'aura aucun remords à éliminer le ou les responsables. Elle ne tue jamais par plaisir, mais ne rechignera pas à le faire si besoin est. Les moments de joie sont rares chez Cilia, et quand ils arrivent, ils sont le plus souvent intériorisés. Il lui arrive également de chanter quand elle est apaisée. Mais elle ne le fait généralement qu'à l'écart d'oreilles humaines.

Les personnes qui ont pu rencontrer Cilia ont été marqués par sa voix. À l'image de son apparence, la voix de la Dryade n'a rien d'humain, et ne concorde en rien avec son apparente fragilité. Elle est profonde, avec un écho étrange, comme si elle parlait depuis une caverne, au loin.

Cilia communique difficilement avec les gens. Non qu'elle ne sache pas, ou ne puisse pas, mais elle a vécu presque toute sa vie à l'écart des Humains, et de toute autre race incapable d'aller sous l'eau. Elle connaît mal les coutumes, les règles qui régissent les royaumes d'Orcande. Ses connaissances, Sirènes et Nagas, lui ont par ailleurs toujours conseillé de se tenir le plus loin possible des races terrestres, particulièrement des Humains. Étant donné le physique atypique de la Dryade, ce n'est pas le plus simple. De fait, même si elle ne comprend pas tout ce que font ceux qui l'entourent, elle préfère observer en se murant dans le silence. Les rares fois où elle communique, Cilia a tendance à parler d'une manière pompeuse et énigmatique. Loin d'elle l'idée de vouloir embrouiller ses interlocuteurs, il s'agit de sa façon normale de parler. Comprenant les difficultés que cela représente de se faire comprendre, Cilia préfère encore se taire.

Histoire : L'homme prit place à côté de la cheminée. Il soupira d'aise en s'asseyant, soulagé d'accorder un peu de répit à son dos. Le froid et la pluie au-dehors avaient eu raison lui, et il était plus que ravi de pouvoir se reposer.

- Hé, le conteur ! T'endors pas sur tes lauriers !

Évidemment... Ici comme ailleurs, le gîte n'est pas offert. Déjà, autour de lui, un petit groupe de badauds curieux s'installait pour écouter ce qu'il avait à dire. Tauriel se racla la gorge avant de se lancer.

- Mes bons amis. Connaissez-vous l'histoire de la Sirène d'Orfontaine ? C'est un petit village à la croisée des chemins. Entre le lac Titelli et l'océan Haquemire, entre la forêt des Elfes et celle des Centaures. Un centaine d'âmes, guère plus... Et bien, ce petit village connaissait d'énormes difficultés : attaques de Centaures, pillages d'Orcs, toutes les horreurs de Méphiti leur rendaient la vie impossible. Leurs femmes n'osaient plus sortir de chez elles, les enfants ne jouaient plus dans les rues, les hommes ne trouvaient plus le sommeil. Le bourgmestre a bien essayé de demander de l'aide, d'armer son village, mais que voulez-vous, n'est pas soldat qui veut ! Surtout face à ces sauvages... Un beau jour, le village teint une réunion solennelle. Le bourgmestre avait envoyé des émissaires dans toutes les villes avoisinantes : serait grassement récompensé celui qui trouverait le moyen d'assurer la paix et la tranquillité à Orfontaine.

Petit moment de suspense, le temps de se rafraîchir le gosier. Le public semblait plutôt réceptif ce soir. C'était rare à ce stade de l'histoire, mais ça arrivait. Sa tâche n'en serait que plus aisée, et il aurait d'autant plus mérité une chambre avec un bon lit.

- Le temps passa. Les jours devinrent des semaines, les semaines des mois. Et l'appel d'Orfontainte resta sans réponse. Pendant ce temps, les pillages continuaient. Désemparé, et dans l'absence de réponse des Hommes, un habitant se tourna vers les Dieux. Il se rendit au temple sous une pluie battante, et implora Théno de lui venir en aide. Nombre de femmes et d'enfants avaient été tués au cours des attaques, et il ne voulait pas que sa famille soit la prochaine sur la liste. Il pria toute la nuit, jusqu'à en avoir les genoux en sang, et à tomber de fatigue sur l'autel. Est-ce que sa prière avait fonctionné ? Est-ce qu'une ville voisine, prise de pitié, avait enfin décidé d'agir ? Nul ne le sait. Toujours est-il que le lendemain, un homme s'est présenté. Entièrement vêtu de noir, il portait un long manteau avec un symbole dessus : un corbeau tenant une étoile.

Nouveau silence. Des chuchotements parcouraient l'assemblée. Le conteur interpella le tenancier de l'auberge :

- Holà tavernier ! Une cervoise de ta meilleure barrique !

Plusieurs approbations se firent entendre, et une dizaine de personnes abandonnèrent leur chaise précipitamment pour aller remplir leur godet. Le conteur glissa subrepticement un clin d’œil au maître des lieux. C'était un arrangement classique dans le métier. Si on voulait une chambre gratuite, ou tout du moins à moitié prix, il fallait compenser. C'est donnant-donnant.
Il ne fallut pas longtemps avant que chacun ait regagné sa place, sa chopine fermement tenue, attendant la suite de l'histoire.

- L'inconnu alla à la rencontre du bourgmestre, pour lui demander s'il était bien dans le village d'Orfontaine. Le bourgmestre lui répondit que oui, et lui demanda ce qu'il cherchait. Il répondit qu'il était venu pour les aider, suite aux messages qu'il avait entendu. Ravi, le chef du village lui demanda comment il comptait s'y prendre. L'inconnu était seul, et ne semblait pas armé. L'inconnu ne dit rien, et se dirigea vers la place de la fontaine, au centre du village. Intrigué, tout le monde le suivit. Avez-vous déjà vu cette fontaine mes bons amis ? C'est un vrai chef d’œuvre, presque un miracle qu'un travail d'une telle minutie se trouve dans un endroit aussi reculé. On raconte qu'elle est tellement belle que les Elfes eux-mêmes sont venus la remplir avec de l'eau magique, de l'eau de chez eux. Bref. L'inconnu au corbeau sortit une petite fiole de sous sa cape. Elle contenait un liquide bleu, brillant. Il la versa dans la fontaine, d'une seule traite, comme ça, flouch ! Puis, il récita une incantation dans une langue étrange. Il dit : « Cela devrait vous protéger. Je reviendrais dans six mois pour le paiement. ». Et il repartit, comme ça, l'air de rien. Je vois votre air moqueur mon bon monsieur, tout le monde avait le même au village ! Comment ? Disait-on. Il verse ses mixtures dans notre fontaine, et il s'en va ?! C'est un charlatan !

Nouvelle rasade dans le gosier. L'assistance était pendue à ses lèvres.

- Quelques jours plus tard, tout le village entendit le bruit d'un cor de chasse. Les Centaures revenaient, le sort n'avait pas marché. Chaque habitant se préparait au pire, barricadait sa maison, s'armait d'une fourche. Dans le silence de la plaine, on entendait le bruit des sabots martelant le sol. Mais, alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres du village, une voix se fit entendre. Une voix magnifique, profonde. Elle émanait de la fontaine ! Une fontaine qui chante, vous y croyez vous ? Et ben eux non plus. Toujours est-il qu'en entendant cette merveilleuse mélopée, les Centaures se sont arrêtés, et ont rebroussé chemin ! Le village était en liesse : l'inconnu avait réussi à protéger le village. Les habitants commençaient déjà à préparer la somme pour le retour de l'homme en noir, dans une demi-année.

Le conteur se dit que lui aussi, aurait bien aimé un petit miracle dans ce genre là. Qu'un inconnu entre dans sa vie, et qu'avec une potion magique, le libère de tous ces ennuis. Mais ces histoires, à défaut d'être des contes de fées, n'arrivaient qu'aux autres...

- Et les nouveaux pouvoirs de la fontaine ne s'arrêtaient pas là. Le village est prêt de l'océan. Vous vous en doutez, la pêche est une affaire lucrative pour les gens d'Orfontaine. Un beau jour, un pêcheur du cru a ramené avec lui une énorme pieuvre. La bête n'avait pas survécu au voyage, et des mouches commençaient déjà à s'agglutiner sur elle. Le pêcheur la donna à ses enfants pour qu'ils s'amusent avec. Et oui ma bonne dame, je sais bien, mais que voulez-vous, dans ces endroits perdus, on fait avec ce qu'on a... Toujours est-il qu'en s'amusant, les enfants ont fait tomber la pieuvre (ou ce qu'il en restait) dans la fontaine magique. Et là, la pieuvre est ressortie de la fontaine, comme si elle venait juste d'être sortie de l'océan ! Les bienfaits de cette fontaine ne semblaient pas finir et... comment ? Qu'est devenue la pieuvre ? Les enfants l'ont rattrapé et ont continué de jouer avec. Mais pourquoi vous... ? Bah, peu importe.

Évidemment, il fallait toujours qu'il y en ait un pour poser les questions stupides qui n'intéressent personne. Qu'est-ce qu'on en avait faire de cette pieuvre ? Allez hop, un autre petit coup pour se donner du courage.

- La nouvelle a vite fait le tour du village. Chacun voulait boire de l'eau magique, chacun voulait sa cure de jouvence. Le moindre mal, la moindre blessure était soignée par cette fontaine miraculeuse. Tant et si bien qu'à un mois du retour de l'inconnu vêtu de noir, le volume d'eau avait diminué de plus des deux tiers. Le bourgmestre tenta bien d'interdire à ses habitants de servir de la fontaine, mais rien n'y faisait, le niveau baissait inexorablement. Un nuit, la veille de la date du paiement, tout le village fut recouvert d'une brume épaisse. Vous ne connaissez peut-être pas ça, par chez vous, le genre de brouillard qui vous empêche de voir à un mètre devant vous. Le bourgmestre, pensant que quelqu'un allait en profiter pour se servir de l'eau enchantée malgré l'interdiction, décida d'aller faire le pied de grue devant la fontaine. Et c'est alors que la créature lui apparut.

Le conteur était certain d'avoir entendu en petit cri de terreur venu du fond de la salle. C'était le moment du grand final.

- Flottant au-dessus de la fontaine, un être tentaculaire le regardait. Bercée par la lumière de la lune, sa forme impie transperçait la brume. Camouflé par le vent, on pouvait entendre une chanson, similaire à celle qu'ils avaient entendu tant de fois pour se protéger des attaques. Le bourgmestre hurla, et détala chez lui comme un lapin pourchassé par une meute de chiens. Le lendemain, le brouillard avait disparu, et la fontaine était aussi sèche qu'une peau d'Homme-Lézard. Le soir venu, l'inconnu, comme promis, revint à Orfontaine. Quand il apprit ce qu'il s'était passé, il s'en alla sans un mot.

Un jeune garçon qui était là sembla hésiter quelques instants, se décida à poser la question qui brûlait les lèvres de tout le monde dans l'auberge :

- Qu'est-il arrivé au village ?

- Sans leur protection, le village a fini par être totalement détruit par les pillards. Il ne doit en rester que des ruines.

- Et la créature ?

- On raconte que l'homme en noir est parti à sa recherche. Quant à la créature, certains pêcheurs affirment l'avoir vu, à travers tout Orcande. Les dieux seuls savent ce qu'elle recherche... Cette histoire m'a donné soif, pas vous ?

Et hop, une deuxième tournée pour le plaisir du patron. La soirée continua sur un ton plutôt gaillard. Une fois la nuit bien avancée, le conteur monta à l'étage pour rejoindre la chambre que lui avait assigné le tavernier. Deux tournées générales en une soirée, c'était plutôt un bon résultat. Il s'approcha de la porte, s'étira en pensant la bonne nuit de sommeil qui l'attendait, quand un homme vint à sa rencontre, visiblement l'occupant de la chambre voisine.

- Holà conteur ! Formidable votre histoire de ce soir, j'en ai encore la chair de poule ! Mais dîtes moi, où avez-vous entendu parlé de tout cela ?

- Et bien mon cher ami, un bon conteur ne révèle jamais ses sources. Mais vous savez ce que c'est, les gens parlent. Il suffit de savoir où chercher, et de quelques godets pour délier les langues, ajouta-t-il avec un clin d’œil.

Il allait ajouter quelque chose, mais le poignard qui se ficha dans sa poitrine l'en empêcha. L'homme tenait la lame de sa main droite, sur laquelle trônait une chevalière représentant un corbeau tenant une étoile.

- Je suis navré mon brave, mais vous en savez beaucoup trop.

D'un geste vif, le meurtrier ouvrit la porte de la chambre du conteur, et l'amena jusqu'au lit, où il déposa le corps le plus silencieusement possible. Il était tard, l'aubergiste ne viendrait vérifier la chambre que le lendemain matin, voire sur les coups de midi. Dans tous les cas, il serait déjà loin. Il referma doucement la porte, et d'un claquement de doigt, se fondit dans les ombres pour sortir du bâtiment sans être repéré.


***


Bien à l'abri des regards, l'homme finissait d'écrire son rapport de mission. La cible avait été éliminée, et l'on ne remonterait jamais au coupable. Ce gêneur disparu, l'homme pouvait se concentrer sur sa véritable tâche : retrouver Cilia, la Dryade. Non, sa Dryade. Après tout, c'était son arrière-arrière-grand-père qui avait travaillé d'arrache-pied pour mettre au point la formule, c'est lui qui avait réussi avec succès à reproduire un des plus grands prodiges de la nature : éveiller une Dryade. Le conteur avait dit vrai, pour la majorité de son histoire : craignant de finir dans l'estomac de ces stupides paysans, l'eau de la fontaine, sous l'influence de la décoction alchimique, s'était éveillée. Ainsi était née Cilia. Aujourd'hui, et malgré les recherches entreprises par ses aïeux et lui-même, elle restait introuvable.

Pourtant, les indices ne manquaient pas. La première fois qu'on avait revu Cilia, c'était sur la côte telbarane, en compagnie de Sirènes, avec lesquelles elle semblait converser. L'homme se fiait à ces témoignages : après tout, même pour une Dryade d'Eau, Cilia avait une apparence toute singulière. Ce n'est que quinze ans plus tard qu'on a retrouvé sa trace, cette fois-ci, grâce à une bande de pêcheurs travaillant autour des îles Maléniennes. Elle jouait avec ces Hommes-Serpents, les Nagas. Un autre témoignage, 50 ans plus tard, lui permettait de localiser ce qu'il considérait comme sa propriété au large de Bustre, dans l'Océan d'Honneur. Pour la première fois, elle s'était entretenue avec un Humain. L'homme avait dérivé après un naufrage, et Cilia l'avait sauvé. De nature curieuse, les deux avaient discuté. Cilia avait passé toutes ces années à explorer les fonds marins. Elle prétendait même avoir été en contact avec un Léviathan. Un Léviathan... Rien que d'imaginer qu'une créature comme celle-là puisse vivre quasiment sous leurs pieds lui donnait des frissons.

Depuis ces trente dernières années, les témoignages s'étaient fait plus rares, moins précis, et il lui avait été difficile de faire la part des choses entre la réalité et les délires des marins ivrognes. Cilia semblait se tenir éloignée des hommes. Elle devenait prudente, avec les années. Si on l'apercevait, ce n'était souvent qu'un brouillard très dense, d'où s'échappait une voix enchanteresse. Prudente, mais potentiellement agressive. Il y a cinq ans, un marin assure avoir vu une créature ressemblant à Cilia entraîner un marin un peu trop volubile au fond de l'océan.

L'homme se massa les tempes. Il avait l'impression de tourner en rond, mais il ne pouvait pas abandonner. Pas après tous les sacrifices qu'il avait fait, ainsi que son père, le père de son père et son père avant lui. Leur nom était porté en disgrâce depuis que ce qui aurait dû être une de leur plus belle création s'était faite la malle. Il la récupérerait, de gré ou de force.
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