Madame la Baronne et ses esclaves, à l'attaque de Mortelune

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Re: Madame la Baronne et ses esclaves, à l'attaque de Mortelune

Message  Helceok le Sam 11 Nov 2017 - 17:40

Helceok sillonnait tranquillement la forêt, les yeux obstinément rivés sur la cime des arbres qu'elle observait avec attention. Les feuilles de son lierre frémissaient au contact du vent. Cela faisait un bon moment qu'elle avait quitté les abords de Telbara pour reprendre le cours de son voyage, regagnant peu à peu le nord. Elle errait sans destination précise, changeant de lieu ou s'y attardant au gré de ses envies, mais n'était en rien désœuvrée. D'une part, elle poursuivait studieusement son apprentissage, créant au besoin diverses mixtures aux propriétés variées. Elle parvenait assez souvent à obtenir l'effet recherché, bien qu'elle soit encore loin d'égaler les remèdes de sa tutrice en terme d'efficacité. D'autre part, elle n'avait pas perdu sa détermination à approfondir sa maîtrise de la magie. Un peu plus renseignée sur le sujet suite à sa rencontre avec Eon, la centauresse avait troqué son curieux appétit pour les plantes contre des entraînements réguliers, durant lesquels elle essayait tant bien que mal de ressentir, mais surtout d'influer, les énergies décrites par le chamane. Hélas, elle n'avait obtenu aucun résultat probant à ce jour, ce qui ne l'empêchait pas de garder espoir.

Quand bien même son manque de progression l'inquiétait peu, Helceok songeait de plus en plus à retrouver la trace de la dryade l'ayant autrefois sauvée. A en croire Eon, elle serait, tout comme ses semblables, une véritable connaisseuse en matière de magie, et donc peut-être bel et bien à l'origine de ses pouvoirs. Elle seule saurait la guider. Le souvenir de leur rencontre avait beau remonter à un certain temps, cela n'empêchait pas la centauresse d'en reconstruire quelques bribes. Elle se souvenait de son corps d'arbre, de sa taille imposante, d'avoir été portée et nourrie par elle... Et si le contenu exact de leurs conversations s'était érodé avec le temps, elle se souvenait au moins de son nom : Celemia. La dryade l'avait recueillie dans une zone forestière assez proche d'habitations humaines, exactement comme celle dans laquelle la centauresse se trouvait actuellement. Évidemment, elle ignorait de quel endroit il s'agissait, précisément, et le degré de proximité avec les-dits villages. Mais le fait de se trouver dans un lieu similaire poussait Helceok à porter son attention sur les arbres. Qui sait ? Peut-être que Celemia ou une de ses consœurs se cachait parmi eux ?

Malgré sa proximité avec les villes humaines, la centauresse veillait à rester à l'écart des zones habitées et des sentiers, privilégiant les endroits à végétation dense sans pour autant être impraticables. En outre, il avait plu la veille. Le sol et les plantes étaient encore humides, et quelques nuages menaçants couvraient encore le ciel. Or, un temps pareil encourageait souvent les humains à limiter leurs déplacements, voire à se terrer chez eux. Helceok se pensait donc en relative sécurité, et poursuivait sereinement ses recherches.

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Message  Schizae le Sam 11 Nov 2017 - 23:39

Le matin arrive, Qxid’Ul s’en va.

Schizæ se rend dans la grande salle où Brunehaut, sa tante, tricote une écharpe de laine en prévision de l’hiver. Le temps lui donne d’ailleurs raison : il fait un froid de canard. La fille salue sa tante puis demande à voir son oncle.

BRUNEHAUT – Ma chère Schizæ, il va falloir vous armer de patience, car mon époux est occupé.

Son ton est sec, cassant, aussi glacial que le temps. Schizæ hoche la tête sans rien ajouter et quitte la pièce pour rejoindre sa chambre.

Brunehaut ne la tient pas dans son cœur. Il semblerait qu’elle soit plus rancunière que son époux. Elle ignore que c’est Schizæ elle-même qui a tué Aliénor, sa fille. Elle doit donc lui en vouloir pour une autre raison. La fille n’y pense pas plus. De toute façon, Brunehaut n’est qu’une femme : elle n’a aucune influence sur le cours de choses, et surtout pas sur la suite de son histoire. C’est Siegebert, l’homme de la famille, qui détient les rênes de son avenir.

Allongée sur le lit, elle laisse son esprit divaguer, de plus en plus loin, jusqu’à quitter son corps et traverser les murs de pierres. L’esprit de la fille avance à l’aveuglette et finit par trouver ce qu’il cherche : dans une salle se trouve Siegebert, ainsi qu’un Xolon et un humain. Tous trois parlent avec le plus grand sérieux.

HUMAIN  – … en agissant de la sorte, nous mettrions cette relative paix en danger.
SIEGEBERT – Bénoïc Maison-Rouge déclarera la Guerre à celui qui héritera du domaine de Mortelune, qu’il s’agisse de vous ou de moi. Et vous savez très bien qu’aucun de nous deux ne peut lui tenir tête. Du moins, pas seul. Mais si nous nous allions, alors l’issue de cette Guerre pourrait être différente…
HUMAIN  – Et dans ce cas, peut être ne nous déclarerait-il pas la Guerre…
SIEGEBERT – Voyons, ne soyez pas naïf, Gauthier… Vous connaissez Bénoïc Maison-Rouge. Il est rancunier, belliqueux et stupide, même s’il ignore l’issue d’un tel combat, il s’y engagerait de front pour laver l’affront. Mais à deux, nous pouvons le vaincre.

La fille ne l’avait pas reconnu. Il s’agit de Gauthier de la Baume, son ancien camarade de jeu. Ils avaient été amis jusqu’à ce que le garçon jette son dévolu sur Sollyana, la grande sœur de Schizæ, et oublie totalement cette dernière. Cela fait maintenant trois ans qu'elle ne l’avait pas revu. Il a changé. Il est devenu plus grand, plus fort et plus mature. Il n’a conservé que sa blondeur, ses yeux bleus et ses dents trop longues.

GAUTHIER – J’examinerais votre proposition. Un mariage est un engagement important, vous devriez également prendre le temps de réfléchir au meilleur avenir possible pour votre nièce…
SIEGEBERT – Nous n’avons pas le temps pour ça ! Le propriétaire du domaine de Mortelune va être désigné du jour au lendemain. Si nous annonçons dès à présent le mariage du baron de la Baume et de la Dame de Triant, alors vous serez immédiatement désignés comme héritiers. Mais si nous attendons, le choix se fera entre nos trois familles, et vous savez très bien qu’il reviendra à la plus puissante : les Maison-Rouge.

L’esprit de Schizæ s’éloigne de la salle pour revenir vers son corps. Une fois de retour dans la chambre, la fille reste allongée sur le lit. Voilà donc les plans de son oncle… la marier à Gauthier de la Baume pour créer une alliance avec cette noble famille. Ainsi, par le biais de sa nièce, il aurait une mainmise sur le domaine de Triant et étendra son influence à Estandre. Quand à Gauthier, en l’épousant, il deviendrait propriétaire du domaine.

Et si Siegebert se montre aussi pressé de la marier, ce n’est pas tant par les arguments qu’il donne à Gauthier. Non, Schizæ le sait très bien, le problème vient de sa mauvaise réputation. Les de Triant ont trahi les Estanols, et même si à cette époque elle n’était qu’une enfant, elle reste le mouton noir difficilement mariable.

Et tout ne s’arrête pas là. Une fois le mariage terminé et les héritiers du domaine de Mortelune désignés, il leur faudra préparer la guerre contre le puissant vicomte Bénoïc Maison-Rouge… Tout cela la dépasse. Elle reste un long moment sur le lit, abrutie par ces nouvelles.

Ce n’est que lorsque le soleil est haut dans le ciel qu’elle finit par sortir de sa chambre. Elle se rend alors aux jardins. Elle espère que le froid glacial l’aidera à remettre ses idées en place. Elle atteint un saule pleureur, tout près d’un ruisseau. Elle s’assoit et se met à jouer avec l’eau. Lorsque ses doigts sont complètement glacés, elle se fait surprendre par un bruit. Elle se retourne vivement. Derrière elle se trouve Gauthier de la Baume.

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Message  Qxid-Ul le Dim 26 Nov 2017 - 11:13

Qxid-Ul repéra l'odeur d'un Centaure. Un mâle, musqué, et l'odeur semblait isolée. L'Homme-lézard s'approcha lentement, jusqu'à voir sa proie : l'équidé se trouvait en plein sur un petit chemin serpentant jusqu'à un village au loin, il cueillait des fruits et Qxid-Ul remarqua bien vite qu'il boitait et portait un bandage à une patte. D'une part, ce Centaure n'était pas en bonne condition physique et Schizæ trouverait insultant que Qxid-Ul lui offre ça, et d'autre part, l'exposition du chemin et la proximité du village rendaient la capture trop risquée.

Armé de patience, Qxid-Ul alla se chercher une autre proie. Allant de zone en zone, d'un bois à un autre, près ou loin des villages, il trouva d'autres Centaures parfois, mais jamais dans de bonnes circonstances. La plupart du temps, le Centaure n'était pas seul, ou alors Qxid-Ul échouait à rester discret et un témoin potentiel avait déjà le regard sur lui. Les heures défilaient, une certaine frustration naissait alors que Qxid-Ul s'était pourtant bien dit qu'il ne réussirait peut-être pas à capturer un esclave dès la première journée. Schizæ devrait attendre : le soir poignait et Qxid-Ul se concentra sur la tâche de trouver un lieu où dormir. Quand toutes les chaumières furent endormies, il se glissa dans une écurie. Le lendemain, il fut parti avant l'aube.

Qxid-Ul avait faim. Il passa une partie de la matinée à se chercher des buissons à baies. Il se sustenta frugalement de mûres, framboises et d'une pêche par chance. Puis, la chasse reprit. Quelques averses courtes mais répétées étaient tombées la veille. Les pieds du reptile rencontraient une terre meuble et humide. Qxid-Ul repéra des empreintes de sabots équins, et espéra que ce ne soient pas celles d'un cheval. Il n'était pas un expert mais avait en plus l'impression que l'équidé était passé ici seul. Peut-être un cavalier ? Qxid-Ul devait espérer que non.

Il ne put pas suivre les empreintes bien longtemps car celles-ci passèrent sur un sol bien plus herbeux. Cependant, l'Homme-lézard eut la chance d'être face au vent qui lui apporta l'odeur tant convoitée : un Centaure. Une femelle, cette fois, probablement seule. Elle avait une étrange teinte végétale, peut-être due à des vêtements atypiques. Qxid-Ul s'approcha à pas de loup, et quand il vit sa proie, il sut que c'était le bon moment de passer à l'action. La Centauresse était effectivement seule, dans un recoin boisé sans nul autre témoin potentiel que les animaux. Sa peau était par endroits parcourue par un lierre. Qxid-Ul trouva cela excentrique mais ne se posa pas de questions à ce sujet. Il se satisfit du plus important : la femelle était jeune et ne portait aucune blessure visible.

A sa volonté, sa peau prit la teinte de son environnement, le camouflant avantageusement. Posant précautionneusement un pied après l'autre en évitant les feuilles mortes et les branches gisantes, l'Homme-lézard s'approcha de sa proie qui semblait elle-même chercher quelque chose et n'avançait donc pas d'un pas régulier. La situation était parfaite. Qxid-Ul resta bien face au vent pour que sa propre odeur ne parvienne pas aux semi-naseaux de la femme-jument avant qu'il ne soit trop tard pour cette dernière.

Qxid-Ul prit appui sur la croupe de la Centauresse et s'installa agilement sur son dos. Ses jambes lui serrèrent les flancs, ses bras passèrent sous ses aisselles et ses mains se verrouillèrent derrière sa nuque.

QXID-UL – Ne crie pas et n'appelle pas à l'aide, ou je te fais souffrir.

Qxid-Ul la renifla de près, et sourit. Cette proie serait parfaite, à première perception. L'Homme-lézard lui aspira magiquement son énergie vitale afin de l'affaiblir. Il était déjà un excellent cavalier, mais autant diminuer les capacité de sa monture à s'agiter dans un rodéo.

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Message  Helceok le Dim 26 Nov 2017 - 23:23

Le nez en l'air, Helceok concentrait toute son attention sur les arbres, et rien d'autre. Quand soudain, elle sentit quelque chose prendre appui sur son arrière train pour se propulser sur son dos. Elle tiqua, poussant un hennissement de panique alors que cette même chose bloquait ses bras. Incapable de se saisir d'une de ses armes, le premier réflexe de la centauresse fut de se cabrer, puis de remuer en tous sens pour lui faire lâcher prise… en vain. La chose était trop bien agrippée, rendant ses saccades inutiles. Elle chercha alors à identifier son assaillant qui, à l'odeur, semblait être un séladien. « Au moins, ce n'est pas un humain », pensa-t-elle.

- Ne crie pas et n'appelle pas à l'aide, ou je te fais souffrir.

« C'est sûr qu'appeler à l'aide au milieu de nulle part va vachement m'aider… abruti », se dit-elle à elle-même. La colère et le stress montaient ; elle se défoulait comme elle pouvait. S'agiter en tous sens ou s'énerver ne la mènerait  à rien dans le cas présent, quand bien même se sentir restreint et chevauché pouvait être désagréable. L'ignoble individu s'était habilement cramponné à elle, et semblait avoir anticipé toutes ses réactions. Se sortir d'une telle situation nécessiterait une pointe d'inventivité, et sans doute un peu de violence. Elle n'aimait pas beaucoup ça, mais dans le cas présent, c'était différent. Si l'homme-lézard agissait ainsi, ce n'était certainement pas pour son bien, quoi qu'il veuille lui faire croire. Elle devait se défendre, et les menaces du reptile n'y changeraient rien. Ne pas souffrir maintenant ne l'empêcherait pas de souffrir plus tard, quand l'obscur dessein qu'il lui réservait serait accompli. Par ailleurs, il lui avait juste ordonné de se taire, pas d'éviter de l'attaquer. La centauresse ricana intérieurement, avant de zieuter discrètement les alentours.

Un étrange engourdissement commença brusquement à parcourir son corps. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Maintenant elle se sentait… mal. Affaiblie. L'homme-lézard l'ensorcelait ! « Odieux reptile… Tu vas voir de quel bois je me chauffe ! »

Sans plus attendre – et sans trop réfléchir – Helceok fonça dans un gros arbre pour y abattre son flanc droit, espérant blesser la jambe de son assaillant avec l'écorce. Elle parvint à heurter le tronc à l'endroit désiré, mais non sans se cogner le crâne contre une branche assez basse. Un hématome venait d'apparaître sur son front. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle se blesse bêtement au moment le plus inopportun ? La centauresse chancela, étourdie et toujours plus faible, se retenant de justesse en s'appuyant contre l'arbre. Son élan manquait de vigueur, elle n'avait pas du faire bien mal au reptile. Déçue que son idée ait échoué, elle se débattit pour tenter de libérer ses bras. Elle remuait ses mains en tous sens, tentant de saisir quelque chose, n'importe quoi.

- Mais lâche-moi ! Sale taré ! hurla-t-elle de colère, oubliant l'avertissement proféré un peu plus tôt.

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Re: Madame la Baronne et ses esclaves, à l'attaque de Mortelune

Message  Schizae le Lun 27 Nov 2017 - 21:28

Le jeune homme s’approche de la fille. Elle fait un rapide décompte dans sa tête : il a sept ans de plus qu’elle et vu qu’elle a treize ans, il doit en avoir vingt. Pourtant son air un peu béat et ses dents trop longues lui donnent l’air d’en avoir beaucoup moins.

GAUTHIER – Puis-je vous rejoindre ?

Le Seigneur de la Baume lui désigne une grosse pierre, voisine à celle sur laquelle elle est agenouillée. Schizæ hoche la tête, toujours en proie à la surprise de le rencontrer ici et si rapidement. Elle jette un coup d’œil aux alentours et découvre sa tante, Brunehaut, qui semble absorbée par un rosier, à quelques mètres d’eux. Les lèvres de Schizæ découvrent un instant ses dents en un rictus étrange. Bien sûr, personne ne laisserait le couple sans chaperon, ou du moins sans un minimum de surveillance. Son innocence et sa noble virginité se doivent d’être protégées, ce qui explique la présence de sa tante non loin. Schizæ ne peut s’empêcher de penser à ces deux dernières années passées loin de toute surveillance et de toute personne bien pensante pour la protéger. Et puis sa réputation est déjà faite, les chansons paillardes ne clament-elles pas que tous les Estanols lui sont passés dessus ? Non, elle a beau être jeune, elle a entendu ce que disaient la populace quand elle cheminait avec Artanis. Et vivre avec Salmissra lui a permis de comprendre ce que tout cela signifiait. Mais sa tante les surveille tout de même, protégeant le fantôme de sa réputation déjà bien entaché…

SCHIZÆ – Je vous en prie.

Le jeune homme s’assoit à ses côtés et ouvre la bouche à plusieurs reprises, comme s’il tentait de se lancer dans une conversation qu’il n’osait débuter. La fille lui lance un regard de biais et remarque que, par-dessus ses trop longues dents, ses lèvres tombent de chaque côté. Il a l’air triste. Ou déçu. Cela fend le cœur de la fille, persuadée de comprendre l’origine de la déception du jeune homme. Elle décide de l’aider en lançant d’elle-même la conversation, ce qu’aucune demoiselle de belle éducation ne se permettrait de faire :

SCHIZÆ – Est-ce parce que la cadette de Solyana n’atteint pas un dixième de sa beauté que l’idée de la marier vous attriste tant ?

Elle a mis beaucoup plus de colère dans ses propos qu’elle n’en avait l’intention. Le jeune homme n’y est pour rien. Même s’il manquait d’esprit, il s’était toujours montré bon envers elle. Quand Solyana l’avait éconduit et avait épousé Louain, jamais il n’avait retourné sa tristesse vers autrui en cruauté.

Gauthier bégaie, cherche ses mots, les lance et les reprend. Ses mains tremblent et, un instant, Schizæ s’en veut de s’être montrée aussi brutale. Après de longues minutes à balbutier, il finit par réussir à formuler une phrase presque grammaticalement correcte :

GAUTHIER – Je… heu… j’ignore comment vous avez eu vent de ces… heu, mais… oui. Oui, votre oncle a évoqué l’idée de… de nous… enfin, c’est vrai, mais… vous… j’aurais voulu aborder ce sujet avec vous d’une autre façon… j’aurais aimé d’abord… faire votre connaissance. Même s'il est vrai que nous nous connaissions déjà, enfin, nous nous sommes connu, il fut un temps, mais nous avons changés et vous… enfin… peu importe, il est trop tard maintenant pour vous présenter la chose de façon moins abrupte. Cela m’attriste, la proposition doit vous paraître fort cavalière et vous m’en voyez contrit. Seulement voilà… votre oncle a exigé une réponse rapide de ma part. Mais avant cela, je tenais à vous rencontrer. Je suis ici de mon propre chef afin d’échanger avec vous et de découvrir vos penchants concernant ce sujet.

La fille l’observe, étonnée. Il est rare que l’avis des filles soit pris en compte dans ce genre de décision et elle se sent reconnaissante envers lui de partager avec elle cette importante décision. Pourquoi lui permet-t-il de parler de ses propres désirs ?

SCHIZÆ – Et vous, qu’en pensez-vous ?

Il hausse les épaules, l’air abattu. Cette conversation a l’air de dépasser ses forces. La fille ne dit rien, elle attend en regardant couler l’eau glacée. Elle frissonne. Au lieu de répondre, Gauthier lui propose sa cape et la pose sur les épaules de la fille qui le remercie d’un triste sourire. Le jeune homme finit par se lancer, lui expliquant sans détour sa vision des choses. Il pense simplement qu’il n’a pas le choix. Il convoite les terres de Mortelune, par conséquent l’alliance de leurs deux maisons est la seule solution. Il lui avoue craindre une attaque de la part de Bénoïc et ne cache pas son inquiétude à ce sujet. Cependant, la guerre à venir ne l’empêchera pas de faire son devoir.

Il renvoie ensuite sa question à Schizæ : et elle, que désire-t-elle ?

La fille n'a pas le choix. Elle doit hériter du domaine pour tenir sa promesse à Solyana. De plus, elle connait sa place. Elle se doit d'obéir à ses parents puis, le temps venu, à son époux. Son rôle est de faire un beau mariage, de tenir la maison conjugale, de préserver la réputation de son mari et de lui apporter une descendance. Mais, au fond d'elle, ne rêve-t-elle pas que son mariage se présente quelque peu… différemment ? Elle secoue la tête. Elle n'a plus l'âge de rêver de prince et de princesse charmante. Elle ne peut empêcher une question de venir se glisser insidieusement dans son esprit : et s’il s’agissait de Solyana, lui aurait-il fait la cour plutôt que de lui proposer un mariage basé sur l'absence d’autres solutions ? Elle se demande pourquoi Gauthier se montre aussi irrévérencieux et non-conformiste.

Ils finissent donc par se quitter sur ce commun accord : ils n'ont pas d'autre choix. Schizæ s’en va rejoindre ses appartements, Gauthier va annoncer sa décision à Siegebert et Brunehaut délaisse immédiatement son rosier pour aller se réchauffer au feu de cheminée de la grande salle de son domaine.

Quand vient le soir, Siegebert demande sa nièce dans son bureau. Elle se rend donc dans la grande salle éclairée de bougies, et son oncle entre directement dans le vif du sujet. Il ne lui propose rien : il lui impose le choix qu’ont fait les deux hommes pour le reste de sa vie. La fille se contente donc de hocher la tête.

SIEGEBERT – Schizæ, en tant qu’oncle, je vous ai trouvé un époux digne du nom que vous a légué votre père. Vous marierez Gauthier de la Baume. L’annonce de votre mariage a été faite, le message doit être déjà arrivé chez la plupart des grandes maisons. Cette union vous permettra d’être la maîtresse de la maison de Triant, c’est ce qu’aurait voulu feu Notre frère pour sa chère fille. Des gouvernantes viendront vous aider pour les jours à venir. Tâchez d’écouter leur leçons.

En prononçant ces derniers mots, il la regarde en fronçant du nez. Malgré les belles robes que Brunehaut a prêtées à sa jeune nièce, il ne peut cacher le dégoût qu’elle lui inspire. Schizæ baisse le nez, gênée. Son port et ses manières ne sont plus celui d’une fille de haute lignée. Elle a passé trop de temps à chercher à survivre, si bien qu’il ne lui vient pas spontanément les manières d’une grande dame. Elle se demande si les gouvernantes pourront changer quelque chose à ses mains calleuses, ses doigts abimés, ses mollets musclés, ses pieds blessés et son teint halé. Mais elle ne dit rien et, après une révérence, quitte la salle lorsque son oncle lui fait signe de disposer.

Quand vient la nuit, la fille se tourne et se retourne dans son lit sans trouver le sommeil. Un mariage… c’est un moment tellement important dans la vie d’une femme. Depuis qu’elle est née, on ne la destine qu’à cela. Petite, elle en parlait beaucoup avec Shelzæ et toutes deux rêvaient d’un mariage d’amour. Tous les romans qu’elle a pu lire parlent de princesses et de preux chevalier protecteurs et magnifiques. Aucun n’a les dents trop longues et parle à son aimée d’un mariage destiné à lui faire hériter le domaine de sa belle. Et puis… elle ne peut s’empêcher de repenser à Salmissra et à leurs longues discussions sur les relations entre les hommes et les femmes _ humaines ou nagas. Schizæ ne se sent pas prête. Elle n’aime pas Gauthier. Elle a soudain envie de partir, de retrouver les bras chauds et rassurants de Nïn ou de Salmissra qui sont comme des grandes sœurs pour elle. Mais la fille est seule dans son grand lit froid. Elle se met à pleurer, d’abord doucement, puis de longs sanglots secouent violemment son corps d’adolescente. Quand enfin les larmes s’assèchent, la lune termine sa course. Les dernières heures de la nuit sont là. Elle reste étendue, froide et vidée, se demandant s’il lui faut vraiment vivre cela. Elle aimerait avoir le choix. Ne plus être Schizæ de Triant, mais une inconnue, ni riche, ni noble, mais libre de sa propre vie.

Au milieu de ses réflexions, elle entend un juron, un bruit d’ardoise qui glisse, ainsi que celui d’une chute. Elle se précipite à la fenêtre et observe les toits.

Il est là bas, dans la nuit, forme mouvante et incertaine qui évolue sur les toits du domaine des Linth. La lune se reflète dans sa chevelure de jais ainsi que sur ses écailles noires et brillantes. Son dragon. De quoi a-t-il bien pu avoir si peur pour prendre la forme d’un garçon ? Elle laisse de côté cette question inutile et agite les bras dans sa direction. Peu importe qu’un garde l’ai pris en chasse, qu’une flèche l’ai frôlé ou qu’il ait eu le vertige. Non, peu importe les raisons de sa peur, une seule chose compte en cet instant : il est là.

Quand enfin il la remarque, il se dirige vers sa fenêtre d’un pas chancelant. Elle l’entend maugréer contre cette forme humaine "désagréable et inexploitable". Une fois qu’il est à sa portée, elle lui attrape le bras et l’aide à grimper sur le rebord de la fenêtre. Elle le tire brusquement et il tombe dans la petite chambre en se retenant à la chemise de nuit de Schizæ. Il pousse un énième juron contre son corps humanoïde et se remet debout.

DRAGON – Quelle est donc cette histoire, petite humaine écervelée ! Tu vas te marier ? En plus avec Gauthier, ce garçon stupide qui me parlait comme on parlerait à un chien idiot et soumis !

Schizæ le regarde avec intensité durant un long moment. Elle finit par hochet la tête avec lenteur, puis se remet à fondre en larme. Elle agrippe les épaules du garçon-dragon et plaque son visage contre son épaule. Il ne bouge pas. Il ne sait pas ce qu’il est sensé faire avec son inhabituel corps humanoïde.

DRAGON – Sais-tu seulement ce que signifie le mariage pour les humains ?

Toujours contre son épaule, elle hoche la tête en continuant de pleurer, sans prendre conscience de l’ironie de la situation. Son dragon la met en garde contre les règles de sa propres races alors qu’il n’en connait quasiment rien.

DRAGON – Et en as-tu envie ?
SCHIZÆ – A-t-on avis, pourquoi est-ce que je pleure ?
DRAGON – Je n’en sais rien. Je ne comprends jamais pourquoi les humains pleurent.
SCHIZÆ – Je pleure parce que je n’en ai pas envie.
DRAGON – Tu m’en vois soulagé. Un instant je t'ai cru encore plus stupide que tu ne l'es d'ordinaire. Mais alors si tu n’as pas l’intention de te marier, pourquoi ai-je entendu cette rumeur étrange ?
SCHIZÆ – Parce que je vais me marier.

Le dragon se tait un instant, sans rien comprendre à cet échange. Il finit par demander :

DRAGON – Si tu n’en as pas envie, pourquoi le faire ?
SCHIZÆ – Je n’ai pas le choix, c’est la seule façon d’hériter du domaine et de pouvoir tenir ma promesse à Solyana.

Le garçon-dragon émet un bruit étrange, mélange de claquement de langue et de claquement de dents.

DRAGON – Tu es l’humaine d’un dragon. Tu es Liberté. Tu as et tu auras toujours le choix. Je sais bien que tu n’es qu’une humaine, mais puisque c'est ainsi, alors soit une humaine digne !

Schizæ renifle sa morve. Elle lève la tête et plonge ses yeux dans ceux du garçon-dragon. Ils sont noirs d’ébène, bien plus profonds que la nuit, bien plus sombres que son cœur et si beaux…

SCHIZÆ – Merci…

Et, sans qu’il s’y attende, elle lui attrape le visage et l’embrasse. Le garçon-dragon ne bouge pas d’un cil. Il regarde le visage de son humaine, trop près du sien, ses yeux fermés, arrondis comme des croissants de lune qui seraient tombés du ciel. Puis elle s’éloigne lentement de lui et rouvre doucement ses grands yeux gris.

DRAGON – C’est un truc d’humain ? Parce que c’est dégoûtant…
SCHIZÆ – Je vais me marier avec Gauthier. Mais ce ne sera pas parce que mon oncle me l’a imposé. Ni parce que je n’ai pas d’autres solutions. Ce sera mon choix. Même si c’est effrayant. Même si je ne sais pas vers quoi ça me mènera.
DRAGON – Ça a beau être ton choix, ça n’en reste pas moins stupide.

Mais son sourire dément ses mots. Schizæ se demande si c’est la première fois qu’elle le voit sourire. S’approprierait-il les expressions humaines avec son corps humanoïde ? Elle lui sourit à son tour. Le garçon-dragon détourne le regard et commence à grimper le long de la fenêtre. Comme toujours, elle le retrouve à peine qu'il s'en va déjà. Elle aurait voulu qu'il reste encore un peu. Mais il atteint déjà le toit et prend la forme d’un majestueux dragon noir. Il étend ses ailes et s’élance dans un ciel aussi sombre que ses écailles. Le battement de ses ailes envoie une bourrasque d'air vers la fille et fait voler ses cheveux en lui apportant quelques mots :

DRAGON – Aussi stupides soient tes choix, tu resteras toujours Mon Humaine, Schizæ.

Et, souriante, la fille observe la nuit dévorer son dragon.

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Re: Madame la Baronne et ses esclaves, à l'attaque de Mortelune

Message  Qxid-Ul le Jeu 7 Déc 2017 - 20:21

La femelle Centaure se cabra, remua en tous sens, mais Qxid-Ul avait déjà anticipé toutes ces réactions et éprouvait ses compétences en équitation sur la femme-jument qu'il venait de prendre pour cible. Pour l'instant, elle n'appelait pas à l'aide ; il ne semblait certes ne pas y avoir âme aidante pour elle dans les environs, Qxid-Ul ne voulait pas prendre de risques, tout du moins voulait-il limiter les risques au minimum. Capturer un esclave Centaure était toujours risqué, Qxid-Ul ne sous-estimait pas les capacités naturelles de cette race qui était un véritable danger au corps-à-corps. Seulement, le corps de cheval que le cavalier sentait entre ses jambes, sous son assiette, lui était trop familier : il savait comment le maîtriser.

Sans avoir le moyen de l'arrêter, Qxid-Ul vit sa monture récalcitrante se jeter contre un arbre, flanc le premier. Il eut tout juste le temps de décaler sa jambe pour éviter de se la faire écraser contre le tronc, mais sentit plusieurs éraflures sur ses écailles. Il siffla. Sa queue claqua l'arrière-train de la Centauresse puis se plaqua tout contre, lui offrant plus de stabilité encore. Il sourit intérieurement en remarquant que dans sa manœuvre désespérée, la Centauresse venait de se cogner la tête contre une branche.

HELCEOK – Mais lâche-moi ! Sale taré !

Ca y est, la jument ne put plus se retenir de crier.

QXID-UL – Je t'ai dit de ne pas crier !

Pour la punir, Qxid-Ul l'éperonna avec les griffes de ses pieds. Il maîtrisa son geste pour ne causer aucune blessure importante à sa monture, mais le message était clair, et un Centaure le comprendrait mieux qu'un pur cheval. Ensuite, Qxid-Ul draina un peu plus d'énergie vitale à sa proie, refermant du même coup les éraflures aux écailles de son mollet droit.

QXID-UL – Arrête de gesticuler ! Plus tu seras docile, moins ce sera douloureux pour toi... Je suis sûr que ta nouvelle maîtresse, de ce que j'ai vu d'elle, sera très douce avec toi, si tu es bien docile...

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Message  Helceok le Sam 9 Déc 2017 - 17:25

Réitérant l’ordre donné plus tôt, l’homme-lézard enfonça ses griffes dans le flanc de la centauresse qui sursauta en poussant un hennissement aigu. Ce geste, qu’elle interpréta comme une provocation, ne fit que l’irriter encore plus, et Helceok s'agita à nouveau. Elle n’allait quand même pas céder à cause d’une petite blessure de rien du tout ; elle avait connu bien pire. Du moins, c’était sans compter le retour de la sensation taraudante de tout à l’heure. Car une fois de plus, ses forces l’abandonnèrent douloureusement, l'astreignant à cesser tout mouvement.

Laissant échapper un gémissement, la centauresse s’arrêta net, le corps complètement crispé. Ses doigts tremblotaient, sa queue remuait violemment, et les battements vifs de son cœur la dérangeaient. Faute de pouvoir joindre ses mains comme à son habitude, Helceok se mordilla les lèvres, y arrachant machinalement quelques peaux mortes avec les dents. Toutefois, ça ne l’aida en rien à se calmer.

- Arrête de gesticuler ! Plus tu seras docile, moins ce sera douloureux pour toi...

Plus il la menaçait, moins elle avait envie d’obéir… Et plus elle se débattait, plus il la délestait de son énergie grâce à sa mystérieuse magie. Que faire, alors ? La solution la plus sage semblait être d’économiser ses forces en attendant qu’une occasion propice à s’échapper se présente. L’idée de se soumettre – bien que temporairement – à son agresseur la rebutait fortement, mais elle n’avait pas le choix. Elle ne se sentait plus capable d’agir efficacement, pour l’instant. L'homme-lézard l'agrippait toujours plus fermement, et son sortilège l'avait déjà beaucoup affaiblie. En outre, elle redoutait qu'il ne l'utilise une troisième fois… sans compter d'autres sorts puissants qu'il pourrait garder en réserve.

- Je suis sûr que ta nouvelle maîtresse, de ce que j'ai vu d'elle, sera très douce avec toi, si tu es bien docile...

Nouvelle maîtresse ? Helceok y voyait plus clair à présent. Avant son départ, Talanelda l’avait mise en garde contre l’existence d'esclavagistes capturant des centaures ou d'autres créatures pour ensuite les vendre en ville. Le reptile devait certainement en être un, et en toute logique il comptait la vendre à une humaine. Une vague de panique s'empara alors de la centauresse, déjà bien trop nerveuse, dont les oreilles se dressèrent subitement. Hors de question qu'elle finisse esclave !

Helceok ne savait que faire. Il lui était impossible de s'échapper maintenant à cause de l'emprise que le reptile exerçait sur elle, mais en même temps elle ne pouvait concevoir de se laisser capturer. Elle réalisa alors qu'un nouveau cercle vicieux venait s'ajouter à l'équation : plus elle s'entêtait à vouloir résoudre ce dilemme insoluble, plus la frustration la gagnait. Elle bouillait intérieurement, et si elle ne recouvrait pas rapidement son calme, elle serait bien capable d'aggraver sa condition par un nouvel acte irréfléchi. Appliquant les sages conseils de sa tutrice, la centauresse se mit à marcher tout en s'efforçant de réguler sa respiration. Elle n'arrêta pas d'avancer avant qu'on ne l'en contraigne, puis lança d'une voix affectée :

- … Laisse-moi tranquille. Je vais où je veux. Et puis, si t'es pas content… t'as qu'à descendre.

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Message  Schizae le Ven 22 Déc 2017 - 11:39

Le lendemain est un incessant ballet de tissus de matières et de coloris infinis. Schizæ regarde défiler les couturières autour d’elle, mesurant ses tours d’abdomen, de poitrine, de hanche et cætera…. De longues heures, elle reste perchée sur un tabouret, les bras tendus à l’horizontal jusqu’à en avoir mal dans tout le corps.

Par manque de temps, la gouvernante que sa tante lui a choisie pour l’occasion est présente lors de ces séances de couture. Elle est assise dans un coin et lit à voix haute les principes de bonne conduite d’une nouvelle épousée. Schizæ écoute avec attention ses cours de rattrapage et répète après la vieille femme les comportements qu’elle se devra d’appliquer à la lettre. Elle sait désormais à quels (rares) moments elle a le droit de parler en public, elle connait sa place dans la famille et son rôle d’épouse en présence ou en l’absence de son mari, comment tenir une maison, les passe-temps acceptables et comment appliquer "convenablement" ses devoirs conjugaux. Schizæ avale sa salive en repensant aux discussions qu’elle avait avec Salmissra sur le sujet. La naga lui manque, surtout en cet instant où elle aurait pu lui poser toutes les questions qui l’assaillent, mais qu’elle n’ose poser à la vieille gouvernante.

La journée semble s’étirer à l’infini. Les couturières finissent de prendre toutes les mesures et s’en vont. Schizæ portera une robe de mariage aux couleurs de la famille de Triant, c'est-à-dire or et noir. L’or mettra en évidence ses cheveux ternes et informes tandis que le noir la fera paraître encore plus blafarde qu’elle ne l’est naturellement. La fille se dit qu’elle sera tout à fait assortie à son futur époux aux dents trop longues et dénudé de passion à son égard.

Le soir finit tout de même par arriver et Schizæ s’assoit avec soulagement dans le fauteuil de la grande salle. Sa tante, Brunehaut, la regarde avec froideur. Son œil noir la dévisage de haut et bas et sa nièce se demande les raisons de cette haine. Quand la femme prend la parole, Schizæ comprend qu’il ne s’agit pas vraiment de haine. Peut-être plutôt d’une compassion sans illusion. Quand elle prend la parole, les mots de sa tante ne sont qu’un souffle.

BRUNEHAUT – Tu vas entrer dans le monde des femmes mariées. Je te souhaite bien du courage pour le reste de ta vie, ma nièce…

Schizæ ouvre de grands yeux, mais Brunehaut semble en avoir terminé. La fille ne peut s’empêcher de la relancer et la tante lui parle alors du mariage : l’innocence perdue, la mort des rêves d’enfant, la scène de spectacle sur laquelle chaque épousée se doit de jouer son rôle jusqu’à la mort… Schizæ frissonne. Elle ose poser ses nombreuses questions, la plupart d’entre elles portant sur la nuit de noce. Brunehaut lui dépeint alors une chambre noire, un corps lourd et froid qui étouffe une enfant, une douleur lancinante, du sang rouge sur des draps blancs et la mort de l’enfant qui se transforme en une épouse docile. La fille ferme les yeux. Elle n’imaginait pas cela si horrible.

Elle finit par aller se coucher, mais les cauchemars l’empêchent de se reposer convenablement. Le lendemain, des cernes bleus ornent ses yeux. C’est déjà la veille du grand jour. Symboliquement, le mariage aura lieu au domaine de Triant. Les serviteurs s’affairent à préparer une belle fête. Siegebert et le père de Gauthier discutent de la dote. Brunehaut sermonne les couturières pour qu’elles se hâtent et Schizæ répète inlassablement à la gouvernantes tout ce qu’elle a appris sur les bonnes manières des baronnettes après leur mariage.

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Message  Qxid-Ul le Mer 27 Déc 2017 - 15:52

Qxid-Ul obtint le silence. Parfait. C'est ce qu'il avait demandé. La femelle Centaure ne se débattait plus, elle ne parlait plus. Elle semblait plutôt réfléchir à sa situation. Il était peut-être le moment pour Qxid-Ul d'indiquer à sa monture quelle direction prendre. Un cheval dressé savait interpréter l'exercice des rênes sur ses mors ; un Centaure n'avait pas la mâchoire adaptée pour des mors, et aucun rêne n'avait été attaché à la femelle que chevauchait Qxid-Ul. En revanche, celle-ci comprenait tout ce qu'il lui disait. Elle parlait la langue commune avec un très faible accent et ne commettait pas de faute grammaticale, elle semblait capable de participer à une conversation courante.

HELCEOK – ... Laisse-moi tranquille. Je vais où je veux. Et puis, si t'es pas content... t'as qu'à descendre.

Qxid-Ul fit claquer sa queue sur la croupe de la femelle Centaure.

QXID-UL – Je crains pour toi que cela ne fonctionne pas comme ça. Tu iras où je te veux. Sinon...

Qxid-Ul changea de prise avec ses bras : il prit le bras gauche de la Centaure en clé et se libéra la main droite. Il saisit la cravache et caressa la poitrine de la femelle équidée, sans aucune pensée lubrique, loin de là, simplement une façon de lui présenter l'outil de visu. Puis, il déplaça la cravache pour lui caresser le flanc et aller jusqu'à la croupe.

QXID-UL – ... le trajet sera beaucoup plus pénible pour toi.

La capture était faite mais le dressage devait commencer. Qxid-Ul ne savait pas si Schizæ le laisserait s'occuper du dressage entier de cette nouvelle monture, il était plus probable qu'elle confie cela à un domestique Humain, un écuyer ou autre, plutôt qu'à un esclave. Quoi qu'il en soit, Qxid-Ul se devait d'inculquer les notions.

QXID-UL – Une pression simple sur tes flancs : tu avances au pas. Une pression double sur tes flancs : tu avances au galop. Une pression sur ton articulation avant gauche : tu obliques à gauche. Une pression sur ton articulation avant droite : tu obliques à droite. Voyons si tu comprends vite et si le trajet sera agréable pour toi.

Qxid-Ul pressa les flancs de la Centaure avec ses pieds d'un coup simple et bref sans y mettre les griffes, ne causant aucune blessure. Si la monture obéissait, alors il viendrait ensuite placer un pied contre l'épaule équine de la patte antérieure gauche et presserait les muscles. Non seulement ce serait un ordre gestuel, mais cela appliquerait de toute façon une contrainte à la Centaure qui aurait peine à marcher tout droit. A elle d'obéir et Qxid-Ul retirerait son pied ; qu'elle n'obéisse pas, et Qxid-Ul la contraindrait en plus de la cravacher. La situation était simple.

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Message  Helceok le Jeu 28 Déc 2017 - 23:31

La réplique de la centauresse lui valut un coup sur la croupe. S'y étant préparée, elle n'y réagit pas grandement, poussant vaguement un bruit au moment où la queue du reptile la heurta. Après tout, elle se doutait bien que sa réaction ne lui plairait pas.

- Je crains pour toi que cela ne fonctionne pas comme ça, prévint l'homme-lézard. Tu iras où je te veux. Sinon… le trajet sera beaucoup plus pénible pour toi.

Pour accompagner sa menace, il effleura sa peau avec un étrange objet qu'elle ne reconnut pas. Les outils de facture humaine n'étaient pas du tout son fort. Peut-être l'avait-elle déjà vu quelque part sans réellement lui prêter attention… Mais dans l'instant, ça ne lui évoquait rien. Helceok ne comprenait pas vraiment ce que le reptile trafiquait à balader ce truc le long de son corps, mais ça ne l'empêcha pas de prendre ses paroles au sérieux… même si le trajet lui paraissait d'emblée incroyablement pénible rien qu'à l'idée de transporter cette saleté d'esclavagiste sur son dos. Désormais, il valait peut-être mieux éviter de le contrarier, le temps de trouver un échappatoire fiable.

Suite à cette nouvelle mise en garde, son ravisseur commença à débiter une série de règles saugrenues, sans prévenir. Quand la centauresse comprit qu'il associait des gestes particuliers à des mouvements à effectuer, elle réalisa qu'elle n'avait rien retenu, car rien écouté. Et puis, sérieusement ? En voilà une bien mauvaise manière de lui faire apprendre quoi que ce soit. Quand celle qui lui avait appris à manier les armes voulait lui enseigner quelque chose, c'était toujours une règle à la fois, appuyée par une démonstration, quand bien même cela s'avérait simple. Mais ne n'était pas le moment de repenser à tout ça, puisque le reptile pressait désormais ses flancs. La logique voudrait qu'elle avance. Ne sachant pas du tout à quoi ce signal correspondait, Helceok plaça lentement un sabot hésitant vers l'avant. Puis un deuxième, avant de continuer à une allure à peu près normale. Par chance, elle semblait avoir vu juste, puisque l'homme-lézard ne chercha pas à la blesser. « Heureusement que je suis perspicace », se félicita la centauresse. Néanmoins, son intuition ne lui fut d'aucun recours face au second signal. Ce dernier, plutôt entravant, lui donna juste envie de s'arrêter. Elle le fit, puis questionna aussitôt :

- Pourquoi ces règles stupides… ? Je ne suis ni sourde, ni aveugle.

C'était bien vrai. A quoi bon mettre en place un code compliqué et manifestement inutile ? Non pas que la centauresse appréciait l'entendre lui donner des ordres, mais elle estimait qu'il serait cent fois plus clair et rapide de la guider oralement.

Dans le même temps, un tout autre type d'engourdissement, bien plus subtil, commençait à se faire sentir : le lierre recouvrant Helceok fanait à une vitesse fulgurante, la dépourvoyant peu à peu de ses bénéfices.

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Message  Qxid-Ul le Lun 1 Jan 2018 - 21:13

La monture obéit à la pression sur ses flancs. C'était de toute manière un jeu d'enfant que de retenir les quatre gestes basiques que Qxid-Ul venait de lister, et les ordres associés : pas, galop, vers la gauche, vers la droite. De l'extérieur, l'on pouvait avoir l'impression qu'il prenait la Centauresse pour une débile.
Et pourtant, aussi simple que cela fût, la monture n'obéit pas bien à la pression sur son épaule gauche. Au lieu de continuer à marcher en obliquant vers la gauche, elle s'arrêta. Elle se permit même de protester :

HELCEOK – Pourquoi ces règles stupides ? Je ne suis ni sourde, ni aveugle.

En soi, cette question était légitime : pourquoi se casser la tête à la dresser avec des ordres gestuels alors que l'avantage justement d'un Centaure par rapport à un cheval était d'avoir une intelligence supérieure et une compréhension du langage ?

QXID-UL – Tu n'as pas le droit de juger ces règles, mais je vais t'expliquer une chose : il pourra t'arriver d'être montée par un cavalier ayant l'habitude des chevaux, qui par réflexe ne t'adressera pas la parole et te manipulera comme un cheval. Autant que tu connaisses les premiers ordres basiques.

Seulement, une question légitime n'autorisait pas pour autant la future esclave à désobéir. Qxid-Ul commença le dressage :

QXID-UL – Là, tu devais donc obliquer vers la gauche, je ne t'ai pas demandé de t'arrêter.

Muni du bon outil d'équitation, il donna un petit coup de cravache sur la croupe de la Centauresse.

QXID-UL – Allez ! Reprends la marche ! Tu vas même galoper.

Il accompagna son ordre d'une pression plus forte sur les flancs avec ses deux pieds, puisque c'est ainsi que l'on ordonnait à des chevaux dressés d'aller au galop. C'était la base de la base, la Centauresse avait tout intérêt à très vite l'assimiler.

QXID-UL – Quel est ton nom ?

Peut-être que Schizæ voudrait donner un nouveau nom à cette femelle Centaure, mais à défaut, Qxid-Ul se devait de connaître au moins son vrai nom, pour la présenter à sa maîtresse.

Si la nouvelle esclave obéissait bien, Qxid-Ul lui indiquerait la direction du Domaine de Lindth. Ils allaient pouvoir arriver sur place dans l'après-midi, avant la soirée. Schizæ serait contente et fière de son esclave Homme-lézard : ce dernier allait lui offrir une monture.


Dernière édition par Qxid-Ul le Jeu 4 Jan 2018 - 11:56, édité 1 fois

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Message  Helceok le Jeu 4 Jan 2018 - 0:34

La réponse de l'homme-lézard laissa la centauresse outrée et confuse. Comment ça elle n'avait pas le droit de juger ces stupides règles inutiles ? Comment ça un ''cavalier'' pourrait lui monter dessus ? Et pourquoi voudrait-on monter sur un centaure si c'était pour le manipuler comme un cheval ? Ça n'avait tout bonnement aucun sens… Aussi, elle demanda :

- … Si ce 'cavalier' veut diriger un cheval. Pourquoi il monterait sur un centaure. Au lieu d'un cheval ? C'est pas logique… Puis j'veux pas qu'on monte sur moi.

- Centaures et chevaux se montent de la même manière. Mais les Centaures sont plus pratiques encore : tu l'as dit, vous avez le don de parole. Et ce que tu désires, n'a aucune importance, tu es une esclave et une monture à partir d'aujourd'hui. Fais-t'y.

Helceok n'y comprenait plus rien. On voulait monter sur elle et ne pas avoir à lui adresser la parole, mais on la préférait à un cheval parce qu'elle était capable de parler ? Face à cette incohérence, la centauresse fut bien tentée de protester à nouveau. Mais avant même qu'elle n'ait eut le temps de formuler mentalement sa réponse, le reptile lui reprocha de s'être arrêtée tout à l'heure, au lieu d'avoir ''obliqué vers la gauche.'' Il utilisa ensuite l'objet vu un peu plus tôt pour la frapper, lui arrachant un petit cri de surprise. « Quel abruti ! » maugréa Helceok. « Vivement que je me libère. En attendant, je ferais mieux de retenir son ordre stupide. S'il appuie du côté gauche, alors je dois virer à gauche. » La centauresse répéta cette règle plusieurs fois dans sa tête histoire de ne surtout pas l'oublier, puis se concentra sur le nouvel ordre lancé par l'homme-lézard. Elle galopa, donc, slalomant habilement entre les arbres. Inutile de retenter de foncer dans l'un d'entre eux ; le reptile saurait esquiver, et en profiterait pour l'affaiblir encore plus. Pourtant, ce n'était pas l'envie qui manquait. « Si je fais mine de lui obéir, il finira par devenir moins méfiant », raisonna la centauresse. « J'aurais alors une chance de m'en sortir. »

Helceok se sentait beaucoup moins vive depuis tout à l'heure. La faute aux maléfices du reptile, et peut-être aussi à un certain manque de sommeil. En effet, voyager seule dans une zone à risque nécessitait de prendre pas mal de précautions. Elle passait ses journée à errer au cœur de la végétation, profitait des derniers rayons du crépuscule pour se faufiler d'une forêt à une autre et, par prudence, ne dormait ensuite que d'un œil en attendant les premières lueurs de l'aube. Mais visiblement, tout ceci n'avait pas suffi…

Au bruit des feuilles sèches râpant contre sa crinière, la centauresse comprit bien vite que son lierre manquait à l'appel. Si son ravisseur ne lui retenait pas les bras – ce qui d'ailleurs l'incommodait pour courir – elle aurait déjà pu se défaire des résidus végétaux parsemant ses poils. Malheureusement, il faudrait faire avec, ou attendre qu'ils ne tombent d'eux-même. Pendant quelques instants, elle se concentra, s'appliquant à invoquer une nouvelle plante. Les vignes de cette dernière jaillirent hors de sa peau, venant s'enrouler un peu partout le long de son corps. Désormais capable d'accélérer sans problème, elle n'en profita cependant pas, s'évertuant à modérer son allure. Ses forces venaient à lui manquer, et si elle ne tâchait pas de se ménager, alors ses chances de fuir s'aminciraient d'autant plus.

Vint le moment où l'homme-lézard lui demanda son nom. Agacée par la question, la centauresse poussa un râle avant de se résoudre à y répondre.

- … Helceok.


« Comme si tu en avais quelque chose à faire », rouspéta la centauresse. « Mais peu importe. Dans quelques temps, tu ne seras plus sur mon dos. »

Peu après, le reptile apposa à nouveau son pied contre l'épaule de sa patte, mais à droite ce coup-ci. La centauresse fit la conversion dans sa tête. S'il lui touchait l'épaule gauche, alors elle devait aller à gauche. Par conséquent, s'il lui touchait l'épaule droite, alors elle devait aller à droite. Helceok s'exécuta, répondant correctement à l'ordre de l'homme-lézard. Pendant un moment, elle semblait avoir assimilé ces deux règles d'une simplicité évidente. En revanche, différencier les deux types de pression exercés sur ses flancs lui posait manifestement problème. Ce ne fut qu'après un bon bout de trajet que la centauresse comprit la subtilité, et se montra capable de réaliser chacun des ordres sans se tromper. S'ensuivit alors une période où, doutant légitimement de la fiabilité de ses souvenirs, Helceok parvint à inverser les règles de direction pourtant instinctives. Au final, ce ne fut qu'après plusieurs heures – et pas mal de coups sur la croupe – que la centauresse sut parfaitement différencier les quatre règles et les appliquer au bon moment.

Désormais, elle n'avait plus à craindre d'être punie, et le reptile se concentrerait peut-être moins sur ce qu'elle faisait. Il était grand temps de penser à un moyen de se libérer de son emprise. Mais comment s'y prendre ? S'aider à nouveau d'un arbre assurerait sa perte, et la centauresse ne voyait aucun autre élément susceptible de lui permettre d'autres manœuvres. Elle ne se découragea pas pour autant, poursuivant sa réflexion pendant des heures aux termes desquelles aucun plan crédible ne lui vint à l'esprit. Au bout d'un moment, le déclin de la lumière ambiante finit par attirer son attention. Le soleil se couchait. « Déjà ? Arf, c'est la faute de ce satané reptile. Il m'a déconcentrée avec ses règles stupides, et je n'ai pas vu le temps passer. » La nuit lui offrirait-elle une occasion inespérée de s'extirper de sa situation ? Hélas, cela semblait mal parti, car le duo approchait dangereusement du domaine de Linth.

A la vue de la bâtisse vers laquelle ils se dirigeaient, la centauresse se mit à paniquer. Comme ils galopaient en direction d'une sorte d'entrée plutôt que de chercher à contourner l'endroit, il semblait évident que le reptile comptait s'y rendre. Voulait-il simplement y passer la nuit ? Ou s'agissait-il de l'antre du cavalier voulant lui monter dessus ? Helceok était nerveuse à l'idée de pénétrer dans un lieu rempli d'humains. Plus ils s'en rapprochaient, plus ses muscles se crispaient, plus sa queue remuait frénétiquement, et plus un sentiment désagréable d'insécurité grandissait en elle. Dans sa tête, c'était l'affolement. Elle savait pertinemment que continuer à feindre l'obéissance la mènerait à coup sûr à la merci d'humains ; il fallait fuir, son instinct l'y poussait.

La centauresse craqua. Sans crier gare, elle se cabra en hennissant avant de foncer au triple galop dans la direction inverse. Guidée par la peur, elle ne réalisa alors pas l'inanité de son action.

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Message  Qxid-Ul le Jeu 4 Jan 2018 - 16:16

Helceok. Elle s'appelait Helceok. Qxid-Ul répéta ce nom dans sa tête. Forcément il ne réussirait pas à le prononcer avec le bon accent, mais au moins Schizæ aurait la possibilité d'appeler cette esclave par son vrai nom, si elle n'avait pas envie de lui en inventer un nouveau. Ca resterait en tout cas le plus simple : il suffirait à Schizæ de l'appeler en utilisant ce nom pour attirer son attention dès qu'elle aurait une tâche à lui donner ou qu'elle voudrait la monter. Helceok ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi un cavalier habitué aux chevaux pourrait avoir envie de monter un Centaure. Qxid-Ul dut lui expliquer en quoi ça restait parfaitement logique : Centaures et chevaux se montaient exactement de la même manière, puisqu'ils avaient le même corps, les Centaures avaient toutefois l'avantage en plus d'être doués de parole et donc de comprendre des phrases complexes. Helceok ne désirait pas être montée mais Qxid-Ul lui assena que ses désirs n'avaient plus aucune importance du moment qu'elle était une esclave et une monture. Helceok allait devoir s'y faire.

C'était facile pour Qxid-Ul de dire cela : il était né esclave et s'était fait à cette condition. Il y trouvait même des avantages, puisque lorsqu'il avait découvert la liberté pour la première fois, il s'était senti perdu, et il préférait encore être esclave que mendiant. Il se savait la capacité de changer de maître si l'actuel ne lui plaisait plus. Mais la soumission en soi ne lui posait aucun problème, et il vivait très bien d'être la chose de Schizæ aussi longtemps que cette dernière serait une maîtresse à son goût.

Qxid-Ul avait envie d'arracher l'étrange plante qui poussait sur le corps de la Centauresse car ça lui chatouillait les écailles par endroits. Il ne voulait toutefois pas faire trop mal à la monture et ignorait si cette plante avait une importance physiologique pour elle. C'était quand même étrange. Il avait beau observer cet trait physique pour le moins singulier pendant qu'Helceok galopait, il ne lui trouvait pas d'explication.

Il ne posait pas de questions à Helceok car il se concentrait sur son dressage. Quatre ordres tout bêtes à retenir, en plus de celui de marquer l'arrêt. Dans son malheur, la femelle Centaure avait la chance d'être chevauchée par un Homme-lézard patient, qui ne s'énervait pas contre elle. Qxid-Ul lui donnait un simple coup de cravache sur la croupe quand elle se trompait ; du reste, il ne montrait pas d'agacement en voyant qu'Helceok avait par exemple tendance à confondre l'ordre du pas et celui du galop.

Les remparts du Domaine de Lindth se dessinèrent enfin. Qxid-Ul sentit l'appréhension de sa monture, dont le pas se fit plus saccadé, les muscles plus tendus et la queue plus agitée. Et soudain, Helceok se cabra dans un grand hennissement, tentant sûrement de désarçonner l'Homme-lézard qui la chevauchait ; Qxid-Ul s'agrippa fermement à son bras gauche, à son cou, à ses flancs aussi en serrant les jambes et en plaquant sa queue sur elle, étreignant une partie de son arrière-train. Ce geste brusque d'Helceok fut pas loin de réussir à faire perdre assiette à Qxid-Ul, mais heureusement ce dernier eut de bons réflexes et resta en place. Helceok partit alors au triple galop à l'opposé du Domaine de Lindth. Qxid-Ul accentua sa clé de bras pour la rendre bien douloureuse – se contrôlant tout juste pour ne pas lui démettre l'épaule. Son bras droit vint crocheter sa gorge, calé sous son menton ; Qxid-Ul tira, compressant la gorge d'Helceok avec le coude. Il garda la cravache en main même si, dans cette position, il ne pouvait plus l'utiliser.

QXID-UL – Arrête !

Il ouvrit la gueule et posa ses crocs sur l'épaule gauche, déjà douloureuse à cause de la clé de bras, et maintenant menacée de morsure. Qxid-Ul aspira enfin de l'énergie vitale pour définitivement épuiser sa monture folle, comme si la douleur et la menace ne suffisaient pas. Etranglée, endolorie, affaiblie et menacée de morsure, Helceok n'avait vraiment pas d'autre choix que de s'arrêter.

Qxid-Ul retira lentement ses mâchoires. Il avait un peu bavé sur l'épaule, mais sa bave était acide pour le métal et pour le sang, mais pas pour la chair.

QXID-UL – Idiote... Tu t'étais bien conduite jusqu'à présent.

Il retira son bras droit pour offrir de l'air à Helceok, il ne s'agissait pas de l'asphyxier complètement. Il déroula de la corde à sa ceinture, ramena le bras droit d'Helceok dans son dos, et lui lié fermement les deux poignets, sans aucune douceur. Ceci fait, il lui tira violemment la crinière en arrière et lui ordonna :

QXID-UL – Demi-tour, direction le Domaine de Lindth ! La nuit tombe, nous allons y passer la nuit, et tu y rencontreras notre maîtresse.

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Re: Madame la Baronne et ses esclaves, à l'attaque de Mortelune

Message  Helceok le Ven 5 Jan 2018 - 22:02

Enserrant la trachée de la centauresse, le séladien parvint à mettre un terme à sa course effrénée. Manquant d'air, Helceok s'agita autant qu'elle le put pour échapper à l'asphyxie. Sa vue se brouillait, son membre gauche la faisait atrocement souffrir, et voilà qu'elle sentait une mâchoire se refermer sur son épaule. Les crocs du reptile ne s'enfoncèrent pas dans sa peau, fort heureusement, mais le message était clair, la persuadant de s'immobiliser. De toute manière, la centauresse n'avait plus la force de gesticuler. Et ce fut pire suite au sort de son agresseur qui piocha dans le reste. Délivrée in extremis du bras qui l'étranglait, Helceok tituba en suffoquant avant de haleter à plein poumons. Elle était sonnée, et l'homme-lézard en profita pour lui lier les poignets. Ceci fait, il tira brutalement sur sa crinière, réveillant quelques peu la centauresse sans pour autant la sortir de l'état de torpeur dans lequel elle était plongée. Il la somma ensuite de se rendre au ''domaine de Linth.'' L'esprit embrumé, elle suivit mécaniquement l'ordre du reptile sans même tiquer à l'emploi du terme ''notre maîtresse.''

Helceok avança lentement dans la direction demandée, zigzaguant et chancelant sur les premiers mètres avant qu'une certaine lucidité ne lui revienne. Sa tentative inconsciente et désespérée de fuir n'avait abouti à rien, si ce n'est de la douleur. C'était frustrant.

Un fois rendus devant l'entrée, la centauresse écouta à moitié la conversation du reptile avec les sortes de sentinelles humaines surveillant l'endroit. Il se présenta comme l'esclave d'une certaine 'Schizæ' et déclara revenir avec une prise qui lui était destinée. Les gardes les inspectèrent… enfin, plutôt elle. Ils semblaient particulièrement intrigués par la plante qui l'habillait. Le ciel s'était beaucoup trop assombri pour user de ses bénéfices, mais elle désirait quand même la garder aussi longtemps que possible. Éreintée et indisposée à résister, la centauresse se laissa guider à travers le domaine jusqu'à atteindre l'écurie, lieu dans lequel ils allaient passer la nuit. Les battements de son cœur s’accélérèrent lorsqu'elle pénétra dans l'enceinte. Helceok détestait se sentir enfermée, mais tâcha tout de même de garder son calme et de se laisser faire ; elle avait eu son compte de punitions pour la journée. Dans un premier temps, on lui confisqua ses armes. Puis, on la poussa au fond d'un box dans lequel on l'attacha. Quand enfin on la laissa seule, la centauresse exténuée s'allongea sur le sol jonché de paille. Il était encore tôt, et ses mains toujours liées dans son dos rendaient toute position inconfortable. Pourtant, il lui suffit de fermer les yeux l'espace de quelques instants pour sombrer dans un profond sommeil, laissant son lierre faner aussi vite qu'il avait poussé.

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Message  Schizae le Sam 6 Jan 2018 - 17:02

La fille a enfin droit à une pause. Elle s’éloigne de la frénésie qui s’est emparée du domaine tout entier pour se rendre sur le balcon. Le froid caresse son visage et entre dans ses poumons. Elle pose sa tête sur la balustrade en poussant un long soupire. Elle reste ainsi de longues minutes, écoutant les morceaux de conversations qui parviennent à sa portée. Tout le monde ne parle plus que de l’organisation du mariage. Ah non, de l’autre côté, on parle également de la guerre qui se prépare contre Bénoïc Maison Rouge. Schizæ écoute au mieux, mais le vent froid l’empêche d’entendre tous les mots.

HOMME – Il a prévu… rapidement… il faut se tenir… le jour du mariage… restez sur vos garde… surveillez le mouvement de ses troupes toutes les…

Et puis une dispute éclate entre deux serviteurs et l’empêche d’entendre la suite. Les deux humains parlent des écuries qu’il aurait fallu agrandir depuis longtemps déjà. L’un préfère laisser le cheval d’un petit baron dehors et l’autre affirme que les esclaves de Schizæ n'y ont nullement leur place. La fille hausse les sourcils. Ses esclaves seraient rentrés et on ne l’aurait même pas avertie ? Et le serviteur a parlé d’esclaveS, au pluriel, ce qui est une bonne nouvelle. Soudain revigorée, la fille s’avance jusqu’aux écuries et se met à la recherche de son homme-lézard. A moins qu’il ne s’agisse déjà du retour de Nïn avec son demi-drow et son centaure. A l’affut, elle zigzague d'un box à l'autre, furetant autour d’elle.

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Message  Qxid-Ul le Dim 7 Jan 2018 - 11:13

Helceok se résigna, et n'avait de toute façon pas le choix. Qxid-Ul n'était pas prêt à la tuer, et Helceok n'était pas prête à supporter la souffrance. La souffrance physique, tout du moins. Qxid-Ul resta muet d'approbation en voyant sa monture femme-jumentreprendre le pas pour approcher du Domaine de Lindth. Elle chancelait mais c'était bien normal, cela faisait déjà trois fois que Qxid-Ul lui aspirait de l'énergie vitale, et il venait de la faire suffoquer avec une prise d'étranglement. Helceok avait bien le droit de chanceler après ça... Tant qu'elle obéissait, Qxid-Ul ne dirait rien. C'est ainsi qu'ils se présentèrent aux portes du Domaine, où les gardes les interpellèrent.

Garde – Halte ! Qui va là ?

Qxid-Ul leva une main en signe de salut et de bonne intention.

QXID-UL – J'appartiens à Dame Schizæ de Triant, qui loge céans depuis deux jours. Elle m'a confié la tâche de lui rapporter cette prise.

Les gardes inspectèrent les deux esclaves et plus particulièrement Helceok qui les intrigua avec cette plante étrange qui lui poussait à même la peau. Ils exigèrent de confisquer la lance et l'arc de la Centauresse. Les deux esclaves se soumirent à cette formalité et furent invités à aller dormir à l'écurie.

Garde – Il se fait tard, Dame Schizæ est occupée, elle sera mise au courant de ton retour demain matin, Lézard.

Qxid-Ul inclina la tête, ignorant la marque de racisme quelque peu conventionnelle de la part de quelqu'un méprisant les esclaves. L'écurie était à proximité des portes, comme c'est souvent le cas. Helceok y fut placée dans une stalle avec un cheval voisin à sa gauche mais une stalle vide à sa droite. Elle disposait d'un abreuvoir accolé au mur du fond, auquel elle fut attachée. Qxid-Ul alla se coucher un peu plus loin, entre trois ballots de foin, hors des stalles.

La nuit ne fut pas excellente. Qxid-Ul avait besoin de repos, pourtant, car la chasse d'un esclave Centaure avait puisé dans ses ressources, mais il n'avait pas de vraie paillasse sur laquelle s'allonger et ses oreillers de foin grattaient sa peau, le tout étant inconfortable. Il réussit tout de même à dormir, et en début de matinée, il passa quelques instants à chasser les courbatures. Schizæ devait déjà être au courant qu'il était rentré. Il hésita à demander à entrer dans le castel des Lindth ou à attendre que l'on vienne le chercher ici. Dans le doute, il préféra attendre. Il passa voir Helceok pour s'assurer qu'elle allait bien et qu'elle était toujours attachée ; il lui dit :

QXID-UL – Tu vas faire connaissance avec notre maîtresse. Elle s'appelle Schizæ. N'oublie jamais : plus tu seras polie et obéissante, mieux tu seras traitée. Ne lui manque jamais de respect.

Et en effet, Schizæ entra dans l'écurie une demi-heure plus tard. Qxid-Ul entendit simplement des bruits de pas au début, mais en tendant le museau, il reconnut son odeur et se déplaça à sa rencontre. Il s'inclina devant elle en posant un genou à terre et la laissa parler en premier. Puis il l'informa :

QXID-UL – Maîtresse, je suis revenu avec succès dans la tâche que vous m'avez confiée. Permettez-moi de vous présenter votre nouvelle esclave.

Avec l'approbation de Schizæ, Qxid-Ul se releva et la conduisit devant la stalle où était toujours attachée Helceok. Qxid-Ul s'inclina – sans fléchir les jambes cette fois – en tendant la paume vers la Centauresse.

QXID-UL – Elle s'appelle Helceok. Je l'ai capturée pour vous. J'espère qu'elle vous satisfaira, Madame. Elle est vôtre.

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Message  Helceok le Lun 8 Jan 2018 - 13:55

A l'aube, Helceok s’éveilla en sursaut, quittant un rêve angoissant dans lequel des visions étranges s'enchaînaient en désordre. Son rythme cardiaque continua de s'affoler lorsqu'elle réalisa être ligotée. Et où étaient donc passés les arbres, la fraîche brume matinale et l'odeur de l'automne ? Très vite, son bras gauche endolori aida son esprit à faire le lien avec les événements de la veille. Elle aurait préféré qu'ils ne soient qu'une partie de son précédent cauchemar. Pourtant, elle était bien là, attachée dans une stalle en un lieu exhalant des odeurs de paille, de chevaux, et de crottin.

Son corps souffrait de courbatures par endroits. Elle se leva doucement, puis commença à s'énerver, tirant vivement sur ses liens pour s'en dépêtrer. Sentant qu'elle ne faisait rien d'autre que d'accentuer la douleur à son bras et à ses poignets, la centauresse finit par cesser de s'exciter inutilement. Que faire, maintenant ? Helceok examina les chevaux alentours, notamment celui à sa gauche. Ces pauvres bêtes lui faisaient de la peine. La Nature voulait d'eux qu'ils sillonnent les plaines auprès de leurs congénères, pas qu'ils restent plantés ici à attendre qu'un humain ait besoin d'une monture. Pensant au fait qu'une humaine lui réservait le même traitement, la centauresse sentit la colère monter en elle.

Helceok invoqua son lierre, puis tâcha de relâcher sa tension. Une fois calmée, elle fit le point sur sa situation. Si elle avait bien suivi, l'homme-lézard l'avait amenée ici pour rencontrer sa soi-disant ''maîtresse''. Toutefois, ce ne serait pas pour tout de suite, le soleil se levant tout juste. Elle avait donc le temps de régler certains problèmes : elle avait mal, faim, soif, et la vessie bien pleine. Ne voyant pas comment faire autrement et ne pouvant plus se retenir, la centauresse commença par se soulager sur la paille. Remarquant ensuite l'abreuvoir à sa disposition, la centauresse s'empressa d'y plonger ses mains… avant de se rendre compte que cette action lui était impossible. Elle s'acharna une dernière fois sur la corde bloquant ses bras avant de se résigner à boire autrement. La centauresse se baissa donc, puis aspira quelques gorgées d'eau avec sa bouche. « Abrutis d'humains. Ils veulent vraiment que je fasse tout comme un cheval. » La colère refit surface. Ce coup-ci, elle eut bien du mal à l'apaiser.

Après recherche, la centauresse n'aperçut rien de comestible dans les parages, et se prit à rêvasser. Tout d'abord, elle s'imagina libre, dégustant une nourriture quelconque dans un sous-bois rempli de vivres. Puis, elle se vit projeter l'humaine-cavalière à l'aide de ses puissants sabots avant de la piétiner, de la transpercer cent fois avec sa lance, puis de fuir vers un avenir meilleur. « Hum… C'est peut-être un peu beaucoup », admit-elle. « Je crois que je me contenterai d'une ruade. En tous cas, j'en connais un qui n'aurait pas hésité à lui faire subir bien pire… »

Ses rêveries l'aidèrent à combattre l'ennui pendant quelques heures, quand enfin l'homme-lézard décida de venir la déranger.

- Tu vas faire connaissance avec notre maîtresse. Elle s'appelle Schizæ. N'oublie jamais : plus tu seras polie et obéissante, mieux tu seras traitée. Ne lui manque jamais de respect.

A cette dernière remarque, la centauresse poussa un râle de mécontentement. « Pour que je ne lui manque pas de respect, il faudrait d'abord que j'aie un minimum d'estime pour elle. Et puis, bon sang… Que ce reptile m'énerve ! »

Cette fois-ci, le terme ''notre maîtresse'' ne passa pas inaperçu. D'une part, cela confirmait le fait que le séladien soit bel et bien un esclave, comme elle l'avait préjugé hier soir suite à la discussion avec les gardes. Et d'autre part, cela voulait aussi dire qu'on l'avait laissé partir seul et sans entrave dans la nature, et qu'il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de capturer une centauresse pour sa maîtresse. « Soit il est complètement stupide, soit… je ne comprends vraiment rien. » La centauresse ne pouvait imaginer un seul instant qu'on puisse trouver son compte à être l'esclave de quelqu'un. Et la devise du reptile, ''plus tu seras obéissante, mieux tu seras traitée'', l'agaçait à chaque fois qu'il la lui répétait. Quand bien même elle serait bien traitée, ça ne lui rendrait pas sa liberté.

S'ensuivit une dernière demi-heure de tranquillité pour Helceok. Plus elle repensait aux dires de l'homme-lézard, plus l'idée de la ruade lui paraissait sensée. « Elle pourrait difficilement me monter dessus, avec quatre cottes cassées… » pensa Helceok. « Mais la punition promet d'être très sévère. »

Quand elle entendit le séladien s'adresser à quelqu'un, la centauresse tendit l'oreille. En apprenant qu'il s'agissait de la fameuse ''Schizæ'', la nervosité s'empara d'elle. Sa queue agitée, ses oreilles baissées et sa posture contractée trahissaient son angoisse, malgré un visage inexpressif. Lorsque l'homme-lézard et sa maîtresse arrivèrent enfin devant sa stalle, Helceok fit de son mieux pour se tourner et ainsi voir à qui elle avait affaire. A la vue de ce qui semblait être une adolescente, son envie de ruade disparut subitement ; l'idée de s'en prendre violemment à quelque chose de beaucoup plus petit et jeune qu'elle la dérangeait fortement.

La centauresse recula autant que l'étroitesse de la stalle le lui permit, indiquant ainsi son refus d'être approchée. Son appréhension n'était toujours pas partie.

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Message  Schizae le Mar 9 Jan 2018 - 12:35

Le séladien apparait devant la fille et, en esclave bien élevé, s’incline devant elle en posant un genou à terre. Il lui explique avoir accompli sa mission. Satisfaite, Schizæ lui fait signe de se relever et suit Qxid’Ul jusqu’au fond de l’étable.

La fille se dit que les choses peuvent s’avérer plus compliquées qu’avec Nïn, Serpad ou Qxid’Ul puisqu’il s’agit ici, non pas d’un esclave habitué à être traité comme tel, mais d’un animal sauvage. Elle se prépare à utiliser ses pouvoirs pour effrayer et soumettre la créature. Mais cette idée disparait subitement quand elle découvre une centauresse apeurée et ligotée au fond d’une stalle puante.

La créature a une robe souris. D’étranges plantes sont accrochées à sa fourrure et la fille se demande pourquoi Qxid’Ul les y a mises. Alors qu’elle s’approche, la centauresse tente de s’éloigner mais ses bras liés et l’étroitesse de la stalle l’empêchent d’aller bien loin. Elle ressemble à un malheureux animal apeuré qui, prit au piège, cherche un endroit où se terrer. La fille l’observe dans son déplacement, admirant son corps équin, harmonieusement enchevêtré à son torse de femme.

Schizæ ne s’approche pas plus et commence à parler d’une voix douce :

SCHIZÆ – Bonjour Hèliok. Je m’appelle Schizæ. J’aimerais te parler…


La fille tend la main derrière elle et, quelques secondes plus tard, un des couteaux qui se trouvaient à l’autre bout de l’étable s’envole pour s’y nicher. Elle reste de marbre, mais apprécie l’effet provoqué. Elle cherche à impressionner d’entrée de jeu la centauresse.

Elle se tourne ensuite vers Qxid’Ul en lui montrant le couteau :

SCHIZÆ – Penses-tu que je puisse la libérer de ses liens ?

Et ensuite, elle lui demande comment s’est passé la capture. Elle veut en savoir plus sur la centauresse et sur les potentielles raisons qui expliqueraient que sa nouvelle esclave soit aussi terrorisée.

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Message  Qxid-Ul le Mar 9 Jan 2018 - 19:24

Qxid-Ul arrivait à lire le langage corporel d'Helceok, et à ce stade, même quelqu'un qui ne connaissait pas très bien les Centaures ni les chevaux pouvait deviner son état d'angoisse et son envie de rebellion. Il y eut pourtant dans le regard de la femme-jument une étincelle de stupéfaction quand elle vit Schizæ. Qxid-Ul, estimant trop peu probable qu'elle la connaisse, mit cela sur le compte de l'âge de sa maîtresse : Helceok ne devait sans doute pas s'attendre à être capturée pour une Humaine adolescente. Qxid-Ul ne voulait toutefois pas se hasarder à estimer si cela allait changer quelque chose à son comportement.

Schizæ s'adresse doucement à Helceok, comme on le ferait à un animal apeuré que l'on cherche à approcher. Seulement, le geste qu'elle fit juste après fut en contradiction avec la volonté apparente d'éviter de l'effrayer : la main tendue, elle attira par télékinésie un couteau et s'en empara à la volée. Puis elle demanda à Qxid-Ul :

SCHIZÆ – Penses-tu que je puisse la libérer de ses liens ?

Qxid-Ul posa un œil examinateur sur les oreilles plaquées, la queue battante, les pattes agitées et l'attitude fuyante de la Centauresse, et apporta une réponse rapide :

QXID-UL – Ce serait risqué, Madame. C'est une sauvage, elle n'a jamais connu l'esclavage. Même si elle parle très bien la langue, il faut la débourrer. Vu son état, à la moindre occasion, elle pourrait essayer de s'échapper, ou peut-être d'attaquer quelqu'un.

Si les choses se passaient mal avec cette nouvelle esclave, Qxid-Ul avait le sentiment que cela pourrait lui retomber dessus. Schizæ pourrait très bien lui reprocher de lui avoir capturé un mauvais esclave. Il fallait pourtant dire que capturer un Centaure sauvage qui accepte rapidement de se faire chevaucher et d'obéir au doigt et à l'œil en bon esclave soumis, ça relevait de la fantaisie. Qxid-Ul pouvait espérer que Schizæ en soit consciente malgré son jeune âge. Si Schizæ avait voulu un Centaure déjà docile, alors il fallait en acheter un – ou en voler un – déjà dressé.

QXID-UL – Je lui ai expliqué plusieurs fois que plus elle serait obéissante, et mieux elle serait traitée. Je lui ai appris les ordres d'avancer, de galoper, de tourner et de s'arrêter ; mais je la maintenais sous menace constante.

Qxid-Ul s'inclina encore une fois devant sa maîtresse pour conclure sa réponse.

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Message  Helceok le Jeu 11 Jan 2018 - 19:46

L'attitude de l'humaine déconcerta Helceok. Après la colère et la crainte, voilà qu'elle en venait à éprouver une sorte d'indulgence. Car plutôt que de chercher à asseoir son autorité en la menaçant ou en lui sautant dessus pour la chevaucher, l'adolescente s'adressa gentiment à elle tout en gardant ses distances. Le fait qu'elle ait écorché son nom lui importait peu ; il y avait du bon dans ses paroles. Elle l'avait saluée, s'était présentée à elle, et lui avait fait part de son envie de lui parler. Cela signifiait-il qu'elle la considérait comme une personne, et non pas comme une monture, ou un cheval ? Helceok espérait de tout cœur que oui. Elle pourrait peut-être plaider sa cause auprès d'elle, retrouver sa liberté, et ainsi quitter ces lieux pacifiquement avant de regagner la forêt ? Cette perspective plaisait fortement à la centauresse, dont la panique se serait certainement atténuée si l'humaine s'était abstenue de s'armer d'un couteau. En voyant l'objet voler jusqu'à la main de l'adolescente aux moyens d'une force mystérieuse, Helceok eut un nouveau mouvement de recul qui l'amena à heurter les parois de sa stalle.

- Penses-tu que je puisse la libérer de ses liens ?

Malheureusement pour la centauresse, Schizæ demandait l'avis de son esclave. En plus de la dissuader de défaire ses liens trop serrés, l'homme-lézard traita la centauresse de sauvage avant de recommander de la ''débourrer.'' Helceok n'avait aucune idée de ce que ça voulait dire, mais le mot en lui-même n'annonçait rien qui vaille. Ses propos l'énervaient, mais il avait au moins raison sur un point : à la première occasion, la centauresse ne se ferait pas prier pour fuir le plus loin possible. Au passage, il avait complimenté sa bonne maîtrise de la langue commune, chose qu'elle devait à Talanelda. Cette dernière l'avait poussée à l'apprendre sérieusement, vantant son importance dans la communication avec les autres races du continent. La centauresse conservait cependant un accent reconnaissable, bien qu'il ne soit pas excessif.

Quand sa maîtresse l'interrogea ensuite au sujet de la capture, l'homme-lézard introduisit sa réponse par une énième allusion à sa devise fétiche concernant l'obéissance. Helceok en avait plus qu'assez de l'entendre ; elle n'était pas une esclave ! Il affirma ensuite lui avoir enseigné les ordres de base tout en la maintenant sous menace constante. Dit de cette façon, on pourrait presque croire qu'il eut suffi d'un peu de chantage pour lui permettre de diriger la centauresse comme bon lui semble. Or, ce n'était pas exactement comme ça que Helceok l'avait vécu. Elle estimait qu'il omettait beaucoup de choses, notamment le passage où il l'avait étranglée. « Je me demande ce que l'humaine en penserait… »

La centauresse savait pertinemment qu'aucun humain sensé n'aurait eu l'idée de la détacher à ce moment précis, une nuit seulement après sa capture et alors qu'elle était en proie à une panique manifeste. Et puis, sortir une arme devant un être affolé qu'on voulait justement rassurer était un acte si maladroit… Très vite, Helceok en vint à la conclusion que tout ceci était gage de naïveté enfantine, ce qui la poussait à redoubler de clémence. « Cette humaine est plus jeune que je l'imaginais. Elle ne semble même pas comprendre tout ce que ma capture implique. »

Ses oreilles se relevèrent, son corps se relâcha, et les mouvements de sa queue cessèrent leur frénésie. Sa nervosité et sa méfiance n'avaient pas complètement disparu, mais elle paraissait déjà bien moins tendue. Toute ouïe, la centauresse porta son regard vers Schizæ ; l'humaine avait exprimé son souhait de lui parler quelques minutes auparavant. Helceok était curieuse de savoir ce qu'elle avait à dire, et préférait connaître ses intentions avant de tenter quoi que ce soit.

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Message  Schizae le Mer 17 Jan 2018 - 18:16

La réponse du Séladien n’est pas encourageante. Schizæ garde donc le couteau en main sans s’en servir. Il a appris les ordres de base à la centauresse, en ayant un constant recourt à la menace. La fille hoche la tête, soucieuse.

La centauresse, quant à elle, avait eu un mouvement de recul paniqué en voyant le couteau. A présent, elle semble un peu moins nerveuse. Un tout petit peu moins. La fille ne s’approche pas, peut-être pour ne pas l'effrayer, ou alors est-ce parce qu’elle-même craind d’approcher un centaure en panique, donc potentiellement dangereux. Pour le moment, elle se contente de lui parler.

SCHIZÆ – Je suis la Baronne de Triant. Bientôt Baronne de la Baume puisque j’épouse le Seigneur Gauthier de la Baume demain.

C’est au Séladien qu’elle adresse cette dernière phrase puisque, même s'il n'est qu'un esclave non-humain, il a l’air de comprendre un minimum la situation. Ce qui n’est surement pas le cas d’une centauresse sauvage : son comportement doit ressembler à celui d’un cheval. La notion de mariage et de couple ne doit rien lui dire.

Elle reprend à l’attention d’Helceok, lui parlant comme on parlerait à un tout petit enfant, ou comme à une personne retardée mentale.

SCHIZÆ – Demain nous nous rendrons tous au domaine de Triant pour célébrer l’évènement. J’imagine que je ne pourrais pas te monter pour m’y rendre, puisque tu n’es pas encore dressée. Mais par la suite, j’aurais besoin de toi pour aller à l’ouest d’Orcande, dans les Plaines d’Azgal. Pour cela, Qxid’Ul va devoir te débourrer. Est-ce que tu comprends ?

En même temps, elle lance un regard au séladien, guettant sa réaction face à l'ordre indirect qu'elle vient de lui donner.

La centauresse qu’il lui a capturé est magnifique. Il a fait un excellent travail. Mais les compliments viendront en temps voulu. Les esclaves doivent être félicités, mais pas trop souvent. Une juste mesure permet de les garder à la bonne place. Et Qxid’Ul n’a pas encore terminé son travail…

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Message  Qxid-Ul le Dim 21 Jan 2018 - 10:50

Si l'action de Schizæ d'aimanter le couteau à sa main avait effectivement effrayé la Centauresse, cette dernière parut finalement se détendre un tout petit peu. Qxid-Ul fut quelque peu étonné par cette attitude. La réponse qu'il venait de donner à sa maîtresse n'avait pas pu mettre en joie à femme-jument. Il s'était attendu à la voir furieuse ou terrorrisée, mais finalement elle n'était pas trop nerveuse. Son regard dévisageait plus longuement Schizæ. Qxid-Ul était désormais au second plan, et c'était une bonne chose. Il était normal que Schizæ accaparât l'attention de la nouvelle esclave ; la femme-jument semblait en quelque sorte l'analyser, comme Qxid-Ul avait pu le faire lui-même. Les Centaures étaient intelligents, et cela présentait autant d'avantages que d'inconvénients par rapport aux simples chevaux. Que se passait-il donc dans la tête de celle-ci ? Qxid-Ul la renifla, discrètement, mais ses phéromones n'en disaient pas assez, seulement ce qui était déjà apparent à l'œil.

Quand Schizæ se présenta, elle en profita pour informer Qxid-Ul du mariage prévu pour le lendemain. L'Homme-lézard ne put réprimer une marque de surprise. Schizæ avait donc finalement décidé de regagner le domaine à la loyale, quitte à y perdre son nom ? Ses affaires de hauts bourgeois n'étaient pas très intéressantes pour l'Homme-lézard d'ordinaire, mais il s'était annoncé prêt à s'employer à des méthodes moins glorieuses pour aider sa maîtresse à atteindre son objectif, et il avait cru qu'il en obtiendrait l'aval.

Schizæ s'adressa de nouveau à Helceok pour lui expliquer ce qu'elle attendait d'elle. Et là encore, au détour d'une phrase, elle s'adressa à Qxid-Ul, lui confiant la tâche de débourrer lui-même la femme-jument. Qxid-Ul n'aurait pas pensé avoir cet honneur. Il n'était qu'un esclave et le domaine de Lindth devait déjà disposer d'un Humain citoyen compétent dans le débourrage des montures. Pourquoi donc faire appel à un esclave pour dresser un autre esclave ? C'était curieux, mais honorant. Qxid-Ul s'inclina sans un mot, manière de signifier qu'il accusait compréhension de l'ordre implicite.

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