Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Ven 5 Mai 2017 - 18:15

De la lumière. D'abord, elle ne comprend pas d'où elle vient. Elle ne sait plus, de toute façon. Puis elle comprend. La porte. La porte est ouverte. C'est Eol. Il se tient là. Elle ne comprend pas. Le baron non plus. Elle l'entend crier :

- EOL ! QU’EST-CE QUE TU FAIS ICI !

Elle frémit. Elle n'en peut plus. Elle ne veut pas qu'il s'énerve, elle a peur de ce qu'il va lui faire, peur qu'il passe sa colère sur elle. Elle n'en peut plus. Son ancien maître arrêtait toujours avant que ça ne menace sa santé. C'était juste pour la punir. Lui faire mal. La soumettre. Mais le baron lui... il... il aime ça. Elle a peur. Elle ne sait pas jusqu'où il pourrait aller. Il va la tuer.

- Nïn est à moi ! Tu n’as pas le droit de l’abimer. Tu n’as pas le droit de tuer ceux qui sont à moi ! Tu n’avais pas le droit de tuer Egfroi !

Nïn tressaille. Il est venu la chercher. Mais il est lui-même un esclave. Bien qu'il soit le demi-frère du baron. Il ne peut venir la chercher.

- Sors d’ici immédiatement !

Elle a peur. Elle supplie intérieurement Eol de partir. Tout en le suppliant de rester. Il choisit la seconde option :

- Tu n’avais pas le droit de tuer Egfroi ! Je l’aimais ! Tu me l’avais donné et il était à moi. Il n’avait rien fait de mal !

Il y a de la souffrance dans sa voix. Souffrance rage. Le baron ne répond rien. Nïn ignore si c'est la rage qui le rend muet, ou la surprise de voir son demi-frère se révolter ainsi. Elle ignore si c'est bon ou mauvais. Si Eol et elle vont tous deux être punis par le baron. Sans doute. Il aime faire mal. Il l'a regardée souffrir. Et ça lui a plu. Plus Nïn recouvre ses esprits, plus la crainte et l'horreur l'envahissent. Il ne fait pas mal pour punir ou dresser. Ou pas uniquement. Il fait mal par plaisir. Ce qui change tout, puisque cela enlève toute limite, la souffrance n'étant plus calculée, utile. En devenant superflue, elle devient illimitée. Mais Eol n'a pas peur. Il continue :

- Je ne veux pas que tu tues ce qui est à moi ! Ni Tarek, ni Nïn ! Je la prend, elle est à moi.

Puis il s'approche d'elle. Lui murmure des mots rassurants. Il lui assure que c'est fini. Il caresse sa tête, ses cheveux, pose sa tête sur la sienne. Puis il la prend dans ses bras, pour la porter. Elle commence seulement à oser espérer. Espérer que ce soit terminé. Que le baron ne va pas continuer à lui faire mal. Elle ne comprend plus grand chose. Elle croyait que c'était Eol qui avait demandé au baron de la punir. Ou au moins qu'il était d'accord. Il l'avait laissée au baron pour cela... Elle ne comprend plus. Un esclave qui se révolte contre son seigneur, pour protéger une esclave qu'on lui a donnée et qui, de plus, lui déplaît. Rien n'est logique. Mais il l'emporte. Il l'éloigne. Il l'arrache à son tortionnaire. Et celui-ci ne dit rien, il laisse faire, marmonnant seulement tout bas, des mots que Nïn n'entend pas. Elle ne sait pas où Eol l'emmène. Mais cela n'a pas d'importance.

Avec un effort immense, Nïn parvient à lui murmurer :

- Merci, monsieur.

Puis l'inconscience l'emporte.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Ven 5 Mai 2017 - 20:58

- Merci, monsieur.

Elle parle faiblement. Et puis elle s’endort dans mes bras. Sa tête ballotte contre mon épaule. Je l’emmène à Martyn. Il pose ses mains sur le dos de Nïn. Il écarte les plaies.

- Emmène-la au temple… Je soigne les chevaux, moi, pas les filles…

J’obéis. Le prêtre me demande de poser Nïn sur un autel. Je les laisse. J’attends sur une chaise du temple. C’est un beau temple. Parce que c’est moi qui l’ai conçu. On se sent bien ici. Je ferme les yeux. J’essaie de réfléchir. Les dragons qui habitaient ici sont encore là. Ils surveillent encore le domaine. Et ils ne sont pas contents. Ils pensent que c’est ma faute si Egfroi est mort. Je fronce les sourcils. La colère s’en va. Je me sens mal. J’ai l’impression d’être seul au monde.

- Mon fils, l’enfant est soignée. Il faudra que vous veniez me parler de ce que vous vivez. Vous n’avez pas l’air bien…

Je regarde l’homme. C’est la première fois qu’un humain me parle comme ça. J’ai compris. Je suis d’accord. Je ne dis rien. Le prêtre a l'air d'attendre quelque chose. Il reste un moment sur place. Et puis il finit par s’en aller. Je rentre dans la salle. Les murs de pierre amortissent tous les bruits. C’est calme. Les vitraux laissent passer la lumière. Ils la transforment en couleur. C’est moi qui ai fait ça aussi. C’est la première fois qu’un temple a des vitres en couleur.

Nïn est allongée sur l’autel en marbre. Une statue d’Elasgol est tout près. On dirait qu’il veille sur elle. Je m’approche. Elle est blanche. J’approche mon visage de sa joue. Je sens son souffle. Elle est en vie. Tout va bien. Je m’assoie à côté d'Elasgol. Je continue à réfléchir. Cette fois-ci à voix haute.

- Les dragons veillent sur Nïn et sur Tarik. Pourquoi est-ce qu’ils sont encore là ? Ils pouvaient partir très loin. Ils sont peut-être attachés au domaine. Et pourquoi est-ce qu’ils me demandent de les protéger ? Ils n’ont jamais défendu personne d’autre ici. Si je le revois, je lui demanderais. Peut-être que Nïn et Tarik le connaissent.

Je repense à ce qu’il a dit.

- Il a dit que c’était ma faute si Egfroi est mort.

Toute ma colère est partie. Je suis triste. Seul. J’ai mal. J’en veux à Théo d’avoir tué mon cheval. Je m’en veux de l’avoir laissé faire. Je suis tellement peiné. Je pose ma tête sur l’autel, contre le bras de Nïn. De l'eau déborde de mon œil. La goutte dégouline sur ma joue. C’est la première fois que ça arrive depuis qu’Egfroi est mort. Je me sens vide.

- Je les protégerais. Ça n'arrivera plus.

Plus personne ne mourra.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Lun 8 Mai 2017 - 13:18

Nïn entend une voix. Lointaine. Trop lointaine, pour comprendre ce qu'elle dit. Quelques mots lui parviennent, mais elle ne sait pas vraiment si c'est la voix qui les a prononcés, ou si c'est elle qui les a inventés. Après tout, elle dort à moitié. Elle croit discerner le mot "dragon" et son prénom, à elle. Mais elle n'est pas sûre. Tout est mêlée, presque inextricable. Elle flotte dans le noir, et son corps est terriblement lourd. Et puis, une partie d'elle ne veut pas se réveiller, car elle est vaguement consciente que cela lui apporterait beaucoup de souffrances et de difficultés.

La voix se tait, puis reprend. Elle essaie de se concentrer sur elle. Ce n'est pas une voix méchante. Ça, ça la rassure. On ne va pas lui déchirer le dos. Lui déchirer le dos... Les souvenirs refont surface, et elle fait un pas vers la conscience. Elle s'attend à une explosion de douleur... Qui ne vient pas. Elle a mal, mais pas autant qu'elle l'aurait pensé. La voix s'est rapprochée, mais elle n'arrive pas à bien se concentrer sur elle.

Un contact, contre son bras. Chaud. Un être vivant. Le propriétaire de la voix. Eol. Eol qui l'a arrachée au baron. Où l'a-t-il emmenée ? Une goutte d'eau, qui coule, sur son bras. Puis, à nouveau, la voix d'Eol, distincte cette fois :

- Je les protégerais. Ça n'arrivera plus.

Nïn ouvre les yeux. Eol a la tête posée contre son bras. Elle ne sait pas de quoi il parle. Dans ses yeux, elle discerne à la fois une grande tristesse, et une toute aussi grande détermination. Elle ne sait pas de quoi il parle. Qui protégera-t-il ? Elle ? Elle se souvient qu'il a parlé au baron d'une mort qu'il regrettait. Elle se souvient qu'il lui avait parlé de son ancien cheval, que le baron a tué. Il doit être triste à cause de cela. Il ne doit pas vouloir que le baron tue de nouveau ce qui est à lui.

Nïn se redresse un peu. Elle monte un bras pour approcher une main de son dos, hésite. Elle a peur de constater l'ampleur des dégâts. Étrangement, la douleur est toujours supportable. Elle se demande si on l'a soignée, et qui. Elle jette un regard à la ronde. Ça ressemble à un temple. Le plus beau temple qu'elle ait jamais vu. Sa décoration est très belle, très pure, apaisante. Et par un procédé étrange, la lumière qui entre par les fenêtres est colorée. Peut-être parce-que les fenêtres elles-mêmes le sont. Un peu comme la lumière qui, filtrée par les feuilles des arbres, prend une teinte verte. Sauf que là, il y a plusieurs couleurs.

- C'est magnifique...

Elle se rend compte qu'elle a parlé à voix haute, rougit, demande à Eol :

- Où... où sommes-nous, monsieur ?

Elle est un peu gênée. Il l'a sauvée, et elle a peur qu'il se soit lui-même mis en danger pour cela. Elle ne sait pas trop comment le remercier. Elle balbutie :

- Mer... merci d'être venu. J'espère que cela ne va pas... vous... vous attirer des ennuis avec monsieur le baron.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Lun 8 Mai 2017 - 16:36

- C'est magnifique...

Je lève la tête. Je m’essuie les yeux. Nïn est réveillée. Elle admire mon œuvre. Elle a bon goût. C’est au moins ça.

Je souris.

- Où... où sommes-nous, monsieur ?
- Dans un temple d’Elasgol.

Elle pose des questions étranges. La réponse est évidente. Je suis assis à côté de la statue d’une limace géante sur une feuille. Ah oui ! Je sais ! Elle cherche à me faire la discussion.

- C’est moi qui l’ai conçu.

Je lui expliquerais tout ça. Dans les détails. Parce que c’est passionnant. Mais pas tout de suite parce qu’elle se met à parler. En bégayant.

- Mer... merci d'être venu. J'espère que cela ne va pas... vous... vous attirer des ennuis avec monsieur le baron.

Je sais qu’il faut répondre aux politesses.

- De rien, Nïn, c’est un plaisir.

C’est bien d’ajouter le prénom de la personne quand on parle. Comme ça les gens ont l’impression qu’on fait attention à eux. Comme s’ils ne savaient pas qu’on s’adressait à eux. Je trouve ça bête. On n’est que deux, elle doit bien s'en douter. Mais on ne sait jamais. Et puis je sais me tenir en société.

Je réfléchis à ce qu’elle a dit après "merci". Ce n’était pas une question. Mais elle veut discuter. Alors je me mets à parler. Je décide de continuer sur le sujet qu’elle tente de lancer. Même si elle n’y arrive pas bien. Elle aurait dû poser une question. Mais je suis indulgent. Je ne peux pas lui en tenir rigueur. Pour moi aussi, c’est souvent compliqué. Un jour, je lui expliquerais comment il faut s’y prendre, pour faire une discussion avec les autres.

- Je ne sais pas. Je ne comprends pas les gens. Des fois, Théo me punit. Je ne comprends pas pourquoi. Des fois il me félicite. Je ne comprends pas non plus pourquoi. Par exemple, je suis parti avec un centaure qui était à lui. Je pensais que c’était mal. Au bout d’un moment, je suis rentré. Théo m’a puni. Je ne comprends pas pourquoi il m’a puni d’être revenu. Je pensais que c’était bien. Il a tué Egfroi. Je me suis enfermé des mois dans la bibliothèque. Je pensais que c’était mal. Mais il m’a félicité en m’offrant toi et Tarik. Et aussi, quand il me puni, ça me fait pleurer. Mais il ne veut pas que je pleure. Parce que je ne suis pas une fillette. Je ne comprends pas pourquoi il me fait mal alors que ça donne quelque chose qu’il déteste. En fait je ne comprends vraiment rien à ce qui est bien ou mal, pour lui. Il dit qu’on doit remettre les femmes à leur place. Quand je l’ai fait avec la dame pleine de soie et d’or, celle qui a un chapeau en plume, Théo m’a puni. Il dit qu’il faut tuer ou mettre en esclavage les sous-races. Quand j’ai essayé de le faire avec un tigrain qui était émissaire de Telbara, Théo m’a encore puni. Donc là je ne peux pas savoir s’il va me punir ou me féliciter. Je pense qu’il va plutôt me féliciter parce qu’il aime quand j’ai un regard d’homme. Ça veut dire quand je fais comme ça.

Je fronce les sourcils. Je regarde devant moi comme si j’allais tuer quelqu’un.

- Et j’avais cette tête quand j'ai vu que tu avais mal. C’est la tête des vrais hommes. Je ne sais pas trop pourquoi. En tout cas, c’est une bonne chose. Mais aujourd'hui, je ne peux pas être sûr que ce que j'ai fait était bien. Je verrais ça en rentrant.

J'ai continué sur la discussion qu'elle a lancé. Maintenant, je peux passer à un autre sujet. Parce que c'est important. C'est encore mon tour de parler.

- Tu es très fine. Tu n’as pas l’air forte. Tu ne fais pas peur. Je tiens à toi. Parce que tu es un cadeau de mon frère. Le troisième. Après Egfroi et Tarik. Donc je te chérirais. Et je ne veux pas te perdre. Alors je t’apprendrais à te battre. Comme ça tu te défendras. Les méchantes personnes auront plus de mal à te faire du mal. A partir de demain, je t’apprends à lire le matin. Parce que je ne veux pas te lire des romans que je n’aime pas. Et l’après-midi, on se battra. On ira dans la forêt. On a des salles ici pour ça. Mais je préfère la forêt. J’arrête de t’apprendre à monter à cheval. Tu es trop nulle pour ça.

Je reprend mon souffle.

- Et aussi, je ne m'appelle pas "monsieur". C'est Théobald, le seul Monsieur. Moi, mon prénom, c'est Eol.

Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je n’imagine pas qu’elle veuille parler. Puisque je n’ai pas posé de question. Et je continue d’une traite :

- Pourquoi est-ce que les dragons du domaine te protègent ? J'ai fait beaucoup de supposition. Mais il me manque des données. Ton opinion m'aidera.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Mer 10 Mai 2017 - 23:46

Eol relève la tête, sourit, répond :

- Dans un temple d’Elasgol. C'est moi qui l'ai conçu.

Lui qui... Nïn ouvre grand les yeux. Cela veut dire que c'est Eol qui a imaginé ce temple ? Elle est impressionnée. Elle n'a jamais parlé à personne concevant des temples. Elle pensait que c'étaient des gens très spéciaux qui faisaient ça. En fait, elle ne s'est jamais vraiment posé la question. Elle n'a pas la moindre idée de la façon dont on peut concevoir un bâtiment. Ca lui semble très compliqué.

Eol reprend la parole. Il lui dit que la sauver était un plaisir. Elle se demande s'il dit vrai. Ou s'il est juste poli. Il continue à parler. Il lui explique qu'il ne sait pas si il s'est ainsi attiré des ennuis. Il précise qu'il ne comprend pas bien les gens, et que notamment, la conduite du baron lui échappe. Parfois, celui-ci le punit alors qu'il pense bien faire, et d'autres fois il le félicite alors qu'il pense mal faire. Mais les exemples qu'il prend sont étranges. Nïn comprend que son interlocuteur ne réfléchit pas comme elle... ni comme les autres. Et visiblement, cela lui pose problème. Il dit s'être enfui, avoir pensé bien faire en revenant, et ne pas comprendre avoir été puni... comme s'il ne comprenait pas que sa punition concernait sa fuite, et non son retour.

En fait, comprend Nïn, Eol applique des règles générales pour tenter de plaire au baron, sans comprendre que selon les cas particuliers, ces règles générales ne peuvent pas s'appliquer.

Pour cette fois, dit Eol, il ne peut donc pas savoir s'il va être puni ou félicité. Mais il ajoute :

- Je pense qu’il va plutôt me féliciter parce qu’il aime quand j’ai un regard d’homme. Ça veut dire quand je fais comme ça.

Il regarde devant lui fixement, en fronçant les sourcils, puis continue :

- Et j’avais cette tête quand j'ai vu que tu avais mal. C’est la tête des vrais hommes. Je ne sais pas trop pourquoi. En tout cas, c’est une bonne chose. Mais aujourd'hui, je ne peux pas être sûr que ce que j'ai fait était bien. Je verrais ça en rentrant.

Nïn frissonne à cette dernière évocation. Elle a peur qu'Eol soit puni à cause d'elle. Elle a peur, aussi, d'être punie de façon encore plus sévère, elle a peur que le baron ne la tue pour l'affront qui lui a été fait. Toutefois, cela ne sert à rien d'y penser pour le moment. Comme le dit Eol, ils verront bien. Le demi-drow reprend, changeant de sujet :

- Tu es très fine. Tu n’as pas l’air forte. Tu ne fais pas peur. Je tiens à toi. Parce que tu es un cadeau de mon frère. Le troisième. Après Egfroi et Tarik. Donc je te chérirais. Et je ne veux pas te perdre. Alors je t’apprendrais à te battre. Comme ça tu te défendras. Les méchantes personnes auront plus de mal à te faire du mal. A partir de demain, je t’apprends à lire le matin. Parce que je ne veux pas te lire des romans que je n’aime pas. Et l’après-midi, on se battra. On ira dans la forêt. On a des salles ici pour ça. Mais je préfère la forêt. J’arrête de t’apprendre à monter à cheval. Tu es trop nulle pour ça.

Nïn est à la fois touchée par son envie de lui apprendre à se défendre, soulagée par le fait de n'avoir pas à apprendre à monter à cheval, intriguée par l'annonce de son apprentissage prochain de la lecture, et un peu désolée des dérangements qu'elle cause à Eol. Elle voudrait lui préciser que n'importe quelles histoires lui conviennent, et pas seulement celles de dragons et de chevaliers, elle voudrait lui dire merci, elle voudrait lui révéler qu'elle sait déjà se battre... Mais elle n'en a pas le temps. Eol poursuit déjà, lui demandant d'abord de l'appeler Eol, précisant que le seul "monsieur" est le baron, puis lui faisant part d'une question :

- Pourquoi est-ce que les dragons du domaine te protègent ? J'ai fait beaucoup de supposition. Mais il me manque des données. Ton opinion m'aidera.

Nïn sursaute. Elle ne s'attendait pas à ça. Qu'est-ce que les dragons viennent faire dans leur conversation ? Est-ce qu'Eol sait ? Est-ce qu'il l'a percée à jour ? Non. Sinon il ne s'interrogerait pas. Mais alors, de quoi parle-t-il ? Afin de se donner une contenance, elle répète :

- Les... les dragons ? Du... domaine ?

Son cerveau tourne à toute allure. Elle ne peut rien lui dire. Détourner tout soupçon. Il est intelligent. Il fait trop de liens. Il ne faut pas qu'il prévienne le baron. Mais en même temps, elle s'en veut de lui mentir. Il l'a sauvée. Il veut la protéger. Elle opte pour une demi-vérité :

- Les dragons sont des êtres sages, mons... Eol. Je pense que nul mortel ne peut prétendre percer leurs raisons. Et moi encore moins. Toutefois... j'ai déjà eu l'occasion d'aider un dragon. Ce peut être lié ?

Nïn retient son souffle. Elle espère qu'Eol ne va pas comprendre ce qui se trame. Elle ajoute, autant pour comprendre, que pour faire celle qui ignore :

- Mais pourquoi dîtes-vous qu'ils me protègent ?

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Jeu 11 Mai 2017 - 0:26

Nïn répète mes derniers mots. Je connais bien cette technique. Excellente, elle fonctionne toujours. Répéter les derniers mots d’une personne pour l’encourager à parler. Je veux lui montrer qu’elle devient douée pour l’art de la conversation en reprenant la parole. Mais elle me la reprend alors qu’elle venait de me la donner. Elle n’est pas très douée, finalement.

- Les dragons sont des êtres sages, mons... Eol. Je pense que nul mortel ne peut prétendre percer leurs raisons. Et moi encore moins. Toutefois... j'ai déjà eu l'occasion d'aider un dragon. Ce peut être lié ?
- Oui.

Bien sûr que ça peut être lié. Comment peut-elle- se poser une question aussi basique ? Tout s’explique. Je trouve ça incroyable. Finalement, Nïn est quelqu’un de très intéressant. Elle préfère peut-être les dragons aux chevaux. Elle veut monter un reptile ailé. C’est très bien aussi. C’est même une magnifique idée.

- Mais pourquoi dîtes-vous qu'ils me protègent ?
- J’ai rencontré un dragon dans la bibliothèque. A ce moment, c’était un garçon avec des écailles sur le visage. Il se transforme comme ça quand il a peur. Il m’a dit que si tu mourrais, ils nous tueraient, Théo et moi. Il m’a rappelé que je devais te protéger. Il ne m’avait pas dit que tu l’avais aidé. Maintenant, je comprends. C’est très bien ce que tu fais. Tu as de la chance d’être leur protégée. J'ai beaucoup lu sur les dragons. Je les aime bien. Mais je n’en ai jamais rencontré. Enfin, sauf celui-là. Mais il ne ressemblait pas à ce que j’imaginais. C’était un peu décevant.

Je me tais. J’aurais préféré le voir sous la forme d’un dragon que d’un garçon.

- Viens, on va aller manger. Je t’emmène aux cuisines et après… heu… j’imagine que tu trouveras une chambre. Peut-être que les autres esclaves t’en donneront une. Je ne sais pas comment ça fonctionne… Si tu n’en as pas après manger, viens dans la mienne. Il y a de la place… On passera devant. Tu sauras où me trouver si tu en as besoin.

Pour moi, c'est tout à fait normal d'avoir une chambre individuel. Je suis le seul esclave à en avoir une. Même les serviteurs dorment ensemble. Mais ça, je n'y ai jamais fait attention. Je fais signe à Nïn de me suivre. En marchant, je lui demande :

- Je trouve ça vraiment fabuleux. Quand as-tu rencontré les dragons ? Comment les as-tu aidée ?

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Jeu 11 Mai 2017 - 23:55

Eol ne semble pas tiquer, lorsque Nïn dit avoir aidé un dragon. Elle sent la tension en elle diminuer. Le demi-drow lui répond :

- J’ai rencontré un dragon dans la bibliothèque. A ce moment, c’était un garçon avec des écailles sur le visage. Il se transforme comme ça quand il a peur. Il m’a dit que si tu mourrais, ils nous tueraient, Théo et moi. Il m’a rappelé que je devais te protéger. Il ne m’avait pas dit que tu l’avais aidé. Maintenant, je comprends. C’est très bien ce que tu fais. Tu as de la chance d’être leur protégée. J'ai beaucoup lu sur les dragons. Je les aime bien. Mais je n’en ai jamais rencontré. Enfin, sauf celui-là. Mais il ne ressemblait pas à ce que j’imaginais. C’était un peu décevant.

Nïn doit se contenir pour ne pas laisser paraître son émotion sur son visage. Le dragon est bien Ashkore ! Il a envoyé Eol l'aider. Il s'est donc montré au demi-elfe. Nïn ne sait trop qu'en penser. Cela doit vouloir dire qu'Eol n'est pas leur ennemi. Ça la rassure. Toutefois, elle pense qu'Eol est plutôt du côté du baron. Il a beau la féliciter d'avoir aidé les dragons, il ne voudra pas aider Schizae. Parce-qu'il n'aime pas les femmes, d'une part, et d'autre part parce-qu'il ne veut pas de mal au baron. Il veut au contraire le satisfaire, même si elle ne saisit pas bien la nature de leur lien. Ils ont beau être demi-frères, Eol craint le baron, et celui-ci n'hésite pas à punir le demi-drow... même s'il lui fait également des cadeaux.

Eol la tire de ses pensées, en reprenant la parole :

- Viens, on va aller manger. Je t’emmène aux cuisines et après… heu… j’imagine que tu trouveras une chambre. Peut-être que les autres esclaves t’en donneront une. Je ne sais pas comment ça fonctionne… Si tu n’en as pas après manger, viens dans la mienne. Il y a de la place… On passera devant. Tu sauras où me trouver si tu en as besoin.

Une chambre ? Nïn doute que les esclaves lui donneront une chambre. Elle devra plutôt loger avec eux. Ou avec Eol, puisqu'il semble le lui proposer. Elle songe qu'elle pourrait ainsi plus aisément faire ce que lui a demandé le baron. Mais elle ne sait pas si cela tient toujours, si elle a toujours ce devoir. Et puis, elle est de plus en plus convaincue qu'Eol ne voudra pas d'elle. Il n'aime pas les femmes. Comme son demi-frère. Même si son demi-frère a une façon différente de ne pas les aimer. Nïn songe qu'en partageant les quartiers des autres esclaves, elle grapillerait peut-être des informations utiles. Mais mieux vaut sans doute rester après Eol. Elle lui expliquera cela. Plus tard. Puisque pour l'instant, il continue de parler :

- Je trouve ça vraiment fabuleux. Quand as-tu rencontré les dragons ? Comment les as-tu aidée ?

Nïn prend quelques secondes avant de répondre. Encore une fois, elle opte pour une demi-vérité. Insister sur les dragons. Ne pas mentionner Schizae. De toute façon, la question porte sur les dragons. Elle ne ment donc pas vraiment.

- Je les ai rencontrés après avoir été renvoyée par mes anciens maîtres. Je faisais partie d'une cargaison d'esclaves, mais il y a eu un incident, je me suis trouvée seule. Les dragons m'ont demandé mon aide pour retrouver une pierre, qui ne devait pas tomber entre les mains de certains humains. Surtout pas celles de ceux qui fumaient l'herbe permettant de voir comme les dragons. Ces humains voulaient tuer les dragons. Ils ont d'ailleurs tué le dragon vert pour... pour le manger. Mais le dragon noir et moi, avec les autres personnes qui aidaient les dragons, nous avons trouvé la pierre, et le dragon l'a récupérée. Ensuite, il a dû s'envoler, pour aller vaquer à d'autres occupations, pour lesquelles je ne pouvais l'aider. Mais je pense qu'il veut pouvoir me récupérer, s'il a encore besoin d'aide, il doit donc préférer que je sois ici, puisqu'il connaît cet endroit. Je ne le comprends pas très bien. Il n'aime pas trop révéler ses motivations, je crois.

Eol a dit qu'il aimait bien les dragons. Il sait, de plus, que ces dragons surveillent toujours le domaine. Nïn se dit qu'il n'en parlera pas au baron. Ou au pire, que le baron ne le croira pas. Il a déjà dit à Nïn que le baron ne l'écoutait pas, à ce sujet. Elle peut donc être relativement tranquille. Et lui parler l'incitera, lui aussi, à lui parler. Elle lui laisse intégrer ce qu'elle vient de dire, et en profite pour lui préciser que les esclaves n'auront pas de chambre pour elle, qu'ils ont sans doute tous une couche commune, qu'elle devra partager, à moins de venir dans sa chambre, à lui. Puis elle attend sa réponse, ne le lâchant pas d'une semelle.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Sam 13 Mai 2017 - 12:41

Nïn me parle de son histoire. Elle parle d’une pierre. Surement une pierre précieuse. Il parait que les dragons les adorent. Elle parle de gens qui fument de l’herbe pour « voir comme les dragons ». Elle dit qu’ils en ont mangé un.

- Les gens sont bizarre…

Je continue de marcher. Nïn dit qu’ils veulent pouvoir la récupérer. Ils l’ont mise ici parce qu’ils connaissent cet endroit. Elle dit qu’elle ne comprend pas très bien le dragon. Je hoche la tête. En effet, elle ne comprend rien aux autres. Ça doit être difficile pour elle de vivre dans un monde où les gens sont différents d’elle. Où elle ne parle pas comme eux et ne pense pas comme eux. Enfin, c’est comme ça.

Nous sommes maintenant devant chez-moi. J’ouvre la porte. Je la fait entrer en premier. Galanterie, ça s’appelle. On fait passer le sexe-faible en premier. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Je la suis dans la petite salle.

Nïn dit que les esclaves ont sûrement une couche commune. Elle devra la partager avec eux. A moins de venir dans ma chambre à moi. Je hoche la tête. Je ne sais pas ce qu’il faut dire. Elle aurait pu poser une question. Je répète donc sa dernière phrase pour en finir avec ça. Parce que je ne comprends pas. La pauvre, elle doit vraiment avoir des difficultés sociales.

- Tu partageras leur couche commune. A moins de venir dans ma chambre à moi.

Et ensuite je lui montre la salle.

- C'est ma chambre. Tu peux venir quand tu veux. Toujours. Parce que des fois, la vie ici n'est pas facile. Tu peux t'y enfermer quand ça ne va pas. Si on te cherche pour te fouetter par exemple. Personne ne sait que c'est la meilleure cachette. Mais bon, après on est bien obligé de sortir pour boire. On finit par se faire frapper quand même. Mais on a le temps de s'être préparé. C'est grâce à la bibliothèque et à la forêt d'à côté qu'on peut survivre ici.

Nous sommes dans mon bureau. C’est une salle sans fenêtre. Il fait tout noir. J'allume une bougie. Il y en a quelques unes. Mais pas beaucoup parce que Théo ne veut pas que j’en consomme trop. A côté, il y a une grande porte ouverte. De l'autre côté, c'est la bibliothèque. Et oui : mon bureau est un placard de la bibliothèque. Mais un grand placard.

- Je travaille ici.

Il y a quelques livres, des plans et des feuilles de calcul partout. Théo dit que c’est mal rangé. Je lui ai expliqué que tout était organisé. Chaque chose a sa place. Mais bon, il ne comprend pas.

Je lui montre ma "chambre". C’est une simple couverture posée sur le sol dans un recoin du bureau-placard. Il y a une bougie éteinte dessus. Et un plan. Je le montre à Nïn.

- Je fais ça en ce moment. Je vais proposer à Théo de refaire le domaine. Il a été attaqué il y a quelques années. Donc il est détruit à beaucoup d’endroit. Regarde, il sera refait comme ça. Je ne l’ai pas encore dit à Théo. Mais il est toujours d’accord avec moi quand je lui parle de mes plans. En fait, non, il n’est jamais d’accord. Mais à la fin, ça se fait toujours. Je ne sais pas pourquoi quand je lui parle devant tout le monde, il est méchant avec moi et il dit non. Il dit que je suis nul. Et ensuite il vient ici, tout seul. Il regarde bien le plan. Et il finit par dire oui.

Je lui explique comment sera fait le nouveau bâtiment. Mais je crois qu’elle ne comprend pas la moitié de mes mots. Ce sont des calculs savants pour que tout tienne bien. Et puis pour que ce soit beau. La symétrie, c’est ça qu’il faut. Tout doit être parfaitement symétrique. Sauf quand on utilise la technique de Kracponik. C’est un nain. Il propose une asymétrie artistique. C’est la seule que je peux utiliser parce qu’elle se calcule. Difficilement, mais je l’aime bien. Les nains sont forts pour ça. Les elfes aussi. D’ailleurs, le dernier modèle de jardin que j’ai fait a une inspiration elfe.

Je réfléchis à ce que Nïn connaît. Pas grand-chose… la pauvre. Les plantes… Ah, bonne idée ! C’est malin !

- Ce plan là, c’est celui du jardin. Les tombes ont été profanées par la fille qui habitait ici avant. Enfin, Théo dit que ce n’était pas elle. La famille de Triant est sortie de leurs tombes pour tuer Aliénor, ma belle sœur. Théo dit que cet endroit est maudit. Il veut qu’on retire toutes les tombes et qu’on les mette dans une fosse commune. On fera un jardin à la place. Regarde : ça fera une cascade permanente. L’eau coule au dessus des pierres jusque là. Ensuite elle coule vers une marre où je mettrais des carpes multicolores. L’eau vient d’une rivière plus haut, on fera une canalisation. Mais tu ne peux pas comprendre, c’est trop compliqué pour toi, tout ça. On va mettre des plantes. Là on peut mettre celles qui n’ont pas besoin de beaucoup d’eau et ici, celles qui en ont besoin de plus. Là il y a de la lumière. Au fond, ici, un peu moins. Et autour, il faut des petits arbres. Des très beaux, qui plient comme ça. On peut mettre des plantes comestibles. Ou médicinales. Ou belles. Qu’est-ce que tu en penses ? Tu verrais quoi ?

Je n’aime pas bien les plantes. Alors c’est un plan compliqué à faire. L’architecture est innovante et parfaite. Mais ça ne peut être joli que si les plantes la subliment. Comme les vitraux dans le temple. Théo veut que je travaille avec Kamila, la jardinière esclave. Une halfeline. Mais elle n’arrête pas de me toucher. Je n’aime pas ça.

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Message  Nïn le Ven 19 Mai 2017 - 21:27

Eol guide Nïn dans la bibliothèque. Elle se demande ce qu'ils font là. Ne devaient-ils pas aller manger, en passant d'abord par la chambre du demi-elfe ? Celui-ci semble poursuivre un but bien précis. Il va vers la porte de ce qui semble être un placard, et l'ouvre, sur ce qui est effectivement un grand placard... à première vue. en effet, à la seconde, Nïn remarque que le placard en question est aménagé. Il y a de quoi écrire, des parchemins un peu partout. Eol cède la place à Nïn, la faisant entrer la première dans l'étrange placard, tout en lui répondant :

- Tu partageras leur couche commune. A moins de venir dans ma chambre à moi.

Cela ne l'avance guère. Eol ne lui a pas indiqué ce qu'il voulait qu'elle fasse. Mais ce n'est visiblement plus le moment de l'interroger sur le sujet, puisqu'il est entré à son tour dans le placard, et le lui désigne :

- C'est ma chambre. Tu peux venir quand tu veux. Toujours. Parce que des fois, la vie ici n'est pas facile. Tu peux t'y enfermer quand ça ne va pas. Si on te cherche pour te fouetter par exemple. Personne ne sait que c'est la meilleure cachette. Mais bon, après on est bien obligé de sortir pour boire. On finit par se faire frapper quand même. Mais on a le temps de s'être préparé. C'est grâce à la bibliothèque et à la forêt d'à côté qu'on peut survivre ici.

Nïn écarquille les yeux. Elle pensait qu'en tant que frère du baron, Eol possédait réellement une chambre. Pas qu'il dormait dans un placard aménagé, faisant visiblement à la fois office de bureau et de dortoir. En même temps, cette chambre atypique a quelque-chose de fascinant. Eol allume une bougie, dont la lumière vient souligner les parchemins qui jonchent les lieux, certains emplis d'écriture que Nïn ne comprend pas, et d'autres de dessins qui lui semblent tout aussi mystérieux. Nïn promène son regard sur ces différents parchemins, se demandant ce qu'ils peuvent contenir, imaginant Eol ici, seul, dessiner et écrire sous la lueur tremblotante d'une bougie.

Celui-ci l'informe qu'il travaille là. Il lui montre aussi le coin où il dort. La demi-elfe se questionne sur l'existence qu'il a. Lire, monter à cheval, essayer de satisfaire son demi-frère ou de le fuir, se cacher dans ce bureau, y écrire et dessiner, y dormir... C'est étrange. Il est un peu entre deux vies. Et il a des occupations peu communes.

Eol montre à Nïn un dessin, qui était sur sa couche, et lui explique qu'il s'agit d'un plan, pour refaire le domaine, qui a été attaqué et détruit en plusieurs endroits suite à cette attaque. Nïn se demande s'il y a un rapport avec la famille de Schizae. Eol lui explique que le baron ne connaît pas encore ce plan, mais qu'il va l'accepter, comme il accepte touts ses plans, bien que cela soit plus compliqué. Il affirme que le baron n'est jamais d'accord, dans un premier temps, en public, puis qu'il vient, seul, voir les plans d'Eol, et les accepte finalement. Nïn se dit qu'Eol doit être doué, si ses plans sont toujours mis à exécution. En plus, elle a eu un aperçu de ce qu'il fait, avec le temple, et c'était beau.

Le demi-elfe lui explique un peu comment fonctionne le plan. Il lui donne plein de détails sur ce qu'il compte faire du domaine. Nïn essaie au maximum de retenir. Peut-être cela sera-t-il utile à Schizae. Mais il y a plein de formules compliquées, et de calculs... Nïn n'y connaît rien, et ne comprend pas grand-chose. Eol semble s'en rendre compte, puisqu'il cesse de parler, et la fixe. Puis, soudain, comme pris d'une nouvelle inspiration, il se remet à parler :

- Ce plan là, c’est celui du jardin. Les tombes ont été profanées par la fille qui habitait ici avant.

Nïn sursaute. Redouble d'attention. C'est de Schizae qu'il parle. Aucun doute là dessus. Elle devra lui rapporter tout ce que Eol sait.

- Enfin, Théo dit que ce n’était pas elle. La famille de Triant est sortie de leurs tombes pour tuer Aliénor, ma belle sœur. Théo dit que cet endroit est maudit. Il veut qu’on retire toutes les tombes et qu’on les mette dans une fosse commune. On fera un jardin à la place.

Retirer les tombes. Mettre les corps dans une fosse commune. Faire un jardin. Tout cela alarme Nïn. Schizae ne veut sans doute pas que les corps de sa défunte famille soient mis dans une fosse commune. Il faut qu'elle communique au plus vite ces informations à Ashkore, s'il est toujours dans les parages. Mais pour le moment, elle doit écouter ce que dit Eol, qui continue :

- Regarde : ça fera une cascade permanente. L’eau coule au dessus des pierres jusque là. Ensuite elle coule vers une marre où je mettrais des carpes multicolores. L’eau vient d’une rivière plus haut, on fera une canalisation. Mais tu ne peux pas comprendre, c’est trop compliqué pour toi, tout ça. On va mettre des plantes. Là on peut mettre celles qui n’ont pas besoin de beaucoup d’eau et ici, celles qui en ont besoin de plus. Là il y a de la lumière. Au fond, ici, un peu moins. Et autour, il faut des petits arbres. Des très beaux, qui plient comme ça. On peut mettre des plantes comestibles. Ou médicinales. Ou belles. Qu’est-ce que tu en penses ? Tu verrais quoi ?

Eol lui demande son avis. Il veut son aide pour les plantes. Il a dû retenir ce qu'elle lui a dit, à ce propos. Nïn réfléchit. Elle essaie de visualiser. Jamais on ne lui a demandé un tel exercice. Elle en oublie qu'Eol veut construire ce jardin sur le cimetière. Elle réfléchit simplement aux fleurs qui pourraient le mieux apporter quelque-chose au lieu. Une cascade permanente. Des pierres. Une marre, des carpes multicolores. Ça promet d'être très joli. Et encore davantage avec de belles plantes. Et si en plus elle peut y joindre des plantes médicinales, cela sera en plus pratique.

Un peu hésitante, elle prend la parole. Elle expose d'abord à Eol quelles variétés s'épanouiraient le mieux au bord de l'eau, et celles qui seraient mieux loin de celle-ci. Elle lui décrit les couleurs, les formes de différentes plantes, imagine à voix haute des façons différentes de les assortir ensemble. Elle décrit les parfums des fleurs - c'est important, il faut que la jardin sente bon - et lui indique également les périodes de floraison, car c'est un paramètre à prendre en compte. Elle parle aussi des bienfaits de certaines plantes, pour les hommes, les elfes... et même pour les chevaux. Ça devrait lui plaire.


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Message  Eol le Sam 20 Mai 2017 - 21:51

J’écoute Nïn. Elle parle des plantes qui vivent bien dans l’eau. Des plantes qui vivent bien loin de l’eau. Elle parle de couleurs, de formes et de parfums. Elle explique comment les assortir. Elle parle des périodes de floraisons. Tout ça est très important. Je fais une grimace. C’est plus compliqué que des vitraux. Je fais des calculs. Combien de floraisons par années ? Quand ? Quelles combinaison pour que ces couleurs, parfums et formes coexistent à tout moments de l’année ? Non, ça ne fonctionne pas. Je ferme les yeux. Je fais mes comptes dans ma tête. Ce n’est pas possible d’avoir une seule combinaison toute l’année. Au minimum deux. Mais il faut assembler beaucoup de données. Le mieux est d'en faire quatre.

J'aime beaucoup cette réflexion.

- Nïn, tu es très intéressante.

Elle parle des bienfaits des plantes. Je retiens tout. Je ne savais pas autant de choses. Les orties sont incroyables. Ça fait mal, mais c’est très utile pour les chevaux. Reminéralisant, diurétique, anti-rhumatismal… J’en donnerais à Tarik.

Je m’assois par terre. Les dalles en pierre sont froides. Je continue à réfléchir à ce que Nïn a dit. Il y a un problème. Je ne connais pas toutes ces plantes. Je ne peux pas savoir ce que ça va donner. Il faut que je les voie. Que je les sente aussi. Je regarde le plan. Je montre la partie avec la cascade à Nïn. Une cascade ça fait beaucoup de bruit.

- Cette partie est pour le commun des mortels. Les gens ont besoin de se remplir de bruit, de couleurs, d’odeurs… Parce qu'ils ne peuvent pas ressentir les choses sans être envahis par elles. Donc ici, il faut des plantes très colorées et très odorantes. Pour saturer leurs sens. Comme ça ils sont contents.

Je lui montre un autre endroit sur le plan. C’est mon endroit.

- Là c’est pour les autres. Il ne faut pas les agresser avec trop de sensations. Ça doit être des bruits faibles. Des odeurs faibles. Des couleurs faibles. Ça doit être apaisant.

Je regarde le plan. Longtemps. Cette nuit Nïn va choisir les plantes. La nuit est le meilleur moment pour réfléchir. On est moins dérangé. Parce que les gens dorment.

- Cette nuit, tu choisis les plantes. Tu me montreras celles que je ne connais pas. Donc on complète ton emploi du temps. A midi on part voir tes plantes. Après que je t'apprennes à lire. Avant que je t'apprennes à combattre.

Je regarde son épaule. Je lui laisse une minute. Le temps pour qu'elle se taise. Ou pour qu'elle dise si quelque chose ne va pas.

Ensuite je lui montrerais où elle va manger. Et après on dormira.

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Message  Nïn le Lun 22 Mai 2017 - 15:37

Alors que Nïn parle, explique, Eol lui répond soudain :

- Nïn, tu es très intéressante.

Elle sursaute. Eol lui a fait un compliment. C'est inattendu. Elle le remercie en balbutiant un peu, et continue ses explications, avant de se taire, pour voir ce que le demi-elfe a à lui proposer. Eol semble réfléchir. Finalement, il lui expose, son plan à l'appui :

- Cette partie est pour le commun des mortels. Les gens ont besoin de se remplir de bruit, de couleurs, d’odeurs… Parce qu'ils ne peuvent pas ressentir les choses sans être envahis par elles. Donc ici, il faut des plantes très colorées et très odorantes. Pour saturer leurs sens. Comme ça ils sont contents.

Nïn réfléchit, visualise plusieurs plantes, qui aiment l'eau, sont odorantes et colorées. Eol continue, désignant une autre région du plan :

- Là c’est pour les autres. Il ne faut pas les agresser avec trop de sensations. Ça doit être des bruits faibles. Des odeurs faibles. Des couleurs faibles. Ça doit être apaisant.

Nïn acquiesce. Elle comprend ce qu'il veut dire. Elle réfléchit à des odeurs douces, des couleurs apaisantes, des fleurs propices à la relaxation. Eol est également perdu dans ses pensées. Le silence s'installe un moment, avant que le demi-frère du baron ne reprenne :

- Cette nuit, tu choisis les plantes. Tu me montreras celles que je ne connais pas. Donc on complète ton emploi du temps. A midi on part voir tes plantes. Après que je t'apprennes à lire. Avant que je t'apprennes à combattre.

L'esclave acquiesce derechef. Elle demande à Eol :

- Pourrai-je dormir ici ? Je serais sans doute davantage à l'abri que dans le logement des esclaves. Et puis j'aimerais aller dans le cimetière cette nuit. Voir les lieux m'aidera à visualiser, pour les plantes.

Elle attend la réponse d'Eol. Elle espère qu'il va dire oui. Elle préfère se cacher ici que d'aller dormir avec les autres esclaves. Le baron pourrait lui tomber dessus, si elle ne reste pas avec Eol. En plus, elle ne fait tout simplement pas confiance aux autres. Ici, elle sera mieux. Et elle ne veut pas qu'on la voit sortir la nuit, pour aller dans le cimetière. Elle ne veut pas qu'on la suive. D'une part, parce-qu'un curieux l'empêcherait de se concentrer. Mais, surtout, parce-qu'elle espère croiser le dragon. Ce serait une bonne occasion de lui transmettre ce qu'elle a appris. De l'avertir que le cimetière va être détruit. Du fait qu'Eol a compris qui il était, mais aussi qui était Schizae. De lui dire ce que le baron et Eol prévoient de faire du domaine de la jeune baronne.

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Message  Eol le Lun 22 Mai 2017 - 20:25

- Pourrai-je dormir ici ? Je serais sans doute davantage à l'abri que dans le logement des esclaves. Et puis j'aimerais aller dans le cimetière cette nuit. Voir les lieux m'aidera à visualiser, pour les plantes.
- Oui. Tu peux dormir ici. Je te l’ai déjà dit.

Mais j’aime bien les questions binaires. Alors je souris quand je lui réponds. Et c’est bien qu'elle veuille voir le cimetière. Elle m’explique même la raison de cette envie. Peut-être que parler l’aide à mettre à plat ce qu’elle pense…

Je tends l’épaule et le coude. Le bras tout tendu. Je l’abaisse doucement. Et avec raideur. Sur sa tête. Ma main est sur son crâne. Et je le tapote. Parce que les cheveux, j’aime bien. Les siens sont doux. Je fais attention à ne rien toucher d’autre. Je ne touche pas les gens. Leur peau et tout ça. Ce n’est pas que je déteste ça. Mais c’est juste trop compliqué. Par contre, avec les animaux, c’est différent.

- N’aie pas peur, Nïn. Tu es à moi. Je ne te ferais jamais du mal.

Je me tais. Je regarde son oreille. Nïn n’est pas un animal. Ni un centaure. Elle est une fille. C'est triste. Mais elle fait de son mieux. Elle est bien brave.

- Théo t’a donné à moi. J’aurais préféré un animal. Parce que j’aime bien les animaux. C’est plus facile avec eux. Je peux leur donner à manger. Je peux les caresser. Je peux m’occuper d’eux. Il ne faut pas réfléchir à ce que signifie leurs paroles. Leur esprit n’est pas tordu. Mais finalement je t’aime quand même. Même s’il te manque beaucoup de choses. Je t’apprendrais à survivre dans ce monde. Je t’apprendrais à comprendre les gens. Tu verras, c’est un peu dur au début. Mais ça ira. Je serais là.

Je regarde mes doigts. Je souris. Nïn est mon précieux cadeau. Je l’aime beaucoup. Elle est gentille. Je la protégerais de tout. Même de Théo. Pas comme Egfroi. Jamais plus comme Egfroi.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Mar 23 Mai 2017 - 0:42

- Oui. Tu peux dormir ici. Je te l’ai déjà dit.

Malgré ce qui pourrait passer pour une remontrance, il n'y a pas d'animosité dans la voix d'Eol. Le demi-elfe place même une main sur la tête de Nïn, et lui touche les cheveux. L'esclave, surprise de ce geste, ne réagit pas. L'énervement d'Eol envers elle semble totalement oublié, depuis que le baron lui a lacéré le dos de son fouet. Son attitude a changée. Son geste a beau avoir quelque-chose de non naturel, de mécanique, presque, Nïn se sent tout à coup emplie d'une bouffée de reconnaissance envers le demi-drow. Reconnaissance qui augmente, lorsque celui-ci reprend la parole :

- N’aie pas peur, Nïn. Tu es à moi. Je ne te ferais jamais du mal.

Nïn sent sa gorge se serrer. Elle est... émue. Elle relève brièvement les yeux vers le visage d'Eol, ne croise pas son regard ; il fixe son épaule. Elle les rebaisse immédiatement. Elle n'a pas pu empêcher son geste, et a de la chance de n'avoir pas été prise en faute. Après avoir observé un silence, Eol continue :

- Théo t’a donné à moi. J’aurais préféré un animal. Parce que j’aime bien les animaux. C’est plus facile avec eux. Je peux leur donner à manger. Je peux les caresser. Je peux m’occuper d’eux. Il ne faut pas réfléchir à ce que signifie leurs paroles. Leur esprit n’est pas tordu. Mais finalement je t’aime quand même. Même s’il te manque beaucoup de choses. Je t’apprendrais à survivre dans ce monde. Je t’apprendrais à comprendre les gens. Tu verras, c’est un peu dur au début. Mais ça ira. Je serais là.

Plusieurs émotions se bousculent en Nïn. Les mots d'Eol la touchent. Son attitude, aussi. Sa façon d'être. Il y a en lui une sorte de sincérité simple. Il ne ment pas. Il n'essaie pas de tromper. Il dit ce qu'il pense. Il parle comme il est. C'est son être, qui s'exprime par ses mots. Directement. Quand il est mécontent. Mais pas uniquement. Et cela rend la moindre de ses paroles importante, donne de la valeur à ses déclarations. La valeur de la vérité. Face à ses mots, face à ce qu'il est en face d'elle, Nïn a soudain honte. Honte de lui cacher des choses. Honte de ne pas faire preuve en retour de cette franchise, qui la touche avec la justesse d'une flèche. Elle se dit qu'effectivement, son esprit est tordu. Alors que celui d'Eol est si droit...

Elle se sent s'empourprer. Elle est coincée, entre son espionnage pour Schizae, et l'envie de s'ouvrir à Eol, en retour. Elle est un peu en colère, aussi. Contre Eol, de façade, de la faire se sentir mal. Mais surtout contre elle-même. De ne savoir que faire. De ne rien faire. Elle se sent assez incapable. Indigne, aussi. Elle fixe ses mains. Puis balbutie, sans vraiment savoir ce qu'elle dit :

- Merci... beaucoup. Vous ne pouvez savoir à quel point je vous suis reconnaissante. Et je... je vais vous confier un secret. Puisque vous aimez les animaux. Je peux être un animal. Maintenant, même. Si vous le voulez.

Malgré l'envie de relever les yeux, elle garde le nez baissé. D'une part parce-que c'est ainsi qu'elle doit se comporter. D'autre part parce-qu'elle n'a pas envie de croiser son regard. Elle a peur. Peur qu'il voit le sien. Peur qu'il la démasque. Et peut-être, un peu, peur de ne pas pouvoir s'empêcher, si elle croise ses yeux, de se démasquer elle-même.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Mar 23 Mai 2017 - 8:32

- Merci... beaucoup. Vous ne pouvez savoir à quel point je vous suis reconnaissante. Et je... je vais vous confier un secret. Puisque vous aimez les animaux. Je peux être un animal. Maintenant, même. Si vous le voulez.

Je lève la tête vers le plafond. Cinquante trois pierres apparentes. Dans ma chambre, cent quatre vingt huit au total. Et au sol, des dalles. La moitié du nombre de pierres. Je connais ces chiffres par cœur. Mais les compter est rassurant. Même si ça ne prend que quelques secondes. Je compte parce que je ne sais pas quoi répondre à Nïn. Elle m’a dit merci. Et en même temps elle est reconnaissante. Je ne sais pas ce qu'il faut répondre à ça. Alors ne dis rien. Et ensuite elle me dit un secret. Les secrets, c’est problématique. Je sais les garder. Si Théo me demande si Nïn sait devenir un animal, je dirais "non". Mais je ne sais pas comment il fait. Il devine toujours quand c'est un mensonge. Parce que je sais mentir. Très bien. Je l'ai déjà fait trois fois. Mais Théo est très fort. Il devine. Et il me fouette. Énormément. Parce qu’il veut savoir. Jusqu’à ce que je sois presque mort. J’ai failli mourir à cause du secret de Namicha qui avait mangé le dessert. Théo avait onze ans trois mois et deux jours. Il m'a cassé un bras. J'ai eu une hémorragie. Aussi à cause du secret de Huin qui avait volé des sous à son père. Et celui du tunnelier qui faisait des tunnels. Théo n’aime pas quand j’ai des secrets. Mais il ne me tue pas. Alors ça ira.

- Je garderais ton secret.

Elle dit qu’elle peut être un animal. Je comprends. Elle est un dragon. Comme le garçon avec des écailles. Sauf qu’elle n’a pas d’écaille. Je regarde encore ses joues pour vérifier. Non, il n’y a pas d’écailles.

- Je veux bien que tu sois un animal.

Je réfléchis. Pendant un instant il me vient une idée lumineuse. Peut être qu'elle ne pense pas comme moi ! Peut être qu'elle aime être une fille. Même si c'est difficile à imaginer. Mais je suis fort pour réussir à comprendre ce genre de choses. Les gens ne pensent pas tous normalement. Alors Nïn ne veut peut être pas être un animal. Surtout si ça dure toute sa vie. Je ne sais pas comment ça marche. C'est peut être définitif. A moi, ça me plairait. Mais peut être pas à elle !

Je n'en reviens pas. Je réfléchis vraiment bien ce soir. Je trouve la solution à des questions qui ne viennent à l'esprit de personne.

- Si c'est ce que tu veux aussi.

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Message  Nïn le Mar 23 Mai 2017 - 14:18

Eol demeure silencieux. Nïn ne peut s'empêcher de lever les yeux vers lui, pour essayer de comprendre la raison de son silence. Elle ne croise pas ses yeux, car les siens sont rivés au plafond. Elle se demande ce qu'il regarde. Peut-être qu'il réfléchit. Elle rebaisse les yeux, et attend sa réponse, un peu tendue. Elle finit par venir :

- Je garderais ton secret. Je veux bien que tu sois un animal.

Nïn acquiesce. Elle s'apprête à se transformer, quand Eol reprend la parole :

- Si c'est ce que tu veux aussi.

Nïn relève brièvement le regard, un peu surprise. Eol est vraiment attentif avec elle. Compréhensif. Il prend ses désirs en compte. C'est étrange pour elle. Elle est un esclave, elle doit obéir, pas donner son avis. Mais là, justement, son avis lui est demandé. Alors elle répond :

- Bien sûr. Il faudra simplement que je reprenne cette forme-ci si nous risquons de croiser du monde. J'imagine que l'on trouverait surprenant de croiser une once dans le domaine de votre demi-frère.

Et elle doute que connaître sa capacité à se transformer ravisse le seigneur des lieux. D'une part, parce-que la magie est souvent mal vue, et d'autre part, parce-que savoir qu'elle se transforme en grand fauve pourrait l'amener à penser qu'elle est une menace pour lui. Et un esclave qui est une menace, ce n'est pas une bonne chose. Ça se revend, dans le meilleure des cas. Ou bien ça s'élimine. Elle soupçonne le baron de préférer la seconde solution.

Nïn sort de sa réflexion, et se concentre. Elle laisse l'once l'envahir, ses contours ondulent, ses mains et pieds deviennent pattes, sa bouche gueule, son nez museau. La demi-elfe est remplacée par une panthère des neiges dont la fourrure blanche tachetée rappelle ses cheveux blancs striés de noir. Ses yeux, quant à eux, demeurent exactement identiques. Elle s'assied aux pieds d'Eol, lève le regard vers lui, pour quêter sa réaction. Elle sait que sa transformation peut être vécue de différentes façons. Pour certains, elle peut être effrayante, pour d'autres repoussante, pour d'autres encore fascinante. Mais elle demeure en général surprenante. Eol ne devrait pas être effrayé. C'est lui qui lui a demandé de se transformer. Mais il sera peut-être quand même un peu surpris.

Afin de lui montrer que l'once qu'elle est devenue n'est pas dangereuse pour lui, elle pousse une sorte de miaulement doux, et se met à ronronner.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Mar 23 Mai 2017 - 19:32

- Bien sûr. Il faudra simplement que je reprenne cette forme-ci si nous risquons de croiser du monde. J'imagine que l'on trouverait surprenant de croiser une once dans le domaine de votre demi-frère.

C’est réversible. Et elle ne se transformera pas en dragon. Mais en once. Ce n’est pas grave. J’aime les dragons. Mais j’aime aussi les onces. Je préfère les chiens parce qu’ils ne sont pas sauvages. J’aime bien regarder les animaux sauvages. Mais j’aime encore plus être avec des animaux domestiques. Surtout les centaures. Parce qu’on peut s’occuper d’eux et les caresser.

Je suis en train de comparer tous ces animaux. Ceux qui parlent. Ceux qui sont domestiques. Ceux qui sont doux. Ma classification est : centaure, puis chien, puis dragon, puis panthère.

J’espère que Nïn se trompe. Elle est fait peut être erreur. Elle va peut être se transformer en dragon quand même.

Je me rends compte qu’elle n’est plus là. A la place, il y a un beau félin. Grand, blanc avec des taches noires. Finalement elle ne s’est pas trompée.

Je retiens mon souffle. Nïn est un animal sauvage. Elle va s’enfuir. C’est ce qu’ils font toujours. Je n’ai pas envie qu’elle parte. Alors je ne bouge pas. Je voudrais qu’elle… elle s’approche de moi ! Elle s’assoit même à mes pieds ! Je regarde sa patte avant droite. Je ne fais aucun bruit. Je ne respire plus depuis un long moment. J’ai peur de mourir asphyxié. Et… elle miaule. Et elle ronronne ! Je souffle tout l’air qui était dans mes poumons. Je respire rapidement pour rattraper le manque d’oxygène. Elle ronronne… Ce n’est pas normal. Les panthères sont sensées être des animaux sauvages. Pas se laisser approcher et ronronner. Si Nïn est une panthère qui n’est pas sauvage, toute ma classification est modifiée. Je la préfère à un chien. De très loin. Elle est à égalité avec un centaure. Presque. Je ne sais pas bien où elle se situe. J’hésite. Il faudrait que j’y réfléchisse posément. Là, ce n’est pas le moment.

- Je peux te caresser ?

Je n’ose pas encore bouger. Déjà parler me fait craindre qu’elle s’enfuit.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Nïn le Lun 5 Juin 2017 - 16:30

Eol s'est figé. Au ronronnement de l'once, il semble se détendre un peu. Il la fixe, elle est incapable de lire ses émotions. Il a comme peur. Mais elle devine que ce n'est pas vraiment de la peur. Elle ne comprend pas trop. Il a l'air incertain. Tendu. Hésitant. Finalement, il lui demande, d'une voix dans laquelle elle peut discerner une certaine tension... mais une tension qui n'est pas de la crainte qu'elle lui saute dessus. C'est plutôt autre-chose, mais elle ignore quoi.

- Je peux te caresser ?

Il est toujours immobile. Il retient presque son souffle. Elle a l'impression qu'il n'ose pas faire un geste. Il ne doit pas être certain de l'attitude à adopter. Il n'est en tous cas pas certain de pouvoir la caresser. Elle ne peut pas répondre, puisque ses cordes vocales sous cette forme ne sont pas adaptées. Alors, sans cesser de ronronner, elle s'allonge devant le demi-elfe, et ferme les yeux à demi, lentement, les réouvre, puis recommence. C'est un peu un sourire.

C'est étrange, d'être une once. Elle n'est pas vraiment la même. Ce n'est pas uniquement sa forme, qui change, mais son être, dans son ensemble, même si elle demeure elle-même. Elle est différente, tout en restant la même. Sans doute parce-que les transformations de son corps impactent son esprit, sa conscience. Elle ne perçoit pas exactement de la même façon, et ne réagit pas de la même façon. Le monde autour d'elle semble lui-même modifiées. Les informations ne lui parviennent pas de la même façon. Mais au delà de ça, elle demeure Nïn. C'est toujours elle qui perçoit, et non une autre.

C'est elle, qui perçoit qu'Eol la caresse. Mais alors qu'elle se serait sans doute sentie agressée sous sa forme humanoïde, elle se tend seulement légèrement sous sa forme d'once. Parce-que ce n'est pas habituel. Parce-que la part sauvage de la panthère des neiges trouve cela étrange d'être caressée par un humanoïde. Mais cet humanoïde ne la chasse pas. Il l'a même sauvée. Son contact n'est donc pas un danger, et la sensation de doigts glissés dans sa dense fourrure est plutôt agréable. Elle l'accepte comme un compagnon. Et se frotte donc contre lui en retour, le gratifiant d'un vigoureux coup de tête.

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Yawldaec le Lun 5 Juin 2017 - 16:48

YAWLDAEC – Bonjour. Connaissez-vous Kae'Wuo ?
Tanneur – Peut-être bien... Qui la demande ?

Les deux précédents personnes à qui Yawldaec s'était adressé avaient directement répondu par la négative. Cela valait peut-être le coup d'espérer être tombé sur la bonne personne enfin.

YAWLDAEC – Je suis envoyé par son ami, Fyaln. Il s'inquiète de n'avoir aucune nouvelle d'elle, il sait simplement qu'elle avait rencontré un Humain de Fort-Hybride et qu'elle s'était mise à travailler pour lui. Elle était douée pour préparer le cuir pour les armures.

L'Humain aux cheveux noirs comme le jais et broussailleux comme des mauvaises herbes se pinça les lèvres. Il finit par déposer l'outil qu'il tenait en main et se gratta la nuque en soupirant.

Tanneur – Alors je crains de ne pas avoir de très bonnes nouvelles pour son ami...

Etait-elle morte ? Yawldaec espérait ne pas avoir à rapporter une nouvelle aussi brutale, quoiqu'au moins cela permettrait à Fyaln de ne plus se torturer l'esprit et de faire son deuil. En même temps, Yawldaec espérait que Kae'Wuo soit en vie pour une autre raison plus égoïste : cette femelle avait quelques points communs avec lui, et la rencontrer serait enrichissant. Elle avait voulu démontrer que vivre en bonne intelligence avec les Humains était possible. Elle les avait cotoyés, et cela lui avait valu d'être bannie de sa tribu. Néanmoins, la suite des évènements avait été plus heureuse pour elle qu'elle ne l'avait été pour Yawldaec. Tout d'abord, une personne dans sa tribu avait regretté cette décision du chef et avait même engagé une reiko pour réintégrer Kae'Wuo. Cette personne, c'est Fyaln. Il avait perdu la reiko, mais secrètement, il avait continué à voir Kae'Wuo. Une fois tous les cinq crépuscules, ils se revoyaient, au même endroit, et Kae'Wuo lui parlait de sa nouvelle vie parmi les Humains, de ce tanneur spécialisé dans la confection d'armures.

Quand Yawldaec avait rencontré Fyaln, cela faisait quinze jours que Kae'Wuo n'était pas venue à leur rendez-vous secret. Pour plusieurs raisons, Yawldaec avait voulu savoir ce qui avait bien pu lui arriver. La première étape avait donc été de retrouver le tanneur Humain avec lequel elle travaillait à Fort-Hybride.
Et manifestement, Yawldaec venait de le trouver.

Tanneur – J'ai envoyé Kae'Wuo apporter une commande auprès d'un baron. Elle n'est jamais revenue. Je dois bien vous dire que je suis inquiet, elle travaillait bien, la petite... Enfin, “petite”, on se comprend...

D'où Yawldaec était originaire, les Centaures livraient un affrontement continu contre les Humains qui les réduisaient à l'esclavage ; mais par-delà le Tijaronhe, au Sud, le Royaume d'Estandre traitait les Centaures différemment, préférant s'en faire des alliés dans leur guerre contre le Royaume de Tacomnal. Dans toute cette moitié du Royaume d'Estandre, les Centaures étaient donc la seule race qu'il était officiellement interdit de réduire en esclavage. Yawldaec ne comprenait pas comment cette situation pouvait durer. Si les Centaures du Sud apprenaient comment étaient traités les Centaures du Nord, ça risquait de prendre feu. Du moins, en théorie. Yawldaec avait déjà rencontré des Centaures, à Fort-Hybride ou ailleurs, qui étaient conscients du fait que les Centaures subissaient le même traitement que les autres races par les Humains dans d'autres régions du Royaume, mais ceux-ci ne voyaient simplement pas ce qu'ils pouvaient y faire, ou estimaient tout simplement que ça ne les concernait pas.

YAWLDAEC – Je compte partir à sa recherche.
Tanneur – Alors allez voir ce baron. S'il n'a jamais reçu sa commande, vous saurez qu'il est arrivé malheur à Kae'Wuo sur le trajet. Enfin, à moins qu'elle ne m'ait fait défaut, mais je ne vois pas pourquoi elle aurait fait ça. Je la traitais bien et elle était heureuse avec moi.

Bien. Allez voir le baron et lui demander s'il avait reçu sa commande.

YAWLDAEC – Qui est ce baron ?
Tanneur – Le baron de Mortelune. Théobald de Mortelune.

Yawldaec resta stupéfait, sous le choc. Le tanneur commença à expliquer où se trouvait la baronnie, voyant que son interlocuteur ne disait rien, mais Yawldaec le coupa d'un ton balbutiant :

YAWLDAEC – Merci, nul besoin... Je connais ce baron.

***

Yawldaec marcha vers les portes du domaine de Mortelune. Il se revoyait, les franchissant au galop dans l'autre sens. Il se revoyait, chevauché volontairement par Eol, aidant ce dernier à fuir le courroux de son baron de frère. Yawldaec n'avait pas fait que se laisser chevaucher par Eol. Il avait du mal à accepter les souvenirs qui remontaient à son esprit. Eol... En voilà une personne si particulière qu'elle avait réussi à mettre sans le vouloir Yawldaec dans un drôle d'état. Eol avait peut-être été la seule personne au monde à avoir pu ainsi approcher et toucher Yawldaec sans le forcer.

Ce domaine de Mortelune représentait quelque chose de très mauvais pour Yawldaec. Avant de découvrir qu'Eol était quelqu'un de différent, Yawldaec l'avait vu comme un ennemi. Et puis il l'avait trouvé attachant, mais l'endroit où il vivait ne lui rappelait que des mauvais souvenirs. Un court épisode de sa vie, pourtant. Combien de temps Yawldaec avait-il passé ici ? Seulement quelques jours à peine ? Le temps lui avait semblé tellement plus long, qu'il n'en était plus sûr. A tous les coups, Kae'Wuo avait simplement été capturée par Théobald. Ce dernier reconnaîtrait-il Yawldaec ? Se souvenait-il de lui ? Environ trois saisons s'étaient écoulées depuis, peut-être quatre. Avec un peu de chance, Théobald l'avait oublié, et le prendrait pour n'importe quel autre Centaure. Et Eol ? Reconnaîtrait-il Yawldaec, lui ? Il y avait plus de chances.

Yawldaec sentait son cœur battre fort contre sa poitrine, à cause de l'appréhension. Il avait une lettre scellée de la part de l'artisan, il espérait que ce serait une protection suffisante pour empêcher Théobald de refaire la même chose.

Un garde du domaine fit faire halte au Centaure et commença à lui parler d'une mauvaise façon. Yawldaec retint un grondement. Fronçant les sourcils, il s'expliqua sèchement :

YAWLDAEC – Je représente un artisan tanneur qui a fait livré une commande d'armure à Théobald de Mortelune. J'ai besoin de savoir s'il a bien reçu cette commande.

Yawldaec n'avait pas envie d'avoir à faire face à Théobald. Un peu impulsivement, il sortit :

YAWLDAEC – S'il n'est pas disposé à rencontrer quelqu'un maintenant, je peux traiter avec son frère Eol.

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Message  Eol le Lun 5 Juin 2017 - 19:05

Théobald de Mortelune


Eol était en train de me raconter une histoire à dormir debout. Il devait avoir entendu ce garde alcoolique raconter son histoire de dragon puisqu’il dérivait sur un sujet similaire mais revu et corrigé. Un conte à l’Eol. Un enfant avec des écailles qui se transformerait en dragon quand il avait peur, ou l’inverse. Bref, il rêvait debout ce bougre et m’agaçait au plus haut point. Je ne l’avais cependant pas encore envoyé balader parce que j’avais une question à lui poser. Une question qui m’empoisonnait l’esprit depuis qu’il avait disparu avec Nïn. Je le coupais donc au milieu de son récit d’enfant perché sur les étagères de la bibliothèque pour lui demander abruptement :

- C’était comment avec Nïn ?

Ce que je vis me fit l’effet d’un coup de poing dans le ventre ! Eol se mit à rougir et regarder le plafond avec concentration. J’étais certain qu’il était en train de compter une énième fois les pierres qui le fondaient. Je serrais les dents en voyant un sourire béat défigurer son visage imbécile. Il était… heureux ! Je le haïssais, je l’enviais, je voulais lui faire payer !

- J’aime Nïn. Elle est douce. Je l’ai caressée. Elle ronronnait. Elle fermait les yeux comme ça. Je l’ai serrée très fort contre moi. C’était bien. Elle s’est un peu tendue quand je l’ai touché. Parce qu’elle est sauvage. Je l'ai senti. C’est la première fois que je peux comprendre quelqu’un. Presque comme un cheval ou un chien ! Même si c'est différent. Je sais pas trop pourquoi…

Je l’écoutais me décrire la façon dont elle avait posé sa tête sur son torse et j’avais envie de le tuer. Il se mit à me parler de ses poils quand son visage se décomposa en même temps que mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Il avait été si loin ? Eol se mit à balbutier une suite de mots incompréhensibles en répétant qu’il ne mentait pas. Il disait qu’elle n’avait pas de poils parce qu’elle était une demie-elfe. Qu’elle n’était pas du tout, mais alors pas du tout, un animal sauvage. Qu’elle n’avait pas des oreilles pointues, puis il se reprenait en disant que si puisqu’elle était un peu elfe … bref, je l’avais perdu. Mon Eol était cassé, il racontait n’importe quoi. Comme d'habitude, mais en pire.

Je comprenais parfaitement ce qui était en train de se passer devant mes yeux. Les mots qu’Eol prononçait échauffaient mon corps d’un désir ardent. animal, disait-il. Sauvage, griffe, mordre, tous ces mots me dévoilaient ce qu’il s’était passé. Nïn avait réussi son travail à la perfection. Je la voyais dans toute sa splendeur, nue, souriante, tout contre Eol, lui murmurer avec lubricité : ce sera notre petit secret, ne le répète à personne… et lui mordre l’oreille avec voracité.

Voilà pourquoi Eol mentait. Il était incapable de répéter un secret, je l’avais déjà expérimenté. Je l'avais presque tué pour qu’il me révèle ce qu’il savait. Cela n’avait pas marché.

Je le regardais. Il continuait à balbutier des mots bestiaux qui m’enflammaient de jalousie. Et en même temps il n’arrivait pas à cacher son sourire radieux qui me donnait envie de découvrir les secrets que détenait cette esclave, pour le mettre dans cet état de béatitude.

- Donne la moi pour cette nuit.

Le détestable sourire s’envola immédiatement quand j’eu prononcé ces mots. Je savourais ma satisfaction en l’écoutant tenter de se rebeller.

- Mais… elle est à moi. Tu me l’as donnée. Tu ne peux pas l’avoir. Elle est à moi tout seul !
- Elle est à toi. Et toi tu es à moi. Par conséquent elle est à moi.

Il s’arrêta un instant, les yeux dans le vide. Il devait chercher à comprendre ce que je venais de lui dire. Face aux évidences, il acceptait toujours ce que je lui disais. Il finirait forcément par me l’amener dans ma chambre. Et voir le visage blessé d’Eol quand je posséderais Nïn ne serait qu’une jouissance en plus.

- Je refuse. Je suis à toi, alors fait ce que tu veux de moi. Mais ne touche pas à Nïn.

J’écarquillais les yeux. Les traits d’Eol étaient durs. Une force froide émanait de tout son corps. Je frissonnais face à son regard de combattant. Jamais il ne m’avait regardé de la sorte. Son air de chien battu avait disparu pour laisser place à un homme, un vrai. Je déglutis. C’était ce que j’avais désiré. C’était pour voir cela que j’avais acheté Nïn. Mais maintenant que je découvrais Eol prêt à me tenir tête et à tuer une armée sur son passage, je le regrettais presque. Tout mon corps était tendu. Eol ne m’avait jamais fait peur. C’était une larve qui rampait devant moi, bavant d’admiration face au modèle de perfection que je représentais à ses yeux. Mais, ce soir, pour la première fois, je détournais le regard et perdis la face.

- Dégage de là ! Espèce d’esclave rebelle !

Eol se retourna et quitta la salle. Je me laissais glisser sur un banc, le souffle court.

Quand je fus certain qu’il dormait, ce qui ne tardait jamais puisqu’il se couchait à l’heure des poules, je partis à la recherche de Nïn. Les mots d’Eol et son attitude m’avaient troublé et donné encore plus envie de la voir. Je passais une bonne partie de la nuit à errer dans les couloirs que je l’avais vue franchir durant la journée. Je cherchais à sentir son odeur. Je guettais sa présence. Mais elle était introuvable. J’ignorais pourquoi elle n’était pas avec les autres esclaves. Je ne l’avais pas non plus trouvé dans la chambre d’Eol. Habituellement, je n’allais jamais dans ce lieu, mais cette nuit, l’envie était trop grande. N’y trouvant que l’absence de Nïn, j’avais continué à tourner en rond, rongé par l’envie. Chaque respiration loin de son corps devenait un combat. La colère provoquée par son absence me donnait envie de la tuer elle ausssi !

Je finis par croiser une jeune servante. Elle devait avoir environ quatorze ans. Je l’attrapais violemment par le bras pour l’emmener dans ma chambre. Elle subit ce que Nïn aurait dû subir. Je la fis hurler, pleurer, puis gémir de douleur. Quand elle ne fut plus qu’en état d’haleter, j’écartais ses jambes et entrait en elle, bestialement, pour l’entendre pousser un nouveau type cri. Le plus excitant de tous les cris !

Il me fallait trouver une femme plutôt que d’engendrer des bâtards, me dis-je en m’endormant sur elle, une fois la chose finie.

Quand je m’éveillais, l’esprit encore embrumé, la fille avait disparu. Elle m’avait juste laissé des traces de sang sur les draps. J’imagine qu’elle ne viendrait pas les laver. Ce que j’avais fait n’était pas digne d’un baron. Les serviteurs parlaient, et même s’ils ne valaient rien, ils chercheraient à ternir ma réputation. Je ne devais pas recommencer. Tout cela était la faute de Nïn ! Je recommençais à errer dans le domaine à sa recherche, telle une âme en peine. Mais quel mauvais sort m’avait-elle lancé, cette sorcière ?

J'étais dans les jardins quand j'entendis des voix. Le ton montait. Je m'approchais, déjà exaspéré par la situation. Fichue journée !

- … pas disposé à rencontrer quelqu'un maintenant, je peux traiter avec son frère Eol.
- Son quoi ?! "Son frère Eol" ! Un esclave, même pas humain, frère du baron ?! Espèce de cheval écervelé, quelle calomnie !

Qu’est-ce que c’était encore que ça ? Je m’approchais de la porte. Un centaure était en train de parler au garde. Je haïssais les centaures au plus haut point ! Mes bras se couvrirent de chair de poule.

- Holà ! Qu’est ce qui se passe ici ?
- Monseigneur, sir, pardonnez cette agitation. C’est ce centaure qui…
- Oui, j’ai entendu l’affront. Qu’est-ce qu’il me veut, ce centaure ?

La question s’adressait au demi-cheval. Je ne relevais pas l'insulte. J'avais fait assez de débordements pour la journée. Il fallait que je me calme.

Eol


Je suis revenu quand Théo m’a dit de partir des cuisines. J’ai dormi. Nïn fait ce qu'elle a à faire. Je la laisse. Je regrette juste qu’elle ne soit pas une once tout le temps.

Maintenant c'est le matin. Je me suis réveillé. Elle est là. Je la regarde. Elle a les yeux fermés. C’est plus facile quand les gens ont les yeux fermés. Ils ne regardent pas ce qu’on regarde. On n’est pas obligé de se concentrer pour les fixer droit dans les yeux. Je pose mon doigt sur son épaule. J’exerce une pression. Pour la réveiller. Je ne regarde plus que ses pieds. Je lui propose de manger. Et de me rejoindre après.

On se retrouve à la bibliothèque, je lui montre un abécédaire. Ce sont des lettres, toutes écrites à l’encre noire.

- Ce sont les lettres de l’alphabet. Ça c’est un A. Le A, il est rouge foncé.

Je lui explique chaque lettre. Chacune a sa couleur. Et on peut les transformer. Le O est très clair. Blanc. Mais si on lui ajoute une toute petite barre c'est un Q. Il devient alors foncé. Presque noir. Je ris. Parce que c'est drôle.

Je lui explique que quand on met les lettres ensemble pour faire des mots, ça change aussi de couleur. Je suis plutôt fier de mes explications. Je lui demande si elle comprend et essaie de lui faire lire des choses. *

*
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Message  Nïn le Ven 9 Juin 2017 - 15:34

Eol la câline et la caresse. Elle le sent plus à l'aise. Plus à l'aise, même, étrangement, que lorsqu'elle a sa forme habituelle. Il ne doit pas trop aimer les hommes ou les elfes, mais préférer les animaux. Et les centaures. Il ne faut pas oublier les centaures. Elle aime bien qu'il soit comme ça. Elle n'a plus l'impression de le décevoir, ou d'être un poids qu'il doit traîner. Elle a l'impression de le rendre heureux. Et ça lui fait plaisir.

Mais ils doivent aller manger. Alors, elle doit redevenir une demi-elfe. Le changement dans l'attitude d'Eol est immédiat. Il redevient distant. Mal à l'aise. Cela attriste un peu Nïn, mais elle ne peut rien y faire, alors elle se contente de le suivre, en se faisant la plus discrète possible, pour ne pas le déranger. Elle prête à peine attention à ce qu'ils mangent. Elle a l'habitude de manger ce qu'il y a, et la nourriture n'est pas vraiment un de ses centres d'intérêt. Cela sert seulement à vivre, il faut le faire, mais elle n'en retire pas de plaisir particulier. Elle n'est pas gourmande, elle mange ce dont elle a besoin.

Eol est ensuite demandé par le baron, et Nïn rentre seule dans sa chambre, puis, après avoir bien mémorisé les différents espaces sur le plan, ressort de la demeure pour rejoindre le cimetière. Une fois dehors, elle reprend sa forme d'once, plus pratique pour être discrète dans la nuit.

Elle atteint le cimetière. Tout est désert, à cette heure là. C'est parfait, exactement ce qu'elle souhaitait. Comme cela, Ashkore va pouvoir venir, elle va pouvoir lui relater tout ce qu'elle a appris, lui dire que le cimetière va être démoli, remplacé par un jardin, lui dire qu'Eol sait pour Schizae, qu'il sait également quel dragon il est, qu'il connaît toute l'histoire, qu'il fait des liens, que son savoir pourrait devenir dangereux, si son demi-frère le baron se décidait à l'écouter. Mais elle va aussi préciser que le demi-frère en question ne s'entend que peu avec Eol, qu'il le traite comme un esclave - avec des privilèges, certes... - et qu'il ne l'écoutera pas. Elle veut défendre Eol. Dire au dragon qu'il n'est pas un ennemi, qu'il est bon avec elle, qu'il est d'une sincérité désarmante, qu'elle ne veut pas qu'il lui soit fait de mal...

Nïn s'admoneste intérieurement. Elle n'a pas à dire ce qu'elle veut ou pas. Elle rapportera les faits, et Schizae décidera. Elle est une esclave. Il ne lui faut pas oublier sa place. Elle tend à le faire, ces derniers temps. Et cela l'effraie. Parce-que, si elle oublie sa place, elle devra être redressée. Punie. Et, pire, et décevra Schizae. Or, elle veut éviter cela par dessus tout.

L'once s'engage entre les tombes. Elle pense aux fleurs... les chasse de son esprit. Les fleurs sont mauvaises pur Schizae, car elles signifient la destruction du cimetière de sa famille. Même si Eol, lui, sera content qu'elle lui fasse le plan des fleurs...

Le dragon n'est pas là. Le cimetière est vide. Mai cela ne veut rien dire. Il peut voler, il peut donc être n'importe où, arriver d'un instant à l'autre... Nïn reprend sa forme de demi-elfe. Ainsi, elle pourra parler, s'il vient. Elle espère qu'il va venir. Sinon, elle ne pourra communiquer ce qu'elle sait à Schizae. Incapable d'écrire, elle ne peut laisser un mot. Sans Ashkore, elle est donc bloquée.

Elle déambule dans le cimetière. Elle ne sait plus trop ce qu'elle est pour Eol. Il ne veut pas d'elle comme esclave, elle ne lui sert à rien et, pire, l'encombre même dans ce qu'il veut faire. Il compte même lui apprendre des choses, non pour qu'elle les fasse pour lui, mais juste pour que lui n'ait pas à les faire pour elle. En bref, pour qu'elle l'encombre moins. Elle n'y comprend rien, ne se sent pas à sa place. Les seuls moments où elle ne se sent pas comme un poids inutile pour lui, c'est sous forme d'once, ou quand elle parle des fleurs qui décoreront le jardin que le demi-elfe veut faire.

Elle jette un coup d’œil autour d'elle à cette pensée. Et elle fait fonctionner son imagination, tâchant de se représenter le jardin que conçoit Eol. Quand elle tient à peu près cette projection, elle y ajoute sa connaissance des fleurs, les consignes du demi-elfe, et un peu de son gout personnel. Des couleurs affluent devant ses yeux, des senteurs caressent ses narines, accompagnées d'usages, de noms, de périodes de floraison, d'environnement de vie. Elle les arrange mentalement, de sorte à ce que les qualités des unes compensent les défauts des autres, que les faiblesses soient palliées par les forces. Elle corrige, et recommence.

Les bruits des animaux nocturnes vont et viennent. Les heures passent, sans que l'esclave s'en rende vraiment compte. Elle commence à fatiguer, et sonde les environs du regard. Ashkore n'est toujours pas là. Mais il faut qu'elle rentre. Sinon, elle n'aura pas dormi. A contre-cœur, elle reprend donc le chemin de la chambre d'Eol, et se couche à ses côtés. L'inquiétude l'enserre un peu, mais elle se rassure en se disant que le dragon trouvera le moyen de lui parler, s'il le souhaite. Eol dort. Elle se demande ce que lui voulait le baron. Elle espère qu'il n'a pas été puni à cause d'elle. Elle l'espère très fort.

Elle est réveillée par Eol, qui lui serre doucement l'épaule. Il lui propose, sans la regarder, de manger, puis qu'ils se rejoignent pour les leçons de lecture. Nïn acquiesce. Elle va se nourrir, puis retourne à la bibliothèque, où elle retrouve Eol. Il a l'air moins mal à l'aise que lorsqu'il l'a réveillée. Il semble presque enjoué. Visiblement, lui apprendre à lire le réjouit. Il lui montre des caractères, les désigne comme les lettres de l'alphabet, et lui explique ensuite chaque lettre une par une, en lui donnant leur nom, et une couleur pour chaque lettre. Cette histoire de couleur perd un peu Nïn, au départ, puis elle se prend au jeu, et se met à imaginer que chaque caractère est associé à la fois à un son et à une couleur. Elle ne pensait pas qu'apprendre à lire était amusant, mais la bonne humeur d'Eol, croissante, est communicative. Elle acquiesce à chacune de ses explications, essayant de bien mémoriser tout ce qu'il lui dit, c'est à dire chaque signe et le nom et la couleur qui lui sont associés.

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Message  Yawldaec le Sam 17 Juin 2017 - 9:17

Yawldaec ne comprenait pas comment tournait cet endroit. Ce garde n'était même pas au courant qu'Eol était le frère du Baron Théobald ! Il le croyait simple esclave. Certes, autant que Yawldaec s'en souvînt, Théobald ne parlait pas à Eol comme l'on parlait normalement à un petit frère. De là à penser qu'Eol était un esclave au même titre que les autres... Eol était soumis à son frère, mais quand même pas dans de telles conditions, si ? Le garde souligna par ailleurs qu'Eol n'était même pas Humain. Il avait beau avoir du sang de Drow en lui, il était moins un monstre que son Humain de frère. Yawldaec garda cette réflexion pour lui. En revanche, il ne sut retenir un grondement et un calquement de sabot quand il se fit insulter de « cheval écervelé ».

C'est alors que Yawldaec le vit arriver. Il n'avait pas oublié ce visage. Ces deux petits yeux torves, cette mâchoire pincée, ce nez abrupt. Théobald. Celui qui se comportait comme si c'était lui le Demi-Drow et non son petit frère. Yawldaec voyait sa peau comme si elle était bleu nuit, il voyait ses cheveux comme s'ils étaient blanc lune, il voyait ses yeux comme s'ils étaient rouge vif. Sous son apparence d'Humain, Yawldaec voyait Théobald comme un Drow.
Et pourtant, les dieux savaient que nombre d'Humains n'étaient pas meilleurs que lui. Aux yeux de Yawldaec, trop d'Humains étaient de la peste comme les Drows, au point qu'il en venait souvent à généraliser sur cette race.

Yawldaec se raidit en voyant Théobald. Ce dernier se mêla à la conversation, et le garde s'excusa pour l'agitation.

THEOBALD – Oui, j'ai entendu l'affront. Qu'est-ce qu'il me veut, ce Centaure ?

Apparemment, Théobald ne reconnaissait pas Yawldaec. Du moins pas pour l'instant. Si seulement il ne pouvait jamais le reconnaître... Yawldaec avait pourtant un physique marquant : le corps d'un magnifique étalon bai, finement sculpté, élancé et racé, et le torse et la tête particulièrement empreint de sa “part chevaline”, ses yeux étaient de la même couleur sombre que ceux d'un cheval, chose rarissime chez un Centaure qui a normalement, excepté l'iris, l'œil blanc comme celui d'un Humain, sa peau jusqu'à sa tête s'accordait avec son pelage chevalin sans contraste et il portait même à la manière d'un vrai cheval une marque blanche – une “liste” en termes hippologiques – sur le front, passant entre ses sourcils jusqu'à la partie supérieur de son nez ayant lui-même la forme d'un semi-museau aux narines ayant celle de naseaux.

YAWLDAEC – Seigneur Théobald, je représente un tanneur de Fort-Hybride qui vous a fait livrer une commande d'armure par le biais de son employée, une Centaure. J'ai sur moi un papier de sa part.

Joignant le geste à la parole, Yawldaec détacha la lettre scellée et la tendit à Théobald tout en essayant de calmer les battements de son cœur.

YAWLDAEC – Avez-vous été livré ?

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Re: Pendant ce temps, au domaine de Mortelune…

Message  Eol le Sam 17 Juin 2017 - 20:14

Eol


Je suis content. Je vois les dents de Nïn. Ça veut dire qu’elle est contente aussi. Parce qu’elle sourit. C’est bien.

Je la laisse devant les lettres. J’ai une très bonne idée. Je m’épate moi-même.

Je vais le chercher. Il n’est pas dans cette étagère… Ah, il est ici. Je sors le livre. Je reviens voir Nïn. Je lui tend Plantes d’Estandre. Chaque page a un dessin de plante avec son nom dessous. Avec ça, Nïn pourra travailler en autonomie.

- C’est pour toi. Tu pourras à la fois apprendre à lire et tu pourras noter les plantes qu’il faut sur ce plan.

Je lui tends une feuille. C’est le plan que je lui ai montré hier. Je lui explique qu’elle pourra noter des nombres dessus. Ce sera l’endroit où elle veut mettre un certain type de plante. Sur une autre feuille, elle notera à quelle plante le nombre correspond.

Et puis j’ai deux nouvelles pensées de génie. Je ne sais pas ce qu’il m’arrive. C’est peut-être l’effet positif qu'à Nïn sur moi. Depuis qu'elle est là, je n'arrête pas d'avoir des idées géniales. Après tout, elle est une once. Alors tout est parfait.

Ma première pensée de génie, c’est que : ce n’est pas parce que je sais écrire que, elle, elle sait comment faire. Ma seconde pensée de génie, c’est que : ce n’est pas parce que je connais les chiffre que, elle, elle les connait. Quelle gymnastique de l’esprit ! Henry serait fier de moi. Ses enseignements portent ses fruits. Théo par contre… il ne serait pas fier de moi. Il ne l’est jamais.

Je montre un encrier et une plume à Nïn. Sans la regarder. Je lui écris les chiffres les uns après les autres sur un nouveau parchemin. Maintenant, elle sait comment écrire. Et elle a tous les nombres qu'il lui faut.

- Il faut savoir se mettre à la place des autres. C’est important.

Je parle à voix haute. Ce n’est adressé à personne.

Je me rappelle aussi qu’il faut regarder les gens dans les yeux. En vrai, j’y pense tout le temps. Mais c’est dur. Ça m’agresse. Henry dit que c'est très important. Ça permet d'être normal. Et il faut que je sois normal pour que Théo m'aime. Il faudrait aussi que je sois humain. Mais ça c'est plus difficile.

Je baisse le regard du plafond. J’ouvre très grand les yeux. Je fronce un peu le nez. Je la regarde droit dans les yeux. Je soutiens son regard. Je fronce les sourcils pour me concentrer. Des grands yeux bleus. Très grands. Des yeux qui me font mal. Un autre que moi. Juste en face. Je ne peux pas fuir. Je ne peux pas plonger à l'intérieur de moi-même. Je soutiens l’insoutenable. Pendant sept secondes exactement. Et je relève les yeux. Je souffle fort. C’était difficile. Presque douloureux. Mais je l’ai fais.

- Tu vois, il faut regarder les gens dans les yeux comme ça. C'est ce que font les gens normaux. Il faudra t'entraîner. Je sais que c'est très difficile, mais c'est important.

Maintenant, j'ai les yeux sur ses cheveux blancs et noirs. C’est la seule partie de son corps qui ressemble à une once. Je lève le bras. Je le redescends. Je le relève. J’hésite. Je l’abaisse sur sa tête. Mes doigts sont sur ses cheveux. Ils sont doux. Pas comme le pelage de la panthère. Parce qu’ils sont longs. Je regarde le plafond. Je bouge les doigts. Tout doucement. C’est vraiment doux. Je caresse la tête en fermant les yeux. Je souris. J’aime bien les cheveux de Nïn.


Théoblad de Mortelune


Je respirais profondément pour reprendre mon calme. Ne pas penser à cette sorcière. Ne pas se défouler sur le centaure.

- Seigneur Théobald, je représente un tanneur de Fort-Hybride qui vous a fait livrer une commande d'armure par le biais de son employée, une Centaure. J'ai sur moi un papier de sa part. Avez-vous été livré ?

Une centaure. Fort hybride. Tout ce que je détestais. Je me dis qu’il fallait que j’aille remettre Galdin à sa place. J’avais envie de frapper quelqu’un, et il ferait très bien l’affaire. C’était lui qui était chargé de s’occuper des commandes et tout le reste. J’allais lui décrocher les dents de la mâchoire avec mon poing pour qu’il comprenne enfin qu’il ne fallait pas travailler avec des individus appartenant à ce lieu infâme.

Le centaure me tendait une lettre. Je fis un signe dédaigneux à l’adresse du soldat qui prit l’objet, souillé par la main de l’hybride. En toute logique, j'aurais dû dire au garde d’aller chercher Galdin qui gérerait cela avec le centaure, puisque ces basses tâches ne m’incombaient pas. Mais quelque chose m'en empêchait. Cette tâche blanche qu'il avait sur le front, ces yeux de cheval et…

Non, ça ne pouvait pas être lui. Ma mémoire me jouait des tours. Je l’avais tellement haïs que j’y pensais trop. C’était sûrement cela. Et pourtant…

Mes doutes s’envolaient doucement. C’était bien Lui. Le centaure qui m’avait volé Eol. Le centaure qui l’avait rendu rebel et encore plus stupide en lui mettant des idioties dans le crâne. Ce centaure là avait eu l’audace de me défier et de s’enfuir ! Je ne pensais jamais le revoir. Qui aurait cru qu’il serait assez stupide pour revenir me narguer ?! Cervelle équine est anodine, disait le proverbe. Proverbe dont toute la splendide vérité m’était donnée à voir en la présence du demi-cheval ici présent !

Je serrais les dents. Ne pas s’échauffer. Pas en public. Mes légers… débordements ne plaisaient pas toujours aux autres nobles. J’avais choisis de faire profils bas, ces temps-ci. Mais cette présence importune m’empêchait de me contenir.

- Je n'ai pas encore vu la couleur de cette armure. Mais c’est Galdin, un de mes hommes, qui gère ces affaires. Suis-moi, je vais t’emmener à lui. Tu iras lui demander ce qu’il en est.

Face à mon comportement inhabituel, la surprise du garde était palpable. Je souris avec méchanceté à l'humain qui se repris immédiatement. Avoir un comportement changeant était la meilleure façon de maintenir l'emprise que j'avais sur les autres, ainsi ils vivaient constamment dans l'incertitude et la peur.

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Message  Nïn Hier à 20:31

Alors qu'elle fixe les lettres en essayant de se réciter mentalement les nombreuses informations - sans y réussir totalement, il y en a trop - Eol lui met un livre entre les mains. Elle relève les yeux vers lui, tandis qu'il lui annonce :

- C’est pour toi. Tu pourras à la fois apprendre à lire et tu pourras noter les plantes qu’il faut sur ce plan.

Nïn écarquille les yeux, alors que le demi-elfe lui donne aussi le plan du futur jardin. Elle fixe le livre, puis le plan, puis Eol, puis de nouveau le livre, avant de revenir à Eol. Elle n'arrive même pas à se formuler sa pensée. Une foule d'objections encombre son esprit, et elle fixe celui qui veut lui apprendre à lire, hébétée. Pense-t-il qu'elle a retenu tout ce qu'il lui avait dit ? Et quand bien même elle aurait retenu les associations de noms, de formes et de couleurs, croit-il qu'elle sait pour autant déchiffrer les mots qui trônent sur la couverture du livre, et leur sens ?

Sans se rendre compte de son désarroi, il lui dit de noter des nombres sur le plan et, sur une autre feuille, à quoi se rapportent ces nombres. Sauf qu'elle ne sait même pas comment on écrit un nombre. Mais Eol semble tout à coup pris de nouvelles pensées et elle se dit que, peut-être, il a réalisé que la tâche qu'il lui donne est impossible, qu'il lui manque trop d'éléments. Il prend de l'encre, une plume, du papier, et trace de nouveaux caractères, lui disant que ce sont les nombres. Elle fixe le 1, le 2, le 3, le 4... Heureusement, ils sont dans l'ordre. Eux, elle va pouvoir les retenir. Même si elle ne sait pas à quelle couleur ils correspondent.

- Il faut savoir se mettre à la place des autres. C’est important.

Nïn acquiesce, pour lui donner raison. Même si elle trouve qu'il manque encore certaines choses, pour qu'il se mette vraiment à sa place... Lui expliquer comment lire les mots du livre, par exemple. Soudain, Eol se met à écarquiller les yeux en la fixant et en faisant une étrange grimace. Nïn le regarde, intriguée. Que fait-il ? Elle en a la réponse lorsqu'il lui dit, après avoir relevé les yeux, relâché ses traits froncés par la grimace, et soupiré :

- Tu vois, il faut regarder les gens dans les yeux comme ça. C'est ce que font les gens normaux. Il faudra t'entraîner. Je sais que c'est très difficile, mais c'est important.

L'esclave est intriguée. Eol est vraiment un être étrange. Il ne semble pas naturellement savoir comment se comporter, et suivre des règles, qu'il a apprises par coeur et veut lui transmettre. Un peu comme elle, en quelque-sorte, sauf qu'elle, c'est pour devenir une bonne esclave qu'elle a eu besoin d'un enseignement. Pas pour être "normale", comme le dit Eol. Comme il ne semble pas lui tenir rigueur de ses prises de paroles, ni vraiment la considérer comme son esclave, elle prend la liberté de lui répliquer :

- On m'a enseigné qu'il fallait toujours que je garde le regard baissé, en signe de soumission, face aux humains. C'est ainsi que doivent se comporter les esclaves, m'a-t-on dit. Mais si vous voulez que je vous regarde dans les yeux, je le peux.

Elle le regarde. Il ne regarde plus le plafond, mais elle. Pas dans les yeux. Il fait un geste vers elle, l'avorte, puis recommence, allant jusqu'au bout cette fois. Il pose sa main sur sa tête. Caresse ses cheveux. Nïn baisse les yeux. Cela lui fait bizarre. Elle ne sait pas trop si elle a envie que le contacte cesse, ou se prolonge. Elle sent comme une chute, en elle-même. Un peu le même genre de chute que provoquent les punitions des maîtres, mais en mille fois plus doux. Sans s'en rendre vraiment compte, elle se met à ronronner.

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