L'homme qui s'était trouvé des ennuis

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L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Sam 31 Jan 2015 - 0:20

Le manoir se trouvait à moins d'un jour de cheval de Telbara. Il pouvait sembler modeste par rapport à certains castels humains des royaumes du Nord, mais sa silhouette taillée dans la pierre blanche et ses larges portiques adaptés à la circulation des individus de toute race en faisaient une demeure plus que confortable et un symbole indéniable de puissance. C'était là qu'habitait Sire Janus, que l'on appelait ainsi bien qu'il n'ait pas de titre de noblesse, juste une fortune considérable et des relations bien au-delà des clivages politiques qui entravaient la région. D'ailleurs, il avait décidé d'organiser une petite fête dans ses jardins privés, et avait invité nombre de barons des environs et de gens de haute estime pour qu'ils puissent se rafraîchir au bord de ses fontaines de marbre. Ainsi, Minotaures et Hommes-lézard bavassaient au milieu des tables riches de mets issus du mélange des cultures cher à Telbara, et la vie suivait innocemment son cours au son des troubadours.

Ou pas.

Le baron de Poyntenne avait eu un... léger retardement. Oh, il allait bien ! Juste qu'il ne pouvait malencontreusement pas assister à la réception. Heureusement, personne ne s'en était rendu compte, notamment car Lens s'était présenté à sa place. Certes, ils n'avaient pas le même visage ni la même voix, mais cela importait peu, car personne ne prêtait attention à l'apparence d'un nobliau que l'on invite juste pour s'assurer de sa sympathie lorsqu'il s'agit de tracer des routes commerciales à travers son domaine. Il avait suffi de faire illusion les premières minutes, et les maigres doutes qui avaient pu exister chez les invités les plus observateurs s'étaient envolés aussi vite que les petits fours aux oignons frits.

Si l'essentiel de la réception se déroulait à l'extérieur, Lens avait réussi à se hasarder dans les couloirs à l'intérieur du manoir. Les domestiques n'avaient pas leur mot à dire, et il suffisait de prendre un ton irrité devant les gardes de Sire Janus qui osaient protester pour obtenir un peu de tranquillité. De cette manière, l'assassin avait pu quadriller la structure interne de la demeure : le couloir principal formait un rectangle encerclant une cour intérieure possédant un bassin d'eau claire et peu profonde ; un balcon à l'étage supérieur donnait dessus. Diverses salles auxiliaires se trouvaient de part et d'autre du chemin. La plupart des portes étaient fermées, mais les quelques unes entrebâillées donnaient sur des antichambres vides ou sur des dépôts de matériel. On pouvait joindre les écuries depuis l'intérieur par un accès à droite de la porte d'entrée, tandis que l'escalier massif pour accéder à l'étage s'empruntait par la gauche. Il n'avait pas osé monter de peur que les gardes ne se trouvent trop suspicieux, mais avait deviné, de par le contenu des salles qu'il avait déjà vu, que les pièces de vie les plus importantes s'y trouvaient, notamment la chambre de Sire Janus auquel il comptait rentre une petite visite privée ce soir. Ce serait surement la chambre qui donnait sur le balcon intérieur. Deux options semblaient s'offrir à lui : tenter d'y accéder par la cour en escaladant, sachant qu'il faudrait probablement crocheter la porte par la suite ; ou bien faire tout le tour de la demeure en montant par l'escalier, en pariant que les accès réguliers de la chambre seraient fort probablement bien gardés. Lens avait caché son matériel dans un grand sac au milieu de bibelots dorés et de vêtements somptueux, et avait surveillé d'un œil attentif le garçon d'écurie qui l'avait déplacée jusqu'à une salle prévue à cet effet. Les invités n'étaient pas conviés à rester dormir, aussi il faudrait qu'il s'occupe de son retour officieux lorsque le moment officiel de faire ses adieux viendrait.

- Baron de Poyntenne ! l'apostropha un Halfelin alors que Lens ressortait de la demeure, l'air de rien. Enfin j'ai l'honneur de vous rencontrer.

- Sire Petyfer ! s'enthousiasma faussement Lens. Tout l'honneur est pour moi. Comment vont vos neveux ? Lens avait entendu le semi-homme parler d'eux plus tôt dans la journée, alors qu'il s'était installé à une table et analysait passivement les ragots que s'échangeait le gratin. Si l'assassin avait naturellement des penchants xénophobes de par ses origines, il avait appris à ne pas les afficher ouvertement... Exception faite vis-à-vis des Hommes-Lézard : il avait gardé une certaine difficulté à se contenir en leur présence, et avait pris soin de les éviter toute l'après-midi lorsqu'il en avait vu rôder autour des tables de banquet

- Rilly apprend à monter à poney. Il fait des progrès énormes ! Quant à Pelgos, il m'a confié l'autre jour avoir pour ambition de siéger au Conseil. Ah, les enfants ! Ils vous rappellent qu'il est bon de rêver. Le Halfelin avala entièrement une sorte de quiche de la taille de sa paume de main, puis reprit la conversation comme si de rien était. Et vous, cette histoire de haie de chênes que vous dispute le Baron de Belgord ?

- Oh, ça ! Eh bien, hum... J'ai bon espoir que Sire Janus me soit de bon conseil, improvisa Lens qui n'avait pas entendu parler de ce différend de voisinage.

- Ah ! Eh bien dans ce cas, faites vite, le Baron de Belgord est arrivé il y a peu et ne manquera pas d'avoir la même idée que vous.

Après quoi le Halfelin partit joyeusement, en prenant au passage une pinte de boisson qui traînait à portée de bras. Lens jeta des regards suspicieux à l'assemblée : si ce baron était effectivement là, il ne fallait surtout pas qu'ils se voient. Il devait parier sur l'animosité existante entre les deux nobles pour que l'autre ne vienne pas lui parler de lui-même ; restait à éviter qu'ils se croisent par hasard, mais le hasard a pour définition qu'il n'est justement pas contrôlable.

Des murmures s'instillèrent dans l'air. La musique s'arrêta au son de trois tintements de cristal. Lens remarqua que tous les regards convergeaient vers un point : un homme imposant, habillé de manière excentrique dans des tons orange et violet, qui cognait nonchalamment un verre de cristal à l'aide d'une cuillère en argent. Il était entouré de deux rustres au regard sévère, un autre humain et un nain, habillés d'armures composites et qui affichaient plus que raisonnablement les fourreaux à leurs ceintures.

- S'il vous plaît, s'il vous plaît, chers amis, du calme, annonçait sereinement l'homme en continuant son vacarme cristallin.

Il ne fallait pas être une lumière pour deviner que ce n'était autre que Sire Janus lui-même. Lens se positionna dans la foule qui s'agglomérait de sorte à garder une bonne vue sur sa cible tout en évitant d'attirer l'attention sur lui. Sire Janus commença alors un discours plein de mièvreries obséquieuses sur la beauté de Telbara et les valeurs essentielles du vivre-ensemble. Cela accrut le mépris de Lens : la réalité, c'était que ce Janus était un concurrent de Vender, et qu'il avait monté en secret l'une des filières les plus importantes d'asservissement et d''extradition d'esclaves depuis Telbara vers le Nord. Une belle ordure en perspective, et Lens était là pour régler le problème.

Lens sentit une main se poser sur son épaule.

- Poyntenne, railla une voix affable.

Lens ne se retourna pas.

- A qui ai-je l'honneur ? demanda innocemment l'imposteur, même s'il avait déjà sa petite idée.

- Vraiment ? Vous ne me reconnaissez pas ? continua l'autre, surpris. Car il est vrai que moi, je ne reconnais pas votre voix. Et puis, j'avais souvenir que vous étiez plus grand. J'espère que vous n'êtes pas malade, ce serait dommage que j'aie à racheter votre domaine.

Les autres nobliaux étaient happés par la harangue de Sire Janus : il fallait en profiter. Lens se retourna et jaugea celui qui devait être le baron de Belgord. Un homme grand au visage peu agréable, et légèrement ventripotent. Il tira une drôle de mine lorsqu'il aperçut le visage du prétendu baron de Poyntenne.

- Excusez-moi, j'ai... J'ai dû me tromper.

- Mais certainement, que je ne vous excuserai pas !

- Mais qui...

- Assurez-vous que je n'oublierai pas cet affront ! Je provoquerais volontiers un scandale si vibrant que toute l'assemblée ici présente en raillerait votre lignée jusque dans trois générations, mais j'ai trop de respect pour sire Janus et trop peu pour vous. Non, je ne vous laisserai pas dire un mot de plus ! Allez voir ailleurs si j'y suis. Tout de suite ! Égaillez-moi la vue ! Il y a trop peu d'espace pour nous deux sur ce morceau de terrain. Et que je ne vous y reprenne pas !

Décontenancé, le noble partit sans demander son reste, empourpré de s'être fait ridiculiser de la sorte ; celui-ci devait d'ailleurs se sentir chanceux que personne n'ait assisté à leur échange. Lens, également, mais pas pour les mêmes raisons : qu'on découvre que ce n'était pas le vrai Poyntenne, et ses projets pour la nuit semblaient fortement compromis. Au mieux la garde serait plus vigilante ; au pire il finirait dans un cachot jusqu'à ce que la garde de Telbara ne le traduise en justice, et maître Vender n'aurait pas le bras assez long pour le sortir de là. Lens attendit que Belgord ne soit plus en vue pour s'éclipser à son tour. Il ne s'était que trop attardé ici : il attrapa des sablés aux navets au passage, croisa un domestique à qui il demanda qu'on lui ramène ses affaires, car il devait partir à cause d'une urgence. Moins d'une heure plus tard, il se trouvait dans un recoin ombragé à quelques kilomètres du domaine, à l'écart de la route principale. Le soleil déclinait dans le ciel qui hésitait entre le bleu, l'orange et le rose, et les autres invités ne tarderaient pas à partir à leur tour. Il avait attaché sa monture à un arbre, et avait abandonné ses livrées brodées pour sa tenue en cuir fonctionnelle, cachant son sac derrière un rocher. Il se remémora la configuration des lieux, les vulnérabilités des haies qui encerclaient le manoir, les endroits par où les sentinelles patrouillaient le moins, la vingtaine de rustres qui le séparaient de son objectif. Il aurait pu rester sur place en échangeant sa tenue avec celle d'un domestique, mais son visage avait été vu, sacrifice indispensable pour avoir un aperçu détaillé de l'intérieur du manoir de Janus. Lens devrait se donner du mal pour rentrer à nouveau, mais il avait fait à son sens le meilleur choix, et c'est d'un pas léger mais déterminé qu'il retourna vers la demeure blanche.

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Message  Ssyxlat'h le Lun 2 Fév 2015 - 11:20

En un an, Ssyxlat'h avait tout de même réussi à se créer plusieurs contacts à Telbara. Certaines personnes scrupuleusement choisies savaient qu'il travaillait en tant qu'assassin. Ssyxlat'h avait donc des lieux de rendez-vous où il était susceptible de se voir confier un contrat.
Dernièrement, c'est la tête d'un certain Sire Janus qui lui fut demandé de taire à jamais. Janus était un Humain qui, s'il n'avait aucun titre de noblesse pour se faire apporter l'article “Sire”, vivait dans l'opulence. A en croire le commanditaire de Ssyxlat'h, un Humain également se faisant appeler la Fourmi Rouge, Janus tirait ses richesses d'un commerce d'esclaves habilement maquillé. Cette ordure asservissait des individus de races diverses et les vendait aux royaumes du Nord. Ssyxlat'h ne savait pas si toute cette histoire était vraie, ou s'il s'agissait d'une fable de la Fourmi Rouge dans le but de convaincre plus facilement le Naga, ce qui était tout à fait possible mais qui, si Ssyxlat'h venait à le découvrir, mettrait un terme net à la collaboration entre eux deux. Jusqu'à présent, la Fourmi Rouge s'était toujours montré de confiance pour Ssyxlat'h. Ce dernier n'avait pas de raison de penser que Janus ne baignait pas réellement dans le trafic d'esclaves.

Ssyxlat'h devrait assassiner Janus dans sa demeure, un important manoir situé à quatre jours de reptation de Telbara. La Fourmi Rouge avait pour cela tout planifié. Janus devait organiser une réception mondaine dans huit jours. Par un jeu de contacts, la Fourmi Rouge avait réussi à faire que Janus recrutât un Naga vacataire parmi ses domestiques le temps de l'évènement. Ssyxlat'h devrait donc jouer le rôle d'un domestique pendant la réception, ce qui lui permettrait de prendre connaissance de la disposition des pièces du manoir et de planifier son action pour le soir même. Ssyxlat'h devrait se montrer vigilant au fait qu'il serait le seul Naga présent pendant l'évènement, convives et domestiques confondus.

Pendant les huit jours, Ssyxlat'h revit régulièrement la Fourmi Rouge qui lui apprit comment se comporter en domestique, les réflexes à avoir pour bien servir le maître et ses hôtes, les choses à ne surtout jamais faire ou dire, les formules verbales à utiliser... Ssyxlat'h apprit toutes les bases du métier. Il ne ferait pas un domestique parfait, mais l'essentiel était qu'il puisse donner le change.

La réception eut enfin lieu, et Ssyxlat'h opérait parmi les autres domestiques, qu'il soupçonnait être en fait des esclaves en devenir – s'ils ne l'étaient pas déjà pour ce qui était des domestiques permanents de Janus. Le Naga était vêtu seulement de deux bandes de tissu aux avant-bras, et rien d'autre. De par la tenue vestimentaire restreinte qui lui était imposée, il n'avait aucun moyen de dissimuler ses saïs. Il avait pu au moins dissimuler sa sarbacane, avec une seule fléchette à l'intérieur empoisonnée de son propre venin. Il n'aurait qu'à arracher la bande de tissu de son avant-bras gauche pour libérer sa sarbacane, mais il n'aurait droi qu'à un seul tir. Tout le reste de ses affaires avait été laissé dans une cache non loin du manoir, au pied d'un buisson.

Ssyxlat'h appliqua toutes les leçons de la Fourmi Rouge pour se comporter en domestique et passer inaperçu. Le manoir de Janus était vraiment spatieux, et ses convives étaient loin de n'être que des Humains : Halfelins, Tigrains, Hommes-lézards et même Minotaures étaient présents. En revanche, Ssyxlat'h pu en effet voir qu'il était le seul Naga présent. Il devait donc n'éveiller aucun soupçon et réussir sa mission d'assassinat à la perfection sans laisser le moindre témoin, ou il serait facilement dénoncé.

Avec ce qu'il avait entendu de Janus, Ssyxlat'h ne fut en fait pas vraiment surpris de voir autant de non-Humains, parmi les domestiques surtout mais aussi parmi les convives, mais se révolta intérieurement en se disant que le tiers d'entre eux avaient un avenir d'esclave s'ils restaient aux côté de Janus. Ssyxlat'h s'efforça de garder les idées claires : s'il y avait quelque chose qu'il avait bien appris dans sa vie d'assassin, c'est que pour réussir un contrat, il ne devait jamais rien placer de personnel entre lui et ses cibles. C'est la Fourmi Rouge qui voulait la mort de Janus, pour des raisons qui lui étaient propres. Ssyxlat'h devait garder cela en tête et ne surtout pas en faire une affaire personnelle. Il était payé pour accomplir une mission, et s'y tiendrait.

La fête se termina peu avant le crépuscule. Un à un, les convives quittèrent la demeure de Janus. Le soleil déclinait dans le ciel, et Ssyxlat'h se retrouva à devoir tout nettoyer avec les autres domestiques. Et il y avait du travail. Ils étaient au total treize domestiques, dont un seul Humain, quatre Halfelins, quatre Hommes-lézards, trois Tigrains, et Ssyxlat'h. Ce dernier continua de jouer son rôle, et il avait bien l'impression que personne n'avait de soupçon sur lui.
Quand tout fut nettoyé et rangé, Janus donna les restes de son dîner aux domestiques, et les envoya dormir dans leurs quartiers.

Ssyxlat'h attendit que son dortoir soit entièrement endormi, pour s'en évader. Janus devait lui-même être plongé dans les bras d'Elasgol à cette heure de la nuit. Le danger résidait maintenant dans la garde de nuit. La chambre de Janus était située à l'étage. Ssyxlat'h alla tout d'abord récupérer ses affaires à la faveur de la nuit. Il put ainsi endormir à distance deux gardes qu'il lui aurait été impossible de contourner. Par la suite, il fut parfois obligé de s'exposer pour s'approcher de la chambre de Janus, mais réussit toujours à trouver un moment d'inattention des gardes pour se faufiler, rampant sans le moindre bruit sur le sol carrelé et glissant. Son corps de serpent devait fournir plus d'efforts musculaires pour ramper, glissant lui-même en ondulant. Il n'avait endormi que les deux gardes de l'entrée, car c'étaient les seuls à ne pas être à portée de vue des autres gardes pendant leurs rondes. Cela lui laissait deux à trois heures pour assassiner Janus et s'en aller, ce qui était plus que largement suffisant ; un peu moins de temps si, par malheur, quelqu'un apercevait les deux gardes endormis et mettait la main sur les deux fléchettes empoisonnées, mais les risques que cela se produise dans la première demi-heure étaient dérisoires.

Janus avait posté des gardes sur les principaux accès de sa demeure, mais pas à la porte de sa chambre. Une chambre qui comportait en réalité deux portes : une ouvrant sur le balcon, et l'autre à l'opposé, par laquelle Ssyxlat'h arriva. Tirant frénétiquement sa langue bifide, aux aguets de la moindre odeur ou de la moindre vibration du carrelage qui l'alarmerait de l'approche d'un garde, l'assassin entreprit de crocheter en silence la serrure qui représentait, a priori, l'ultime obstacle entre lui et sa cible.

La porte fut ouverte, et l'homme-serpent se glissa de tout son long dans la chambre, où Janus dormait paisiblement, dans un lit orné trop richement. Ssyxlat'h referma la porte, dégaina lentement un saï, rampa lentement vers sa cible endormie, et...
Soudain, la porte d'en face s'ouvrit.

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Message  Lens le Sam 7 Fév 2015 - 2:52

Le manoir se dressait devant Lens

Le ciel était clairsemé de nuages qui voilaient légèrement la lumière nocturne. Passer les premières sécurités de la demeure n'avait pas posé de problème : les sentinelles étaient plus occupées à raconter leurs déboires avec les nobles qu'à surveiller les environs, comme si elles pensaient que le pire de la journée était derrière elles. Il avait croisé un garde endormi contre un arbre qui sifflait doucement du nez, et avait évité de se faire repérer par un autre garde qui traînait des pieds en effectuant sa ronde, jurant par tous les dieux quant aux maux d'estomac dont il avait hérité après avoir englouti entièrement un poulet rôti, vestige de la réception.

Il s'agissait maintenant d'entrer.

Lens fit un large détour pour éviter l'entrée principale. Il avait vu des formes devant, avait deviné au moins deux gardes et n'avait pas cherché plus loin. Il se retrouva près des écuries, gardées par une seule sentinelle : il l'attira jusqu'à l'un des bassins de marbre en faisant ricocher une pierre. Le temps que le garde réagisse et arrive, Lens l'avait contourné à la faveur de l'obscurité, et il l'assomma contre la roche en étouffant les bruits de l'opération. Il se débrouilla pour abandonner le corps au pied d'une haine isolée, puis longea le mur extérieur jusqu'à la porte menant aux écuries : deux grands ventaux qu'on écartait l'un de l'autre pour laisser passer les bêtes, chacun d'entre eux étant lui-même troué d'une porte à dimension humaine aménagée pour éviter l'ouverture totale de l'entrée à chaque fois qu'un palefrenier ou un jardinier devait se déplacer entre l'intérieur et l'extérieur. Si la grande porte se fermait de l'intérieur à l'aide d'une barre de métal, les petites portes étaient plus accessibles, laissées closes par un petit loquet que l'on pouvait ouvrir en glissant une tige tordue au travers les interstices entre les planches de bois. Lens s'appliqua à trouver le bon angle pour glisser l'un de ses outils de crochetage, puis ne put s'empêcher de sourire en entendant le déclic libérateur.

Il poussa calmement la porte, pria pour qu'elle ne grince pas. Heureusement pour lui, les gonds avaient été récemment huilés. Lens avait oublié de vérifier ce détail lors de son inspection du jour, mais il avait à moitié parié là-dessus : si Janus voulait pouvoir s'absenter de sa demeure à toute heure sous couvert d'anonymat pour régler ses affaires à l'extérieur, il fallait qu'il puisse le faire silencieusement, et l'accès des écuries était idéal pour cela. Mais c'était tout de même une heureuse confirmation qui mit l'assassin en confiance. Il analysa rapidement les lieux du regard, ne sentant rien d'autre que le foin et les relents de fumier propres à l'endroit. Cela lui fit froncer les sourcils : qu'espérait-il sentir de plus ? Il devait se concentrer et éviter de divaguer, car il se rapprochait de son objectif. Il prit soin de refermer la porte en remettant le loquet, et s'avança à pas de loup jusqu'à l'accès au manoir à proprement parler. Les montures s'agitèrent un peu à son passage, aussi il évita de s'éterniser à côté des boxes. Le passage vers la demeure était ouvert, encombré de caisses pleines de bouteilles vides et de sacs en toile de jute contenant du grain. L'assassin entendit du bruit, se cacha aussitôt de manière à pouvoir observer la porte tout en étant difficilement repérable. Un nain apparut dans l'embrasure, posa une autre caisse en marmonnant, puis s'éloigna aussitôt. Lens attendit que les pas résonnent suffisamment loin pour se ruer à l'intérieur et atteindre le mur le plus proche. Il essaya de faire concorder, à la vision qu'il avait des couloirs sombres, le souvenir des lieux qu'il avait mémorisé plus tôt.

L'accès à l'étage était devant lui. Il lui suffisait de longer le vestibule et d'atteindre l'escalier. Cependant, il sentit un léger courant d'air au niveau de la porte donnant sur la cour intérieure : elle avait été mal refermée, et une légère pression de la main suffit à Lens pour éloigner le battant de son cadre. Étant donné qu'il n'avait aucune idée de la configuration de l'étage, il se dit que le meilleur choix à présent était encore d'escalader le balcon. L'assassin se glissa à l'extérieur, referma la porte sans la claquer, puis se faufila le long des murs en passant sous les fenêtres, si bien qu'il se retrouva une minute plus tard en bas du balcon de Janus. Un tressage de bois avait été apposé au mur pour permettre à des plantes grimpantes aux fleurs oranges de pousser : il en tira avantage en se servant des trous comme appuis pour ses mains et ses jambes. Les étoiles veillaient sur lui d'une lumière bienveillante, scintillant faiblement au passage d'une nuée perdue. Aucun éclairage ne provenait du bâtiment : tout le monde semblait profondément endormi, et ceux qui ne l'étaient pas auraient bien aimé l'être. Lens se sentit quelque peu déstabilisé à un moment de sa progression, en constatant que le bois s'était fendu et qu'un pan du tressage penchait légèrement sous son poids ; aussi, il accéléra l'allure et se jeta presque sur le balcon, faisant le mort pendant bien deux minutes le temps d'écouter les bruits alentours et d'évaluer si son escapade avait été détectée ou pas. Mais rien ne se produisit, aussi il commença à crocheter la porte du balcon. Les outils de métal carillonnaient en s'entrechoquant, provoquant une mélodie diffuse que seule une ouïe attentive aurait été apte à détecter : aucun risque que Janus, s'il se trouvait bien derrière, ne l'entende dans son sommeil. L'entreprise prit son temps, mais fut un succès, et le verrou fut vaincu. Lens empoigna l'une de ses dagues de sa main droite, plaqua sa main gauche contre le battant, puis poussa la porte et avança dans la pièce.

Si Sire Janus n'était pas membre de la noblesse propre à son sobriquet, il avait en tout cas une chambre à coucher qui lui faisait honneur. Des meubles en bois précieux, des bibliothèques largement fournies, un lit somptueusement décoré, une statue de Naga armée d'un saï...

Il écarquilla les yeux et se redressa d'un bond en se rendant compte que si le Naga jurait avec le décor, c'était parce qu'il n'en faisait pas partie. C'était sans doute le garde du corps personnel de Janus, quoiqu'il ne lui ait pas semblé apercevoir de Naga armé lors de la réception, et que l'homme-serpent se tenait dans une drôle de position pour un garde du corps... Mais mieux valait ne pas prendre de risque : Lens prit une deuxième dague dans sa main gauche et se plaça en posture défensive, prêt à battre en retraite sur le balcon si les choses devaient mal finir. Face à un adversaire inconnu, il valait mieux ne pas foncer tête baissée.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Sam 7 Fév 2015 - 12:05

L'Humain qui s'infiltra alors dans la chambre aurait très bien pu être un garde, mais beaucoup de choses indiquaient à Ssyxlat'h que ce n'en était pas un. Déjà, il avait dû crocheter la porte. Un garde, au pire, aurait eu un double des clés, mais n'aurait pas crocheté la porte. Et puis l'homme poussa la porte lentement. Alors un garde aurait pu la pousser ainsi pour ne pas réveiller Janus, mais pourquoi rentrer dans la chambre du maître des lieux si ce n'est pour l'alerter d'un danger, auquel cas il ne chercherait pas à se faire silencieux ? Et au lieu des clés de la porte, l'homme tenait une dague. Troisième indice. Et puis, il n'avait pas du tout la tenue d'un garde, mais plus celle d'un cambrioleur – ou d'un voyageur, selon le contexte.
Bref, un homme qui crochète la porte, entre silencieusement, avec une dague à la main et une tenue sombre et souple, dans la chambre du maître des lieux, non, ce ne pouvait pas être un garde.

Mais alors la question se posait : que faisait-il ici ? Etait-il venu assassiner Janus lui aussi ? Il avait une dague, c'est doncla première chose à laquelle pensa Ssyxlat'h.
Apercevant le Naga, l'Humain dégaina même une seconde dague de la main gauche dans une posture défensive.

Ssyxlat'h tira sa langue pour renifler son vis-à-vis. Puis, se retenant bien de siffler, il écarta les mâchoires pour déployer ses deux crochets. Sa queue ondula au sol un peu nerveusement. Il resta ainsi pendant trois bonnes secondes pour afficher son hostilité sans un mot, puis referma lentement les mâchoires.

L'assassin-serpent avait maintenant un problème. Même s'il chassait l'autre et commettait seul l'assassinat pour pouvoir s'en attribuer la récompense, il laisserait un témoin. Il murmura :

SSYXLAT'H – Referme cette porte, lentement. Pose tes dagues sur ce meuble (il indiqua un meuble d'un geste du museau), et approche-toi lentement et silencieusement.

Ssyxlat'h devait neutraliser cet inconnu. Il ne le tuerait pas, du moins pour le moment n'avait-il pas encore de raison de le tuer. Une idée un peu perfide se forma dans sa tête.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Sam 7 Fév 2015 - 21:17

Le Naga tira la langue. Une langue de serpent. Lens n'y connaissait pas grand chose aux serpents, et les seuls Nagas qu'il avait eu l'occasion de rencontrer ces dix dernières années étaient des esclaves ou des domestiques. Était-ce un signe de défi ? Une moquerie quelconque ? Lens se sentit quelque peu déstabilisé. Son inconfort grandit lorsque l'autre mit en valeur ses crocs tout en faisant onduler sa queue au sol de manière un peu turbulente.

- Referme cette porte, lentement, dit le Naga après avoir lentement refermé ses mâchoires.

Lens supposa que son interlocuteur était un mâle au son de sa voix. Il n'avait qu'une connaissance limitée de la race Naga, mais il lui semblait que les individus mâles et les individus femelles ne se différenciaient pas facilement de par leur apparence physique.

- Pose tes dagues sur ce meuble, et approche-toi lentement et silencieusement.

Et puis quoi, encore ? L'assassin trouva cette situation fort curieuse, surtout qu'il n'avait toujours pas tranché quant à l'identité probable de son vis-à-vis. Était-ce un garde ? Si oui, c'était très étrange, pour toutes les choses qu'il avait pu noter avant, et maintenant pour la manière dont celui-ci s'adressait à lui. Un garde se serait sans doute rué sur lui, ou aurait donné l'alerte, mais n'aurait pas demandé à ce que Lens referme lentement la porte du balcon. Était-ce par soucis de respecter le repos de Janus ? Très peu probable : si Janus avait posté un garde dans sa chambre, cela aurait justement été pour être réveillé le plus vite possible en cas de danger. Mais à supposer que ce Naga n'était pas un garde, qui était-il ? Ainsi positionné par rapport au lit, arme à la main, ce n'était surement pas le service de chambre. Son esprit lui jouait-il des tours ? Si Janus avait été adepte de la magie des illusions, Vender en aurait informé Lens, d'autant plus qu'animer un être doté de parole aussi bien ne devait pas être à la portée de tous les apprentis sorciers. Que restait-il comme choix ? Un autre assassin chargé de faire la peau à l'esclavagiste ? Quelles étaient les chances ? C'était rocambolesque, mais cela semblait être l'hypothèse la plus plausible à cet instant.

Si le Naga était bel et bien un assassin chargé d'éliminer Janus, Lens n'avait qu'à rebrousser chemin, s'enfuir par le balcon, se ruer hors du jardin intérieur puis passer en trombe par les écuries, courir de toutes ses forces puis passer les haies et détaler encore et toujours jusqu'à sa monture. Si des gardes le prenaient en chasse, il les sèmerait à la faveur de l'obscurité relative. Vender avait chargé Lens de la mort de Janus, mais si Janus mourait par les mains de quelqu'un d'autre, Vender n'en serait pas spécialement ému ; au plus il demanderait à Lens de faire une enquête quant au second assassin, afin de savoir si un potentiel concurrent esclavagiste de Telbara avait décidé de prendre du galon, et ce faisant, ne manquerait pas tôt ou tard d'empiéter sur ses platebandes. Ainsi Lens avait tout intérêt à s'informer maintenant quant à l'identité du Naga ; et puis, si les choses tournaient mal, Lens était prêt à parier qu'en s'échappant par le balcon, il n'aurait aucun mal à semer l'homme-serpent.

- Eh bien, eh bien, dit Lens d'une voix juste assez audible, sans bouger d'un pas. Je vois que je tombe mal, Sire Janus semble être un homme terriblement occupé. Je suis confus, je pensais m' "entretenir" avec lui en tête à tête. Mais vous étiez le premier, à vous l'honneur.

Si Lens n'était par contre laisser sa cible au Naga, il ne se laisserait en revanche pas donner d'ordre par une race qu'il avait toujours vu avec des fers aux bras et à la queue. Surtout si l'individu se décidait à le tutoyer. Peut-être était-ce le fait de fréquenter la noblesse humaine, mais Lens avait pris des habitudes de réserve lorsqu'il apostrophait les gens.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Dim 8 Fév 2015 - 11:03

LENS – Et bien, et bien... Je vois que je tombe mal, Sire Janus semble être un homme terriblement occupé.

L'Humain prenait lui aussi garde à parler d'une voix qui fut à peine audible pour le Naga. Il chuchotait si bien que pour l'homme-serpent, avec son sens de l'ouïe faible, il était difficile de percevoir ce qu'il disait.

LENS – Je suis confus, je pensais “m'entretenir” avec lui en tête à tête.

Cette petite phrase, avec l'accent sur le verbe “s'entretenir”, confirmait bien l'évidence : cet homme était lui aussi venu pour assassiner Janus. Des fois, les coïncidences sont vraiment fortes : quelles étaient les probabilités que Janus se retrouvât avec deux assassins dans sa chambre pendant son sommeil, dans la même nuit, au même moment ? Proprement infinitésimales. Au pire, l'un des deux assassins aurait pu arriver, certes dans la même nuit, mais après l'autre. Non, là, les deux se retrouvaient ensemble dans la chambre. C'était une situation totalement inédite pour Ssyxlat'h, et il y avait fort à parier qu'elle l'était aussi pour son vis-à-vis. De façon générale, combien d'assassins au monde avaient connu cette situation ?

LENS – Mais vous étiez le premier, à vous l'honneur.

Non non non, il n'allait pas s'en tirer comme ça, lui ! Qu'espérait-il ? Que Ssyxlat'h fasse la bêtise d'un assassin débutant, de se salir les mains sans nettoyer derrière lui ? A partir du moment oùles deux assassins étaient entrés dans cette chambre en même temps, ils étaient impliqués tous les deux. Soit l'un tuait l'autre, mais Ssyxlat'h n'avait pour le moment aucune raison de tuer l'autre assassin, soit ils coopéraient. Ou alors il y avait une troisième option, à laquelle réfléchissait l'assassin-serpent.

Cet idiot d'Humain n'avait toujours pas refermé la porte proprement derrière lui. N'importe quel garde qui passerait en voyant cette porte entrebaîllée se poserait des questions, d'autant que Janus ne sortait probablement pas par la porte côté balcon s'il avait un besoin nocturne pressant. En fait il ne devait même pas quitter la pièce, puisque comme tout noble, il devait avoir son pot de chambre quelque part.

Ssyxlat'h se répéta donc, s'efforçant de ne pas siffler et de continuer à chuchoter :

SSYXLAT'H – Je t'ai dit de refermer cette porte lentement, idiot, avant qu'un garde ne remarque l'entrebaîllement. Pose tes dagues sur ce meuble, et approche silencieusement, les mains derrière la tête, en évidence. Maintenant.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Dim 8 Fév 2015 - 12:03

- Je t'ai dit de refermer cette porte lentement, idiot, avant qu'un garde ne remarque l'entrebaîllement. Pose tes dagues sur ce meuble, et approche silencieusement, les mains derrière la tête, en évidence. Maintenant. dit le Naga en chuchotant.

Lens eut la confirmation que le Naga n'était pas un garde. Enfin, un garde qui se ferait passer pour autre chose qu'un garde dans le but d'endormir la confiance d'un intrus, c'était trop subtile pour être envisageable. Et puis, le fait que deux assassins se trouvent dans la même pièce au même instant pour la même cible était plutôt cocasse, voire presque drôle. En revanche, Lens n'apprécia pas du tout de se faire traiter d'idiot. Il fit une moue désapprobatrice, décida d'abattre certaines de ses cartes. Après tout, le dialogue était plutôt mal engagé pour que l'assassin en apprenne plus sur l'identité de son congénère. Il fallait changer la donne s'il espérait rendre le Naga plus loquace.

- Doucement avec vos grands airs, dit Lens sur le même ton quoiqu'un peu nerveux, en pointant le Naga de son index droit, le manche de la dague toujours dans son poing, la lame à l'horizontale. Je vous ferais remarquer que si un garde remarque l'entrebaîllement, je ne serai pas le plus embarrassé de nous deux. Il abaissa sa dague, désigna la porte de la chambre donnant sur le manoir d'un mouvement de tête. Jusqu'à preuve du contraire, vous avez dû accéder à la chambre par l'escalier, et jusqu'à preuve du contraire c'est par là que les gardes rappliqueront s'il y a du grabuge. Quant à moi je n'ai que trois pas à faire et un peu d'acrobatie pour me retrouver un étage plus bas.

Lens jeta un coup d’œil par la porte du balcon, vérifia qu'aucune lumière ne s'était allumée dans le manoir.

- Il y a au moins vingt gardes. Nous exerçons vraisemblablement la même profession, et je ne suis pas né de la dernière pluie. Pourquoi m'exécuterais-je ? Si je me rapproche de vous, j'ai toutes les chances d'être victime de l'un de vos coups-bas. Autant vous dire : si je donne l'alerte, vous ne sortirez pas d'ici vivant. Si vous m'attaquez, je donne l'alerte. Arrêtez de me donner des ordres et nous pourrons peut-être commencer à discuter comme des gens civilisés.

Lens hésita un instant avant de refermer la porte du balcon, sans la claquer, un peu comme la porte du jardin intérieur. Si les choses tournaient au vinaigre, Lens n'aurait même pas besoin d'appuyer sur la poignée pour l'ouvrir à nouveau.

- Voilà tout ce que vous obtiendrez de moi tant que je n'aurai pas un gage de votre bonne foi, ou de votre mauvaise foi, à vous de voir.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Lun 9 Fév 2015 - 11:49

L'homme dut sentir le piège, car il fit une moue désapprobatrice. Même s'il était compréhensible qu'il ne voulût pas s'approcher en se désarmant, il aurait au moins pu fermer la porte. Il pointa le Naga du doigt, sa dague serrée dans la même main :

LENS – Doucement avec vos grands airs. Je vous ferai remarquer que si un garde remarque l'entrebaîllement, je ne serai pas le plus embarrassé de nous deux.

Ssyxlat'h ne comprit pas bien pourquoi il disait cela. Si les gardes rappliquait, ils seraient tous les deux dans le même pétrin. Et ce fichu assassin Humain faisait tout pour en laissant la porte entrebaîllée, et en discutant les ordres de Ssyxlat'h au risque de réveiller Janus. Avait-il le culot de se croire en position de force ? Il fit un geste de la tête vers la porte par laquelle était entré le Naga.

LENS – Jusqu'à preuve du contraire, vous avez dû accéder à la chambre par l'escalier, et jusqu'à preuve du contraire c'est par là que les gardes rappliqueront s'il y a du grabuge. Quant à moi je n'ai que trois pas à faire et un peu d'acrobatie pour me retrouver un étage plus bas.

L'Humain avait dû sans doute trouver un moyen de grimper au balcon. Une manœuvre qui, sans des prises d'appuis adéquates, était impossible pour l'homme-serpent. En revanche, descendre posait moins de problème. Ssyxlat'h n'était pas un “acrobate”, mais avec ses écailles et son corps de serpent, il ne se ferait pas bien mal en se jetant du balcon pour se réceptionner sur le carrelage du hall d'entrée. L'Humain se berçait d'illusions, comme si aucun garde ne le verrait s'enfuir par le balcon et comme si le Naga se retrouverait forcément piégé. Soit cet assassin était un amateur, soit il pêchait par excès de confiance.
Il jeta un coup d'œil à l'entrebaîllement de la porte, puis reprit :

LENS – Il y a au moins vingt gardes. Nous exerçons vraisemblablement la même profession, et je ne suis pas né de la dernière pluie. Pourquoi m'exécuterais-je ? Si je me rapproche de vous, j'ai toutes les chances d'être victime de l'un de vos coups-bas. Autant vous dire : si je donne l'alerte, vous ne sortirez pas d'ici vivant. Si vous m'attaquez, je donne l'alerte. Arrêtez de me donner des ordres et nous pourrons peut-être commencer à discuter comme des gens civilisés.

Mais bon sang, il ne voulait pas se taire cet imbécile ! Ssyxlat'h surveilla Janus du coin de l'œil tout en gardant une attention sur l'assassin Humain. Avec cet imbécile qui faisait une tirade, Janus était susceptible d'être réveillé par les chuchotements. La queue de l'homme-serpent ondula au sol sous la crispation. L'Humain referma la porte enfin, mais sans laisser le loquet se loger dans sa fente. La porte pouvait ainsi être réouverte sans besoin de tirer sur la poignée.

LENS – Voilà tout ce que vous obtiendrez de moi tant que je n'aurai pas un gage de votre bonne foi, ou de votre mauvaise foi, à vous de voir.
SSYXLAT'H – Mais tais-toi, à moins que ton but ne soit de le réveiller ! Si cela arrive, tu n'as pas plus de chances que moi de t'en sortir, et si tu sonnes l'alerte, tu es mort, que ce soit par les gardes ou par moi.

Ssyxlat'h mit un temps de silence, afin de laisser le sommeil de Janus redevenir stable et profond, espérant que cette fois, l'assassin Humain allait avoir l'intelligence de se taire plutôt que de répliquer tout de suite. Quand Ssyxlat'h lui-même se sentit moins anxieux sur le sommeil de Janus, il reprit la parole :

SSYXLAT'H – Si tu es là pour la même chose que moi, alors vas-y, fais maintenant tant qu'il dort toujours. Il n'est pas question que je me salisse les mains pendant que tu prends la fuite au risque de te laisser sonner l'alerte. Et, « jusqu'à preuve du contraire », c'est toi qui es du côté du balcon et moi du côté de l'escalier.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Lun 9 Fév 2015 - 13:32

- Mais tais-toi, à moins que ton but ne soit de le réveiller !

Lens rendait le Naga nerveux. C'était le meilleur moyen pour qu'il se compromette. L'assassin humain avait assez peu l'habitude de bavasser au chevet de ses victimes, mais la situation était quelque peu exceptionnelle. Encore que, si Lens provoquait trop le Naga, restait la possibilité qu'il y laisse quelques plumes. Il en avait peut-être trop dit d'un coup.

- Si cela arrive, tu n'as pas plus de chances que moi de t'en sortir, et si tu sonnes l'alerte, tu es mort, que ce soit par les gardes ou par moi.

Cela restait à voir. Lens avait confiance quant à ses avantages ; une chose était certaine, c'était qu'il serait nettement défavorisé s'il bougeait de sa position. Le Naga se tut un moment, et Lens jugea bon d'en faire autant : la respiration de Janus finit par se faire plus régulière. Il fallut quelques instants de plus au Naga pour se décider à reprendre la parole :

- Si tu es là pour la même chose que moi, alors vas-y, fais maintenant tant qu'il dort toujours. Il n'est pas question que je me salisse les mains pendant que tu prends la fuite au risque de te laisser sonner l'alerte. Et, « jusqu'à preuve du contraire », c'est toi qui es du côté du balcon et moi du côté de l'escalier.

L'assassin Naga retournait ainsi la proposition de Lens de manière déguisée. Que de politesse ! Qui aurait pensé cela entre deux potentiels rivaux ? Personne, et à raison : Lens ne ferait pas un pas. S'il se rendait de l'autre côté du large lit pour faire son office, le Naga aurait tout le loisir de serpenter jusqu'au devant du lit pour le prendre à revers et lui couper l'accès aux deux portes. Un assassin n'a pas l'habitude de laisser des témoins en vie sur le lieu de son office, et c'était ce pourquoi deux des endroits de prédilection de la profession étaient les lieux obscurs et les lieux très densément fréquentés. Le premier évitait les victimes collatérales, le second créait une confusion propice à éviter les effusions de sang inutiles, car l'assassin avait tout le loisir de disparaître dans la masse avant que quiconque n'y comprenne quelque chose. Mais donc, le Naga voudrait surement le tuer à la première occasion ; Lens, de la même manière, n'aurait que peu de scrupule à neutraliser l'homme-serpent, bien qu'il n'en fasse pas une priorité, compte tenu du fait qu'étant loin de sa "juridiction", il ne craignait pas que celui-ci remonte jusqu'à lui dans le futur. D'ailleurs, ce serait suicidaire pour un Naga vraisemblablement libre de s'aventurer dans les terres esclavagistes du Nord. Mais il lui tenait toujours grief des familiarités qu'il avait eu à son égard : insultes et irrespect malvenu.

En tout cas, à force de se rejeter l'un l'autre la tâche ingrate, ils finiraient par laisser Janus en vie, et ce serait le comble, compte tenu du mal qu'ils avaient dû se donner tous les deux pour l'atteindre.

- Nous voulons tous deux la mort de Janus au moins autant que nous voulons la mort de l'autre, finit par marmonner Lens après quelques instants, à l'intention du Naga. Et nous savons très bien que la moindre erreur de l'autre lui sera fatale. Alors, que fait-on ?

Si une issue positive se dessinait, Lens aurait des chances d'en apprendre plus sur l'identité de son confrère. Car pour l'instant, il se voyait mal lui demander ne serait-ce que son nom.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Lun 9 Fév 2015 - 19:08

L'assassin Humain parut réfléchir un instant. Il devait craindre un coup-bas de la part du Naga s'il lui obéissait. Quelque part, il avait raison, mais pas entièrement : il pensait sans doute que Ssyxlat'h le tuerait, or le Naga avait bien quelque chose derrière la tête, mais pas de le tuer. Quelque chose de plus perfide. Ou de plus stupide. En réalité, à bien y réfléchir, l'idée de Ssyxlat'h n'était peut-être pas la meilleure.
Mais alors, s'il laissait l'assassin Humain en vie, que faire concrètement ?
C'était une situation débile : ils avaient exactement le même objectif, et il était à portée de main pour tous les deux à cet instant même. La logique voudrait qu'ils coopèrent simplement. Janus serait mort et ils seraient tous les deux contents. Seulement, leur activité les poussaient tous les deux à se méfier de l'autre. Chacun voyait en l'autre un potentiel témoin susceptible de le dénoncer.

LENS – Nous voulons tous deux la mort de Janus au moins autant que nous voulons la mort de l'autre. Et nous savons très bien que la moindre erreur de l'autre lui sera fatale. Alors, que fait-on ?

Ssyxlat'h ondula encore sa queue nerveusement à ces mots. « Autant que nous voulons la mort de l'autre », venait de dire l'assassin Humain. Ssyxlat'h ne pouvait donc pas lui faire confiance. Si cette phrase confirmait que l'Humain le soupçonnait – à tort – de vouloir le tuer, elle annonçait aussi que lui-même avait l'intention de tuer Ssyxlat'h. Comment réagir à cela ? Tuer ou être tué, Ssyxlat'h avait vécu sous ce précepte dans le Royaume de Telbara pendant un an avant de se trouver de vrais contrats d'assassinat. Comment ne pas être tenté de l'appliquer maintenant en tuant cet assassin Humain ?

SSYXLAT'H – Tu m'as demandé un gage de bonne foi, et à l'instant tu me révèles avoir l'intention de me tuer.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Lun 9 Fév 2015 - 22:35

- Tu m'as demandé un gage de bonne foi, et à l'instant tu me révèles avoir l'intention de me tuer.

Le Naga agitait nerveusement la queue. Il n'était vraiment pas à l'aise. Cela sembla curieux à Lens : il aurait pensé qu'en tant qu'assassin, l'homme-serpent aurait fait preuve de davantage de sang froid quant à leur conversation.

- Eh bien, compte tenu du fait que vous ne m'avez toujours pas donné ce fameux gage...

Lens scrutait curieusement l'homme-serpent, d'un regard presque affectueux. Avait-il peur ? Tentait-il de se mettre à l'aise en proférant des menaces, en détournant toujours la conversation pour se donner l'impression de la mener ? D'abord les ordres, maintenant les accusations. D'autant plus que le Naga semblait choqué de cette "révélation", du fait que Lens envisageait de le supprimer : mais, quel assassin Lens avait-il en face de lui pour qu'il s'indignât ainsi, qu'il croit que tuer n'était pas une intention naturelle dans le métier, une éventualité d'autant plus à considérer que la situation était unique ? Donner la mort, c'était une pulsion normale, qui existait chez n'importe quel être vivant ; alors, faire un procès d'intention à un assassin sur son éventuelle envie d'éliminer quelqu'un qui l'importunait, alors même que cette envie était vraisemblablement réciproque chez l'autre... D'autant plus que Lens voulait savoir qui était l'employeur de l'homme-serpent, et qu'il le saurait plus facilement en laissant le Naga en vie. Mais ça, le Naga ne pouvait évidemment pas le savoir, et Lens ne tenait aucunement à le lui révéler. Déjà que Lens était celui des deux à parler le plus, donc à risquer le plus de se compromettre..

- Allons, ne me faites pas croire que vous êtes outré. Ne me faites pas croire que vous avez, au fond de vous, un désir inavoué de m’enlacer des deux bras, sans que cela ne soit secondé par quelque arrière pensée hostile.  Il rangea la dague qu'il avait empoignée en main gauche à sa ceinture, le manche positionné de sorte à pouvoir la reprendre rapidement en cas de besoin. Il avait toujours son autre dague dans la main droite. A cet instant précis, vous vous opposez à mon objectif, alors oui, vous tuer est une option. Et je pense que le calcul est le même chez vous. Vous, vous ne me "révélez" rien, comme vous dites, mais n'en pensez pas moins.

Lens fit une pause, s'assura que Janus dormait toujours.

- Que les choses soient claires. Je ne veux pas d'effusion de sang inutile, mais je n'hésiterai pas à vous faire la peau si j'y suis contraint, et à me défendre si vous m'attaquez. Sinon, on peut s'en tirer tous les deux en vie. Le fait est que vous n'avez toujours pas répondu à ma première question. Il pointa Janus de sa dague. Que fait-on ?

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Mer 11 Fév 2015 - 20:25

LENS – Et bien, compte tenu du fait que vous ne m'avez toujours pas donné ce fameux gage...

Ce gage de bonne foi ? Mais qu'espérait-il, cet abruti ? Est-ce que “gage de bonne foi” signifier “se montrer naïf et imprudent, en somme idiot, et risquer sa vie pour faire plaisir à un rival” ? Et il voulait que Ssyxlat'h fasse cela ? Pour qui le prenait-il ? Cet assassin Humain se berçait d'illusions. Il croyait peut-être qu'il allait pouvoir manipuler le Naga à sa guise. Ssyxlat'h était entré dans cette pièce le premier – à quelques secondes près, certes – etc'est lui qui était sur le point d'assassiner Janus. L'assassin Humain, lui, avait la position du chanceux qui pouvait être spectateur tout en étant le plus proche de la sortie la moins délicate. Ssyxlat'h devait prendre des mesures de précaution. Cet assassin Humain ne pouvait que le comprendre, à moins d'être réellement l'idiot que Ssyxlat'h l'accusait mentalement d'être au figuré.

LENS – Allons, ne me faites pas croire que vous êtes outré. Ne me faites pas croire que vous avez, au fond de vous, un désir inavoué de m’enlacer des deux bras, sans que cela ne soit secondé par quelque arrière pensée hostile.

A partir de maintenant, il ne servait à rien de lui demander de s'approcher de lui. Après tout, la meilleure solution était la collaboration, mais comment les deux assassins pourraient-ils se faire confiance mutuellement ? L'Humain rangea une dague à sa taille, mais garda l'autre en main.

LENS – A cet instant précis, vous vous opposez à mon objectif, alors oui, vous tuer est une option. Et je pense que le calcul est le même chez vous. Vous, vous ne me “révélez” rien, comme vous dites, mais n'en pensez pas moins.

Encore une fois il se trompait, Ssyxlat'h avait bien eu une idée derrière la tête, mais qui n'était pas de le tuer, et qu'il venait de toute façon d'abandonner après une seconde réflexion. Est-ce que cela valait pour autant que Ssyxlat'h se défende ? Tout ce qu'il en tirerait, c'est que l'Humain le prendrait pour un naïf, si ce n'était pas déjà le cas. Il y a moyen de tirer parti d'être pris pour un naïf, mais pour l'instant, Ssyxlat'h se voulait d'être crédible.

Il y eut un nouveau silence pour s'assurer du sommeil de Janus.

LENS – Que les choses soient claires. Je ne veux pas d'effusion de sang inutile, mais je n'hésiterai pas à vous faire la peau si j'y suis contraint, et à me défendre si vous m'attaquez. Sinon, on peut s'en tirer tous les deux en vie. Le fait est que vous n'avez toujours pas répondu à ma première question.

Il illustra ladite question en pointant Janus de sa dague restée en main.

LENS – Que fait-on ?

Ssyxlat'h voulait bien coopérer mais il n'avait pour le moment rien qui pouvait l'inciter à faire confiance à l'assassin Humain. Il resta donc sur sa position de départ : son interlocuteur allait devoir montrer patte blanche.

SSYXLAT'H – Je peux être celui qui ôtera la vie à cet homme, mais je n'en ferai rien tant que tu n'obéiras pas. Je le répète : pose tes dagues sur ce meuble, et mets-toi ici.

Ssyxlat'h fit un signe du museau vers le seul emplacement, dans la pièce, où l'assassin Humain pouvait se placer en se trouvant à la fois dans le champ de vision du Naga, hors de portée de son corps de serpent et suffisamment loin de la porte donnant sur le balcon et du meuble sur lequel Ssyxlat'h venait de lui ordonner de poser ses dagues. Les deux assassins avaient à gagner à ce que l'Humain obéisse. Pour seul geste de bonne foi, le Naga fit glisser son corps de serpent à l'opposé de l'emplacement où il venait d'ordonner à l'Humain de se mettre.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Sam 14 Fév 2015 - 15:16

- Je peux être celui qui ôtera la vie à cet homme, mais je n'en ferai rien tant que tu n'obéiras pas. Je le répète : pose tes dagues sur ce meuble, et mets-toi ici.

C'était du délire. Déjà, le Naga demandait à Lens de lui "obéir". De lui obéir ! Comme si ce serpent fait homme se pensait apte à lui donner des ordres. Non, décidemment, Lens ne pouvait pas "obéir" à un Naga, d'autant plus que l'ordre était un suicide à demi-mot : l'homme-serpent voulait que Lens se désarme puis cède tous ses avantages de terrain en se plaçant à un endroit de la pièce où il n'aurait à portée, ni ses dagues, ni la porte du balcon. C'était du pur délire. Même si le Naga venait de glisser à l'opposé de l'endroit où il voulait que Lens se tienne, il n'y avait décidément aucune raison pratique ou raisonnée pour qu'il s'y place. Certes le Naga ne pourrait pas directement l'attaquer puisqu'il se tenait tout de même à distance respectable... Mais tout de même.

Lens n'avait qu'une envie : rebrousser chemin par le balcon, claquer la porte et filer à toute allure. Le bruit réveillerait Janus, le Naga n'aurait d'autre choix que de le tuer, avant de se faire arrêter, ou pire. Lens ne s'en sortirait peut-être pas non plus, une fois que toute la demeure serait en ébullition. Mais ça, c'était les risques du métier, il les avait acceptés. Tant que l'objectif était accompli... Et c'était là le problème : il ne pourrait pas s'assurer que Janus avait vraiment été tué, autrement que s'il assistait lui-même à la mort de la cible. En temps normal, c'était lui qui la donnait, mais là...

Et si le Naga ne réussissait pas à tuer Janus ? Qu'il se faisait arrêter avant ? Le hasard avait voulu que les deux assassins se rencontrent et se perdent en amabilités pendant tout ce temps, là où chacun d'entre eux séparément aurait déjà fait le travail et se serait enfui sans ennui. Que Janus survive ce soir était contre tout attente une éventualité plus qu'envisageable, et Lens ne pouvait pas en son âme et conscience la laisser se produire. Non, vraiment, il ne pouvait pas trahir la confiance de Vender : il ne pouvait pas partir sans que la tâche soit accomplie.

Lens serra les poings, dodelina de la tête.

- Bon... Eh bien, soit... murmura-t-il en avançant vers le meuble désigné par le Naga.

"Je ne lui obéis pas, je le fais de mon plein gré" pensa Lens pour calmer son égo. Oui, il avait pesé le pour et le contre, et était arrivé à cette décision de manière rationnelle et réfléchie. A cet instant ils s'étaient retrouvés dans une impasse, où chacun campait ses positions. Lens préférait voir dans le fait qu'il ait cédé le premier, non de la faiblesse, mais de l'intelligence. Si le Naga avait été un humain, et qu'il s'était exprimé de la même manière, et qu'il avait donné les mêmes "ordres", Lens en serait venu à la même conclusion. Que le Naga ait prétendu lui donner des ordres n'avait aucun lien, outre une corrélation fortuite, avec le fait que Lens se soit décidé à accomplir ces actes. Et puis de toute façon, la situation dans laquelle se trouvait Lens était presque irréelle, aussi ses actes n'avaient pas à être si mûrement réfléchis. Non, de près ou de loin, qu'il semblât obéir au Naga n'avait aucune implication sur la réalité. Il se posait trop de questions. C'était du pur délire.

Lens contempla le meuble un moment, puis posa une à une chacune de ses dagues sur le meuble, lentement, en veillant à ce que le bruit mat du manche ou celui plus cristallin de la lame soient atténués, afin de ne pas réveiller Janus. C'était du matériel fort bien ouvragé, quoiqu'il n'y attachait aucune valeur sentimentale particulière : bien des fois par le passé Lens avait dû changer d'armes, et Vender lui avait toujours fourni un équipement de qualité. Ce n'était peut-être pas du métal nain, mais ça suffisait pour trancher des jugulaires proprement et sans accroc. L'assassin humain aligna ainsi trois armes sur le meuble. En temps normal, une pour chaque main, plus une de secours. Il les regarda un moment, puis se plaça précautionneusement à l'endroit que le Naga lui avait désigné. Dans le pire des cas, c'était un piège : mais si le Naga avec quelque idée sadique à l'égard de Lens comme il arrivait à tout assassin d'en avoir pour ses victimes, au moins ne manquerait-il pas d'abord d'effectuer son office premier et d'assassiner Janus en bonne et due forme. Lorsque l'esclavagiste agoniserait, Lens aurait tout le loisir de se battre, de fuir, ou de mourir. Pour l'heure, seul comptait l'objectif. C'était dans cette optique qu'il avait cédé du terrain. C'était du délire.

- Voilà, se contenta-t-il de dire en s'adossant nonchalamment au mur.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Jeu 19 Fév 2015 - 16:53

L'assassin Humain eut un temps de réflexion. Ssyxlat'h comprenait pourquoi il lui en coûtait d'obéir, au-delà même de la bête question d'ego. Mais à force d'insister, il sut se montrer péremptoire. L'Humain dodelina de la tête d'un air résigné. Il murmura son acquiescement en grinçant des dents, et Ssyxlat'h le garda bien à l'œil alors qu'il se déplaça vers le meuble pour y déposer ses dagues. Le Naga surveillait le moindre de ses mouvements, s'attendant à une action de dernière seconde. L'assassin Humain n'en fit pourtant rien, il déposa même une troisième dague dissimulée, comme pour montrer sa bonne volonté. Il alla ensuite s'adosser nonchalamment à l'endroit désigné par Ssyxlat'h.

LENS – Voilà.

Bien. Maintenant Ssyxlat'h pouvait assassiner Janus et quitter la chambre en vitesse sans se faire distancer par l'Humain qui ne pouvait plus avoir en tête de sonner l'alarme pour espérer mettre le Naga dans une situation difficile tout en y échappant lui-même.

« Gaaaaaardes ! »

L'assassin Humain n'eut pas à sonner l'alarme. Sysxlat'h tourna la tête avec stupéfaction. Janus venait de se réveiller pile au moment où les deux assassins ne le surveillaient plus. Il n'avait pas fallu plus de deux secondes au noble pour comprendre que les deux intrus dans sa chambre en voulaient à sa vie. Ssyxlat'h réagit avec des gestes précis : il plaqua la gorge de Janus avec la lame d'un saï, et planta l'autre lame en plein cœur. Il retira la lame mortelle en l'essuyant sur les draps, et se précipita vers la porte donnant sur le balcon.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Lens le Lun 20 Avr 2015 - 1:10

- Gaaaaaardes ! cria soudainement Janus avant que le Naga ne fasse son office, non sans un certain professionnalisme.

Lens aurait préféré sectionner la gorge plutôt que de planter le cœur. Un chiffon logé au fond du gosier pour éviter les cris, et la tâche était aussi bien faite. C'était ainsi qu'il réalisait ses performances ces derniers temps ; d'autant plus qu'il avait entendu, il y a quelques mois, au détour d'une conversation de taverne, l'histoire d'un homme dont le cœur ne se trouvait pas à sa place anatomique habituelle, et qui avait ainsi pu survivre avec une épée dans le corps le temps de marcher une dizaine de kilomètres pour trouver de l'aide. Le récit semblait saugrenu, mais avait marqué l'assassin. Et... Pourquoi s'attardait-il là-dessus ? Déjà l'homme-serpent s'élançait vers la porte du balcon pour s'enfuir. Mais c'était prévisible : Lens avait cédé sa place privilégiée, et se retrouvait maintenant en fâcheuse posture pour fuir sereinement. Le point positif était que l'objectif avait été accompli... Mais il y allait bien y avoir du vilain. Il n'aurait peut-être pas à combattre le Naga, mais avoir à se frotter à la garde de Janus l'enchantait d'autant peu.

Se ruer vers ses armes serait peut-être perçu comme un geste agressif par l'homme-serpent. Lens s'en fichait éperdument, mais il n'avait pas envie que les prochaines gouttes de sang qui coulent soient les siennes ; et à supposer que l'affrontement éventuel tourne à son avantage, il préférait autant qu'il y ait deux cibles à pourchasser pour qu'il ait toutes ses chances de sortir de cette demeure en un seul morceau. Il préféra opter pour un geste d'utilité commune et poussa l'une des tables de chevet de Janus contre la porte donnant vers l'intérieur, afin de commencer à barricader celle-ci : de toutes les options de fuite, l'intérieur grouillant de sbires armés semblait la pire, donc autant entraver cette porte pour ralentir leurs poursuivants. Il prit la table jumelle qui se trouvait de l'autre côté du lit et l'emboîta par-dessus la première, entaillant le bois précieux par ses gestes brusques et précipités. De si beaux meubles... Vender ferait la moue. Tant pis. Une fois qu'il jugea la poignée convenablement bloquée, et bien qu'il sut que cela ne tiendrait pas très longtemps, il vérifia d'un œil peu serein que son "collègue" d'infortune avait pris de l'avance, avant de prendre ses armes et s'enfuir à son tour.

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Message  Ssyxlat'h le Lun 27 Avr 2015 - 17:16

L'assassin Humain ne resta évidemment pas planté sur place : la première chose qu'il fit, fut d'aller récupérer ses dagues sur le meuble qu'avait choisi Ssyxlat'h pour l'obliger à se démunir. Dans la situation présente, Ssyxlat'h n'avait pas imaginé une autre réaction de la part de son homologue. Comment pourrait-il prendre cela pour un geste d'hostilité ou d'agressivité ? L'assassin Humain avait simplement envie d'avoir tous les moyens de se sortir de cette panade vivant, et c'était tout à fait normal.

Néanmoins, Ssyxlat'h n'abaissa pas toute sa vigilance à son égard. Il surveilla l'Humain de tout geste mal avisé. Il ouvrit la porte sur le balcon en le voyant aller barricader la porte opposée. Le Naga le laissa assurer ses arrières et se retrouva sur le balcon. Il s'affaissa alors qu'en contrebas, deux gardes couraient vers les escaliers. Ceux-ci se retrouvèrent instantanément derrière un pan de mur. Ssyxlat'h ne fut à la vue d'aucun garde et ne sut combien de secondes cela allait durer. Il prit appui sur le balcon et souleva son corps de serpent par-dessus. Il n'avait pas le choix, il devait se jeter du balcon. Certains Nagas plus agiles que lui auraient la bonne technique pour se réceptionner tout en souplesse. Peu habitué à ce genre d'acrobaties, et dans l'urgence, Ssyxlat'h se laissa tomber de tout son poids.

Son corps de serpent dut amortir un choc assez rude. Cela avait du bon d'avoir une peau d'écailles reptiliennes. L'homme-serpent s'étala au sol mais se mit debout rapidement en ondulant la queue sur le sol glissant. Ssyxlat'h se précipita aussi vite qu'il put du côté du bassin opposé aux portes d'entrée, prévoyant que d'autres gardes feraient irruption dans la salle.

Il entendit des pas. Deux autres gardes se rendirent aux escaliers, mais le Naga perçu les vibrations des pas d'un troisième garde qui s'approchait de lui. Puis un quatrième garde qui, comme le précédent, resta dans la cour d'entrée du manoir et entama une ronde pour surveiller les issues.
Ssyxlat'h arma une fléchette empoisonnée dans sa sarbacane. Dès que le premier des deux fut visible, Ssyxlat'h visa et souffla. Malheureusement, il visa mal et la fléchette se planta dans le plastron de cuir renforcé, sans atteindre la peau. Le garde fut distrait, regardant le projectile qui venait de se planter. Ssyxlat'h se jeta sur lui, saï au clair.

Il voulut enrouler sa queue autour des jambes de l'homme mais le carrelage glissant ralentit son geste et le rendit imprécis ; pourtant, la stupeur du garde joua en la faveur de l'homme-serpent. Il lui plaqua une main sur la bouche et le mordit à la gorge pour injecter son venin somnifère directement. S'il réussit à empêcher le garde de pousser le moindre cri, il ne put faire en sorte que l'autre garde présent n'entende et ne voie rien du tout. Celui-ci ameuta d'autres gardes.

Ssyxlat'h enroula sa queue jusqu'aux hanches du gardes désormais endormi pour s'en servir de bouclier humain, mais il fut cerné par quatre gardes. Le reptile analysa la situation et ne vit aucune échappatoire. Le combat n'était pas envisageable, Ssyxlat'h n'avait aucune chance à un contre quatre gardes entraînés.

SSYXLAT'H – Laissez-moi partir en vie, ou je tue votre camarade.

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Message  Lens le Jeu 14 Mai 2015 - 21:34

Le Naga avait filé vers la porte se situant derrière le bassin de la cour et donnant sur le vestibule. De par l'agitation générale, celle-ci était restée ouverte, et Lens, accroupi sur le balcon, observait les manœuvres de l'homme-serpent ; bien qu'il ait réussi à neutraliser l'un des gardes de Janus, quatre autres étaient venus l'encercler ; d'autres encore surgissaient de portes auxiliaires au niveau de la cour, privant bien vite Lens de tout espoir d'une fuite plus fructueuse que celle de son collègue assassin.

Il retourna à l'intérieur sans refermer la porte du balcon. Un certain grabuge derrière l'accès qu'il avait barricadé lui indiqua l'arrivée d'au moins deux gardes, quelques secondes avant que ceux-ci ne tentent de forcer la porte en criant le nom de leur maître. Lens ne pouvait pas risquer l'affrontement direct, c'était du suicide. En fait, la meilleure chose qu'il lui restait à faire était de se cacher : après tout, les sbires de Janus n'avaient-ils pas déjà attrapé un coupable ? Quel esprit assez vicié pouvait imaginer la situation absurde dans laquelle s'étaient retrouvés les deux assassins ? Les assassins opéraient seuls ; en attraper un, c'était attraper le seul et unique coupable du crime, point final. Lens avait peut-être laissé des traces au niveau de l'écurie lorsqu'il s'était introduit ; mais un homme-serpent laissait surement plus de signes lors de ses déplacements qu'un bipède - à vrai dire, il l'espérait plus qu'il ne le subodorait, et en cet instant cette affirmation lui sembla aussi véridique qu'un calcul sur un livret de comptes bien tenu - aussi, les éventuels indices qu'avait pu laisser Lens seraient sans doute négligés devant ceux qu'avait dû laisser le Naga. En conséquence, Lens ne pouvait tout au plus redouter une présence armée soutenue au niveau de la chambre de Janus qu'au niveau de l'heure qui venait, le temps que diverses analyses soient faites au niveau du corps de l'esclavagiste et qu'on établisse une concordance grossière entre les blessures et les armes du Naga ; si Lens réussissait à se dissimuler durant tout ce temps, alors éventuellement il aurait une maigre fenêtre de sortie. Tant pis s'il n'obtenait pas d'information sur l'employeur de l'homme-serpent. Au mieux, les tortionnaires de Janus auraient tôt fait de questionner l'assassin Naga et de lui faire cracher l'information, et le réseau de Vender ferait le reste pour remonter à la source.

Des puissants coups à la porte ramenèrent Lens à la réalité : où donc espérait-il pouvoir se cacher pendant une heure, alors qu'une vingtaine de gardes devait à présent sillonner frénétiquement en long, en large et en travers l'ensemble de la demeure ? Si une seule pièce dans toute la demeure devait être examinée de fond en comble, c'était bien la chambre de Janus ; or c'était précisément la seule salle à laquelle l'assassin humain avait accès à présent. Pire que ça, il y était pris au piège : prendre la fuite par le balcon était devenu en quelques minutes la pire idée imaginable dans cette situation avec le nombre d'hommes armés au mètre carré qui se trouvaient entre sa position et la porte principale. Escalader la façade pour accéder au tout était peut-être possible, mais ça ne le serait jamais en un temps raisonnable et on aurait tôt fait de le voir et de lui décocher une flèche dans le dos. De fait, alors même que les gardes de Janus n'avaient probablement pas conscience de la présence de Lens dans la demeure, il était déjà condamné.

S'il était fait comme un rat, sa meilleure chance restait de vendre chèrement sa peau. Cependant, s'il se montrait réellement dangereux pour les gardes en présence, ils auraient tôt fait de le neutraliser de manière assez extrême pour que Lens regrette la mort presque paisible que Janus avait connu ; étrangement, sa meilleure chance de survivre en un nombre de morceaux raisonnable était la reddition.

Aussi, lorsque la barricade de fortune commença à montrer ses ultimes forces, Lens se sentit presque serein. Et puis, il était innocent, après tout ?

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Message  Ssyxlat'h le Lun 18 Mai 2015 - 11:49

Les gardes s'échangèrent un bref regard. Ils ne pouvaient pas porter la responsabilité de la mort de leur collègue même si, derrière, leur cible se retrouverait sans plus de défense. Aussi commencèrent-ils à reculer. Ssyxlat'h fit couler sa queue au sol en ne gardant que les chevilles de sa prise fermement serrée, car il avait besoin d'une certaine longueur de corps au sol pour pouvoir ramper. Ce n'était pas du tout évident de se déplacer en tenant un garde endormi. Si le garde avait été éveillé, aucun problème ; mais Ssyxlat'h avait eu la bonne idée de l'empoisonner d'une morsure, et maintenant, ramper avec un garde endormi dans les bras en maintenant ce dernier debout était compliqué.

Le Naga était attentif à la moindre vibration de pas venant de tout autour de lui. Un garde pourrait être tenté d'essayer de l'avoir par derrière, mais le Naga le sentirait. Ssyxlat'h se déplaçait lentement à cause de sa prise qui l'empêchait d'utiliser tout son corps pour ramper. Les gardes se déplaçaient avec lui en maintenant la même distance. Petit à petit, l'assassin se rapprochait de la porte du manoir.

Soudain, une vive douleur fut déclenchée dans son corps de serpent par la perforation d'un projectile. Sifflant de douleur, le Naga tourna la tête. Un carreau d'arbalète. Qui venait de tirer ? Il eut à peine le temps de se poser la question. Deux gardes – celui devant lui et celui derrière lui – se jetèrent simultanément sur l'assassin et réussirent à lui immobiliser les bras en tirant avantage de la distraction causée par le carreau d'arbalète et cette douleur subite.

Le garde endormi fut libéré, et alors que Ssyxlat'h se débattait en sifflant de façon presque stridente, il reçut un coup sec derrière le crâne, qui, à défaut de l'assommer, l'étourdit. Ses bras furent joints derrière le dos et ses poignets furent noués. La tête chancelante et les sens floutés, il comprit tout juste ce qu'un garde lui ordonna tout près de l'oreille : ne pas opposer de résistance. Ssyxlat'h reprit mieux conscience quand on lui retira brusquement le carreau d'arbalète de la queue. Du sang se répandait lentement sur ses écailles, et le Naga fut tiré de force vers un lieu qu'il pouvait imaginer. C'est en tournant la tête qu'il le vit : un cinquième garde était arrivé dans la cour par une autre issue et ne s'était pas approché, le Naga ne l'avait donc pas perçu par les vibrations du sol, et ce garde s'était placé hors de son champ de vision. Il mériterait une médaille, car sans son intervention, Ssyxlat'h aurait eu une chance de s'en sortir.

D'autres gardes les rejoignirent. Ssyxlat'h resta impassible en voyant l'assassin Humain parmi eux, lui aussi poignets liés dans le dos. Rien ne lui permit de deviner qu'il s'était en fait rendu de lui-même. Les deux assassins traversèrent un couloir, descendant parfois quelques marches pas assez nombreuses pour former un véritable escalier. Après quelques virages, ils arrivèrent au bout de l'ultime couloir. Une grille servait de porte. De l'autre côté, une salle carrée plongée dans le noir. Un garde alluma une torche et passa devant pendant que l'on fit s'arrêter les deux assassins. La salle mesurait sept mètres de côté et était entièrement vide, à l'exception de dix torches murales et trois autres torches accrochées à des piliers en triangle au centre de la salle. Le garde alluma justement ces treize torches qui suffisaient à éclairer toute l'aire. Le sol de cette salle était en contrebas d'un petit mètre, et six petites marches permettaient de se mettre au niveau de la grille. Le garde était donc descendu par ses six marches, et les reprit pour revenir dans le couloir maintenant qu'il avait allumé l'intérieur de la salle. L'assassin Humain eut les poignets libérés et fut forcé à descendre dans la salle. Puis, Ssyxlat'h vit à son tour ses liens aux poignets défaits, mais lui, fut beaucoup moins poliment invité à entrer dans la salle. Un garde lui enfonça un violent coup de genou en plein ventre. Le Naga fut ensuite frappé dans le dos, et jeté dans la salle comme une ordure. Chutant d'un mètre, l'homme-serpent s'étala au sol de tout son long ; il siffla et se tortilla sous la douleur. Les gardes refermèrent la grille et la verrouillèrent.

Un garde – Vous allez séjourner ici en attendant qu'on décide quoi faire de vous.

Un garde fut désigné pour jouer le premier la sentinelle juste devant la porte de la cellule de quarante-neuf mètres carrés.

Le Naga arrêta de se tortiller, et se mit sur le ventre pour se relever debout. Il s'épousseta, grimaça un peu, puis tira la langue pour renifler l'air. Un peu la poussière et le renfermé, mais aussi l'urine et les déjections. Cela faisait sans doute quelques mois que cette salle n'avait pas servi et les odeurs restaient trop faibles pour un odorat n'étant pas du niveau de celui d'un Naga ou d'un Homme-lézard. Elles avaient en tout cas une signification : tant qu'ils seraient prisonniers ici, les deux assassins n'auraient aucune intimité et devraient satisfaire leurs besoins naturels dans un coin à la vue de l'autre. Ils n'avaient non plus aucune couche, aucune paillasse pour dormir. Aucune bassine d'eau, aucune fenêtre. Rien de rien. Et le garde posté devant la grille pouvait entendre tout ce qu'ils disaient, d'autant que les sons ne manquaient pas de résonner dans cette pièce.

SSYXLAT'H – Ca sent l'urine et les excréments, ici. Nous savons tous deux ce que cela signifie.

Le Naga inspecta plus avant cette salle, même s'il était déjà sûr qu'il n'y avait rien à voir.

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Message  Lens le Lun 25 Mai 2015 - 0:44

Lorsque les gardes entrèrent dans la chambre de Janus, ils eurent une brève expression d’incompréhension en voyant Lens calmement adossé contre le mur, mains derrière la tête, les armes posées en évidence, alignées, sur le lit. Certes, les gros bras de l'esclavagiste ne manquèrent pas de fouiller l'assassin à nouveau, mais ils semblèrent presque déçus de ne rien trouver. Ils l'encadrèrent et l'invitèrent fortement à coopérer, ce qu'il fit sans broncher. Jusqu'à ce qu'ils arrivent au hall, ils le harassèrent de question, mais Lens ne dit pas un mot, ce qui finit par les faire taire. L'agitation ambiante générait un certain vacarme : toutes les sentinelles s'apostrophaient, et le fait d'avoir trouvé deux intrus motiva une fouille complète de toute la demeure. Lens finit par se retrouver aux côtés de l'Homme-serpent, qui avait visiblement été blessé au cours de sa tentative de fuite. Ils furent conduits dans un dédale de couloirs exigus qui tendaient à s'enfoncer dans la terre au fil des degrés épars qu'ils rencontraient. Quelques minutes plus tard, les deux assassins se retrouvèrent, "en attendant que l'on décide quoi faire d'eux", enfermés dans une salle d'une cinquantaine de mètres carrés, nue hormis trois piliers qui trônaient en triangle en son centre, et un escalier de six marches qui menait aux couloirs. Des torches avaient été allumées pour l'occasion, et les allures austères de la salle laissaient suggérer à Lens qu'elle n'avait pas été utilisée depuis un certain temps. Mais peu de doute subsistait quant à son utilisation habituelle : après tout, peu de pièces étaient refermées par des grilles et manquaient des commodités les plus élémentaires.

- Ca sent l'urine et les excréments, ici. Nous savons tous deux ce que cela signifie.

A vrai dire, Lens ne vit pas où voulait en venir le Naga. N'avait-il jamais vu de cachots ? Ceux-là étaient plutôt spacieux. Qu'ils aient contenu un pot de chambre, une couche ou un baquet d'eau, et Lens aurait pu s'y reposer avec aise.

- J'espère que nous ne resterons pas ici assez longtemps pour que j'aie à vous indisposer de mon anatomie dit Lens sur le ton de la plaisanterie, avec une subtile pointe de sarcasme.

En réalité, le plus inconvenant dans cette situation n'était pas le fait d'être emprisonné sans intimité. Lens ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine amertume envers le Naga, sans qui il serait déjà au galop sur la route du retour. Et puis, il se sentait un peu comme dans l'une des cellules de Vender, devant lesquelles il était passé si souvent, regardant passivement les marchandises de son bienfaiteur ; sauf qu'en ces moments, il avait toujours été du bon côté des barreaux.

- Si vous avez une idée géniale, ce serait bien le moment, marmonna-t-il d'un ton las.

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Re: L'homme qui s'était trouvé des ennuis

Message  Ssyxlat'h le Lun 8 Juin 2015 - 11:54

LENS – J'espère que nous ne resterons pas ici assez longtemps pour que j'aie à vous indisposer de mon anatomie...

C'est bien, l'assassin Humain ne lui en voulait pas plus que cela. Ssyxlat'h s'attendait à être molesté par son homologue qui pourrait le tenir coupable de leur situation. Dans les faits, seul une bien énorme coïncidence était à accuser. Par la suite, les deux assassins avaient tergiversés et perdu du temps devant le corps endormi de leur cible. Voilà ce qui avait été la cause de leur mise au cachot, mais cela, ils étaient deux à devoir se le reprocher, pas un plus que l'autre. Bien sûr, par impulsion, Ssyxlat'h était tenté de repousser la faute sur l'Humain. Il ne le fit pas car il savait que ce n'était pas raisonnable. Et une mauvaise entente ne les aiderait pas à sortir d'ici. Se mettre sur la tronche serait la pire chose à faire ; en unissant leurs efforts et leur sagacité, ils auraient plus de chances de trouver une échappatoire.

L'inspection de la pièce amena Ssyxlat'h au constat attendu : il n'y avait rien de bien notable. Seulement quelques trous au niveau du sol d'un seul côté de la pièce, servant d'évacuation pour les fluides au sol, et peut-être d'aération. Rien qui ne donnât à l'assassin une subite idée géniale.

SSYXLAT'H – Vous pouvez aussi réfléchir.
Garde – Ou vous pouvez aussi vous taire, tous les deux ! Je vous entends réfléchir, bande d'idiots !

Ah, le garde. L'homme-serpent lui siffla après, crochets en évidence, en ondulant sa queue au sol. Se sentant à l'abri derrière la grille, le garde soupira de dérision.

Garde – C'est ça, vas-y, tu m'impressionnes, le serpent...

Ssyxlat'h détestait, sans doute comme tous les Nagas, se faire ainsi appeler “serpent”, mais que pouvait-il y faire dans la situation présente ? Menacer le garde serait décalé, ridicule et prétentieux.

Garde – Sans vous deux, j'en serais pas à devoir me tenir devant ce cachot puant, à m'ennuyer comme un rat mort... Roh et non d'une catin, qu'est-ce que j'ai soif !

Le garde se leva et s'éloigna du cachot, pour revenir deux minutes plus tard avec une cruche remplie à ras bord et un petit gobelet en métal. Il se servit à boire à la vue des deux prisonniers, façon ostensible de les narguer. Il posa le gobelet au pied de la grille et la cruche quelques décimètres à côté, puis se gratta le menton.

Garde – Mouais... Je vais peut-être m'apporter de quoi m'asseoir...

Le garde repartir. Une idée fusa dans la tête de Ssyxlat'h, et il se dit qu'il devait bien la tenter pour voir le résultat. Il lança un regard à Lens, celui qui signifie : « j'ai une idée ». Il rampa sur les marches montant au niveau du couloir menant au cachot, et passa la main à travers la grille pour s'emparer du gobelet, qu'il put faire passer entre les barreaux. Il se décala pour ne pas être vu depuis le couloir, par simple précaution. Il ouvrit la bouche, déploya ses crochets, et tint le gobelet juste au-dessous. De son autre main, il enfonça le pouce dans sa bouche pour venir appliquer une pression derrière les crochets, sur les glandes à venin, exactement de la même manière que lorsqu'il voulait empoisonner ses fléchettes de sarbacane. Des gouttes de venin suintèrent de ses crochets et s'écoulèrent dans le gobelet. Une quinzaine de gouttes, et Ssyxlat'h reposa le gobelet à sa place, pour que le garde ne se rende compte de rien en revenant. Il rampa au centre du cachot pour prendre un air innocent, tout en glissant à l'assassin Humain :

SSYXLAT'H – Il nous ont pris toutes nos armes, mais seulement celles qu'ils pouvaient nous prendre. Il reste une arme que l'on ne me prendra jamais... sans parler des anneaux de mon corps, bien sûr.

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