Libérons les Xolons

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Libérons les Xolons

Message  Gilgamesh le Mer 3 Fév 2016 - 17:37

Gilgamesh n'était pas du genre à se laisser démonter lorsqu'il essuyait un échec. C'était d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle il essuyait rarement des échecs. Ses interventions sur le champ de bataille s'étaient très souvent soldées par des victoires, au moins locales, au moins personnelles. Gilgamesh avait survécu, physiquement comme psychologiquement aux vicissitudes de la guerre. En cela témoignait de son incroyable persévérance et ténacité d'esprit : Aucune mort n'était trop atroce pour être infligée, aucun défi n'était trop grand pour être relevé. Le seul échec que Gilgamesh pouvait essuyer, c'était la mort.

Enfin, tout du moins le pensait-il, avant d'élargir ses horizons à l'érudition. Les échecs pouvaient être diplomatiques, et la force seule ne suffisait pas à résoudre tous les maux d'Orcande. C'est ce qu'il apprit lorsqu'il fit part de ses revendications au membre du conseil Cervert avant l'ouverture d'une séance. Si l'urgence qui concernait les siens était une évidence pour le Xolon, il n'en allait pas de même pour Cervert, qui s'était pourtant vu octroyer un rôle assez important pour avoir une vision globale des affaires d'Orcande. Aussi, c'est avec bienveillance et une pointe de condescendance qu'il éconduisit la sollicitation de Gilgamesh : Lutter pour la cause des Xolons, afin qu'ils puissent vivre en paix, sur le continent comme chez eux.

Le plan était pourtant simple, Telbara tenait les deux autres royaumes par la bride du fait de sa supériorité commerciale due à sa diversité culturelle et à son emplacement côtier favorisant les échanges maritimes. Il suffisait de désigner un neuvième membre au conseil qui pourrait représenter les Xolons et ainsi sensibiliser les autres races aux conditions inhumaines dans lesquelles son peuple était détenu. Les enjeux étaient eux aussi évidents : Assurer la stabilité et la cohabitation des différentes races en Telbara par le biais d'une communauté de Xolons fiers, plutôt que silencieusement vindicatifs, et améliorer la situation de ces derniers sur l'ensemble du continent, ainsi que sur leur terre d'origine, Khella Rmeddi, là où peu de gens faisaient cas -par indifférence ou ignorance- de leur oppression et de la colonisation humaine.

Mais si Cervert feignit d'observer une quelconque forme de considération pour sa requête, rien n'indiquait qu'il l'avait pris au sérieux, assurant de manière évasive que les choses avançaient à leur rythme, et que rien n'était facile. En réalité, Gilgamesh voyait la situation politique stagner à ce sujet, et ce en vertu de plusieurs raisons : Les enjeux étaient lointains et n'intéressaient que peu de gens -hormis la minorité Xolons, qui n'était pas représenté au Conseil-, et la colonisation d'Hunil se faisait par le biais d'êtres humains, ce qui jouait forcément en la faveur d'un attentisme complaisant de la part du conseiller de la même race. Et cette indulgence tacite, exercée sous couvert d'incapacité politique, Gilgamesh en avait assez.

Il se retira néanmoins poliment et silencieusement, hochant de la tête, voulant se montrer compréhensif non pas par égard pour Cervert, mais dans son propre intérêt. En effet, il n'était pas rare pour un Xolon -notamment de sa carrure- d'éveiller les soupçons dès lors qu'il se montrait un peu trop insistant, ou abrupt. Les Xolons étaient une race fière, et la fierté, lorsqu'elle se heurte à l'oppression, sème la discorde. Si son peuple donnait l'impression d'être instable et belliqueux -même à raison-, toute chance de le voir percer en diplomatie seraient réduite à néant. De fait, tout le monde n'était pas neutre vis à vis des Xolons, pour diverses raisons. Dans toute grande ville, des heurts se produisent fréquemment, et il n'est pas rare que les siens soient impliqués dans des affrontements stériles, en raison de leur flexibilité médiocre et de leur susceptibilité exacerbée vis à vis de toute insulte concernant leurs caractéristiques physiques. Ces heurts pouvait susciter méfiance et circonspection.

Ainsi, si Gilgamesh voulait réellement œuvrer pour la cause des Xolons, il devait impérativement se prémunir de toute forme d'hostilité afin de ne fournir aucun prétextes à ses potentiels opposants. Éviter la provocation, voilà qui allait être le nerf de sa guerre pour aboutir à un compromis, puisqu'une victoire totale et sanglante n'était ni envisageable, ni dans l'intérêt des Xolons, en plus d'être démodée dans le contexte de Telbara.

Aujourd'hui, Gilgamesh avait compris qu'il y avait quelque chose de plus puissant qu'un immense colosse entre les mains duquel on aurait mis un fléau à sa mesure, capable de pulvériser des colonnes ennemies de par la seule force de ses muscles et la maîtrise de son arme. Le vrai pouvoir, c'était la diplomatie. Car elle permettait non pas d'avoir un colosse par la force, mais mille par le compromis.

Mais voilà que Cervert y était insensible, lui qui pourtant était une pièce centrale de l'échiquier. Sans doute ne l'aurait-il pas été s'il s'était agit de vies humaines, mais Gilgamesh ne lui en avait pas tenu rigueur. L'amertume liée à un sentiment d'impuissance avait fini par se dissiper, et la raison pu reprendre le dessus sur la passion : Il était de son devoir d’œuvrer pour la cause de son peuple. Mendier la libération des siens était vain, tout simplement parce qu'il n'existait aucun représentant Xolon pour obtenir cette libération par la voie diplomatique.

Ainsi, Gilgamesh en avait conclu qu'insister auprès de Cervert et des autres membres du Conseil ne ferait pas avancer sa cause, mais au contraire la desservirait, fournissant potentiellement des prétextes pour justifier l'absence de Xolon au Conseil, et les maintenir à l'écart, dans leur condition dégradante. La solution se trouvait ailleurs.

En examinant la liste des options qui avaient fait leurs preuves dans l'histoire d'Orcande et qui s'offraient à lui, Gilgamesh du éliminer la voie commerciale : Le métier de sentinelle était relativement bien payé, pour éviter toute corruption, mais entre la somme qu'il devait réunir pour avoir un potentiel poids en terme d'influence sur la population de la ville et la somme qu'il possédait, l'écart était tout simplement abyssal. S'engager dans cette voie était hasardeux et sans doute trop lent, d'autant plus que le fait d'être un Xolon n'aidait pas en matière de liens sociaux et de visibilité commerciale, et l'argent seul ne suffirait pas à assurer un commerce florissant, il manquait de compétences.

L'idée écartée, il songea à une alliance avec les Centaures, qui eux aussi avaient quelques revendications qui n'étaient pas pleinement satisfaites concernant la Forêt du calme, leur espace vital. En cela, les Centaures étaient analogues aux Xolons, mais les enjeux étaient beaucoup plus proches et visible pour la population locale et il était donc bien plus aisé de mener à bien les revendications les concernant. De plus, bien qu'étant une minorité au même titre que les Xolons, il siégeait un Centaure au Conseil des Huit. Et Gilgamesh ne parlait pas leur dialecte, ce qui risquait fort de rendre le fruit de ses efforts infructueux. Il ne souhaitait pas épuiser son énergie dans une direction aussi incertaines.

L'ingérence extérieure était purement et simplement à exclure. Aucune aide diplomatique en faveur des Xolons ne viendrait du royaume d'Estandre ou de celui de Tacomnal, et bien au contraire, c'était à Telbara d'être l'élément extérieur qui libérerait les siens de l'oppression en ces terres troubles. Ici, il n'était pas un esclave, il ne risquait pas d'être tué ou vendu, il pouvait espérer changer les choses en usant de sa volonté, ce qui n'était pas le cas là bas, où toute forme de volonté de la part d'un Xolon était considérée comme insurrectionnelle et condamnée.

Il avait déjà essayé d'engager la voie diplomatique avec les membres du Conseil, mais son statut social et son poids politique étant absolument nul, il avait essuyé un cuisant échec. Il était donc totalement vain et dangereux de s'obstiner, quand bien même il semblait que c'était la solution la plus évidente.

Mais Gilgamesh avait visé trop haut, trop vite. Il songea alors à ébranler les fondations par le bas. La minorité Xolons était composée d'un peu moins d'un millier de trompes. Et si les autres races composant le peuple de Telbara considérait les tourments Xolons avec indifférence, Gilgamesh pouvait sentir quelque chose qui s'apparentait à un malaise, un genre de ressentiment électrique qui luisait à même la peau de ses congénères. Bourdonnant, intense, étouffé. Impuissants, il n'attendait qu'une chose : Un représentant Xolon au Conseil des Huit. Et cette attente avait l'effet pervers de cultiver un espoir irrationnel, celui, insidieux, qui murmurait qu'en confiant notre destin entre les mains d'autres personnes -ayant eux même leurs propres intérêts-, nos vœux allaient se réaliser.

Cet espoir, Gilgamesh en avait lui même été victime, mais il savait désormais que tant que les membres de son peuple ne prendraient pas eux même leur destinée en charge, les choses n'avanceraient pas, car il y aurait toujours un mal plus prioritaire à résoudre que le préjudice fait aux Xolons.

Gilgamesh allait devoir faire preuve de beaucoup de tacts pour rallier ses homologues à sa cause sans éveiller en eux la véhémence vindicative que des années de paix à Telbara avait su apaiser et engourdir.

Si les Xolons voulaient leur liberté, ils allaient devoir s'en occuper eux même.
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Gilgamesh
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Race : Xolon
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