Randonnées en montagne

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Re: Randonnées en montagne

Message  Nïn le Dim 17 Jan 2016 - 12:50

La question de Nïn sur la fumée de la pipe est écartée rapidement. En effet, leur guide lui explique que le feu pourrait tout autant attirer d'éventuels ennemis, mais qu'ils en ont trop besoin pour s'en passer. L'esclave acquiesce et jette un coup d'oeil à sa maîtresse, allongée non loin du feu avec le reptile. Les flammes projettent sur son visage des ombres douces, et ses traits, d'ordinaire décidés, sont relâchés par le sommeil et laissent apparaître ce que la baronne est réellement : une enfant. Une bouffée de tendresse envahit Nïn. Sa jeune maîtresse a beau être une importante baronne qui traite avec des dragons, ses grandes tâches ne l'empêchent pas d'être une petite fille. Ce ne doit pas être aisé, à son âge, d'avoir de telles responsabilités.

Puis Guuën se met à parler de l'herbe du serpent. Pour ce faire, il se met à lui conter une légende, à propos des premiers êtres. Nïn l'écoute d'abord avec politesse, mais elle est rapidement happée par le récit. L'homme a des talents de conteurs certains, et la demi-elfe a l'impression de voir ces êtres et leurs proies, des animaux aussi grands que des montagnes, prendre vie devant ses yeux. Elle assiste à leurs combats, et à la destruction des paysages. Horrifiée, elle voit les animaux disparaître peu à peu et ces terribles prédateurs n'en tirer aucune leçon, puis qu'ils continuent à s'entre-déchirer, jusqu'à la totale dégradation de leur race. Leurs descendants deviennent dragons, lézards et serpents, tandis qu'au milieu de leurs cadavres, qui reposent dans ces montagnes, une herbe se met à pousser, chargées de leur âme... l'herbe du serpent.

Elle remarque, au milieu du récit de son conteur, comme un jugement sur les humains, en déduit qu'il ne les aime pas. Un moment, elle s'interroge sur ses raisons de les aider ? Sa maîtresse est humaine, après tout et, en plus, elle doit rejoindre un dragon, un descendants de ces êtres sanguinaires et destructeurs... Mais elle oublie ses interrogations, car Guuën lui explique comment les humains se mettent à utiliser l'herbe du serpent pour communier avec les dieux, retrouver l'illusion de la puissance des premiers êtres... Il lui révèle même quand dans le temple, lors des cérémonies, ce sont ces herbes qui sont utilisées ! Nïn comprend mieux ce qu'elle a ressenti, ce jour là. Toutes ce sensations, la communion avec les flammes, encore plus puissante que d'habitude, l'appel de sa partie animale et, finalement, la puissance décelée chez sa maîtresse, qui lui a donné, pendant un moment, l'envie de s'agenouiller devant elle... Si ces herbes ont ce pouvoir quand on les respire uniquement, elle n'imagine pas ce que cela peut-être lorsqu'on les fume et inspire ainsi directement leur essence !

Alors que Guuën termine son récit, elle lève vers lui des yeux émerveillés, tandis qu'il s'exclame, en conclusion :

 – Les dragons sont les ancêtres les plus proches de premiers êtres. On raconte des tas de légendes à leur sujet. Si les vieux ossements des premiers êtres peuvent donner à l’herbe de tels pouvoirs, imagine ce que pourrait offrir le corps d’un dragon !

L'esclave ne le conçoit en effet même pas. Un frisson la parcoure à cette idée. Et dire que justement, ils vont voir un dragon. Une pensée lui effleure alors l'esprit. Et si le montagnard... Mais cette idée n'a pas le temps de se formuler que l'homme reprend la parole, attirant son attention sur autre-chose et faisant voler son intuition en éclats :

– Alors, jeune elfe, désires tu connaître les secrets du passé, du futur et des dieux ?

Il lui désigne son paquet d'herbe. Nïn tombe en arrêt, le regarde, ébahie. Il lui propose de... fumer ? Elle imagine alors ce que cela pourrait être. Connaître des secrets que seuls possèdent les dieux, même l'espace d'un instant. Accéder à une puissance dont elle n'a jamais rêvé. Entrer dans une transe plus profonde encore que celle qu'elle a connu au temple. Pour elle, que la puissance fascine, et qui aime jouer avec le feu – dans tous les sens du terme- c'est terriblement tentant. Elle tend la main... Se fige. Le visage de sa mère s'est imposé à son esprit.

Elle est enfant. Une fois encore, elle a réussi à faire venir le feu, qui peut apparaître dans sa main. Ce feu qui crépite, qui croît et qui, au bout d'un moment, devient puissant, si puissant qu'il la dépasse, échappe à son contrôle... C'est ce qui est arrivé. Elle l'a allumé. Puis, fascinée, elle l'a laissé croître, et croître encore, l'emporter, elle a perdu conscience de son corps, elle a juste senti sa faim dévorante... Et maintenant, il est trop puissant pour elle, elle ne peut plus l'arrêter, il s'attaque aux arbres, il menace même la maison où sa mère et elle vivent à deux. Nïn a peur mais, en même temps, elle est émerveillée. Quand soudain, sa mère surgit, se jette au milieu des flammes. Nïn, horrifiée, veut hurler, mais elle ne sait plus très bien si elle est elle, ou bien le feu vorace... Une trombe d'eau s'abat, elle se sent mourir... Réintègre entièrement son corps. Sa mère s'approche d'elle et, tendrement, force les yeux de la demi-elfe, emplis de larmes, à rencontrer les siens, qui reflètent à la fois sévérité et tendresse.

Nïn revient à elle. Elle fixe Guuën, puis baisse les yeux.

-Je ne peux pas. Je... suis fatiguée. Vous devriez dormir, vous aussi.

Elle s'éloigne de leur guide, va secouer le reptile pour qu'il surveillé Guuën, puis s'allonge aux côtés de Schizae, où elle se roule en boule. Elle a envie de pleurer. Qui sait ce qui aurait pu arriver si elle avait accepté la proposition du montagnard. Aurait-elle tout mis en feu ? Est-elle un peu comme ces premiers êtres, qui brûlaient tout, juste parce-qu'ils en avaient le pouvoir ? Le lendemain, il faudra qu'elle s'excuse auprès de Guuën. Elle est partie brusquement, et a été impolie. Elle frissonne. Elle a l'impression de ne plus bien savoir qui elle est. Schizae lui donne peut-être trop de liberté, elle en oublierait presque qu'elle est une esclave. Elle a failli accepter de fumer, par soif de pouvoir ! Du pouvoir, pour elle, c'est insensé. C'est la faute de Guuën, aussi. Il la traite comme une égale. Ce n'est pas bien. Elle finit par s'endormir, d'un sommeil agité.

Nïn
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Re: Randonnées en montagne

Message  Serpad Eoc'Deokad le Dim 24 Jan 2016 - 15:02

D'un sommeil profond et réparateur, Serpad Eoc'Deokad dormait, jusqu'à sentir son corps être doucement secoué. Ses yeux reptiliens s'ouvrirent lentement. Avant même de la sentir ou de la voir, il devina que Nïn était en train de le réveiller, ce que ses sens lui confirmèrent effectivement. Ce sommeil... avait été si bon... Avait-il rêvé ? Il ne se le rappela pas. Une chose était sûre, dormir avait été si bon qu'il était trop frustrant que cela s'arrête maintenant. Mais il était un esclave, il n'avait pas le choix.Il en avait marre d'être esclave. Schizæ avait beau être une maîtresse douce, esclave restait une situation insupportable pour l'Homme-lézard. Il aurait à trouver un moyen de s'en extirper. En attendant, il devait continuer à obéir.

Il devait veiller sur les trois autres, maintenant, jusqu'au lever du soleil. Il ne dormirait plus jusqu'à la prochaine nuit. Il devait veiller, puis il se chargerait à nouveau d'une partie de l'équipement de voyage pour reprendre la randonnée en montagne. Il avait juste envie de dormir un peu plus longtemps. Et surtout pas de passer une journée comme celle qui s'annonçait, une journée comme la précédente. Il était un reptile, l'on ne pouvait pas lui demander tous ces efforts dans la journée. Les montagnes, ce n'était pas son terrain.

Il se mit en position assise tandis que Nïn se roula en boule de l'autre côté de Schizæ mais près d'elle. Serpad Eoc'Deokad regarda et renifla Guuën. L'odeur des herpes du serpent était à nouveau forte sur l'homme. Il venait d'en fumer. Guuën marmonna quelque chose, le reptile ne comprit pas quoi, l'ouïe étant son sens le moins développé. Guuën n'avait toujours pas dormi, il était resté éveillé pendant le tour de garde de Nïn – rien d'étonnant. Il décida d'aller se coucher lui aussi.

Serpad Eoc'Deokad n'eut ainsi pas vraiment à le surveiller. Il souffla du feu sur celui existant pour l'alimenter un peu. En tout cas, il se sentait bien, revigoré par ce sommeil, qu'il aurait voulu plus long, certes, mais qui avait été grandement réparateur.

Quand les premiers rayons du soleil percèrent l'horizon, il se mit à quatre pattes devant Schizæ et lui secoua doucement l'épaule.

SERPAD – Madame, le jour se lève.

De l'autre côté du feu, Guuën dormait. Serpad Eoc'Deokad commençait peu à peu à s'habituer à son odeur mais il la trouvait toujours dérangeante. Les Humains ne sentaient déjà pas bon en général, Guuën avait en plus des notes sur lui mauvaises, âcres et étouffantes.

Serpad Eoc'Deokad
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Re: Randonnées en montagne

Message  Schizae le Lun 25 Jan 2016 - 22:56

SERPAD – Madame, le jour se lève.

Les pattes écailleuses de l’homme-lézard tirent Schizæ du pays des rêves d’enfants. Les yeux de la jeune humaine papillonnent. Elle les frotte en baillant. Déjà le matin ? Ne vient-elle pas de se coucher ? Ses membres endoloris lui rappellent les efforts de la veille… et ceux à venir. Elle pousse un juron en se redressant (maintenant, elle en connait beaucoup).

SCHIZÆ – Fichtre ! La vie est une catin.

Celui là, elle l’a souvent entendu. Même si elle ne sait pas très bien ce qu'il signifie.

SCHIZÆ – Serpad, réveille les autres. Et occupe toi des victuailles s’il te plait.

La demoiselle se lève aussi gracieusement que ses cuisses endolories le lui permettent… Elle s’éloigne du groupe en se demandant pourquoi les grandes dames doivent encore alors aux petits coins. Durant le trajet, elle se découvre un tas de muscles dont elle ignorait jusqu’alors l’existence. Ils sont tous plus douloureux les uns que les autres.

DRAGON VERT – Tu t’imagines vraiment que ton morceau d’humain pourra nous l’apporter ? Il n’a pas l’air bien vaillant…  

Schizæ lève les yeux au ciel. Dans les arbres, deux dragons l’observent.

DRAGON – C’est parce que c’est encore un jeune. Mais il est plein de ressources.

Schizæ se frotte les yeux pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’une erreur. Mais non, c’est bien d’elle qu’ils parlent. Elle reconnaît son dragon noir. L’autre, le vert à côté, c’était celui de Shelzæ. Ils sont venus pour lui montrer où se trouve Jian ! Elle a réussi.

SCHIZÆ – Dragon ! Je suis venue jusqu’ici. Maintenant, dis moi où est Jian.
DRAGON VERT – Il est peut-être plein de ressource, mais il reste minuscule… Et il piaille beaucoup.

Le dragon noir se pose près de Schizæ.

DRAGON – Viens.
SCHIZÆ – Attends, je ne suis pas seule. Il faut faire venir mes esclaves.

La fillette accentue volontairement le dernier mot, fière d’avoir des inférieurs à son service. Les dragons se regardent. Le vert crache des fumées noires à plusieurs reprises. Son frère grogne et lui ordonne de cesser de rire.

DRAGON VERT – Ton bébé humain a des esclaves !!
DRAGON – Arrête de rire. Et toi Schizæ, quelle est cette lubie ?!

Schizæ ne comprend pas. Elle se tait, prise en faute.

DRAGON – Toi ! Tu as été l’esclave de ton père, tout comme tes sœurs et ta mère ! Les hommes s’imaginent que certains d’entre eux naissent supérieurs à d’autres et reçoivent leur obéissance sans aucune raison ! Pour leur bon plaisir, ils les condamnent à la souffrance et à l’ignorance. Si ton père n’avait pas causé sa propre perte, tu aurais passé ton enfance à le servir puis il t'aurait offerte à un autre homme ! Misérables humains, vous aviez même imaginé pouvoir faire de nous des esclaves ! Perfides et sots, vous n’apprenez donc jamais rien ?! Tu n'apprendras jamais rien ?!?
SCHIZÆ – Arrête de crier…
DRAGON – Et toi arrête de pleurer ! Je ne t’ai pas sauvé pour que tu reproduises les erreurs de ton père ! Libère immédiatement tes esclaves ! Si des rampants t’accompagnent, qu’ils le fassent librement ! Hors de ma vue !

L’enfant renifle et court vers le campement. Les autres ne se doutent de rien. Elle se jette dans les bras de Nïn et éclate en gros sanglots. Elle pleure longuement. Quand les hoquets s’espacent et qu’enfin elle arrive à respirer plus calmement, elle s’essuie les yeux et le nez avec sa manche. Elle se laisse tomber sur une grosse pierre et regarde Nïn. Elle n’a pas envie de la perdre. Elle aime bien ses oreilles pointues, ses grands yeux bleus, son sourire rassurant. L’enfant se sent en sécurité avec la demie-elfe. Elle voudrait qu’on s’occupe toujours d’elle. Schizæ regarde ensuite l’homme-lézard. Lui, il ne dit jamais rien. En vrai, il doit la haïr. Après tout, c’est normal. C’est vrai que ce n’est pas gentil, ce qu'elle fait. Être esclave, se dit-elle, c’est comme être enfant à tout jamais. Devoir obéir à ses parents, toujours, sans espoir de grandir un jour. Elle, elle n’aime pas qu’on la traite comme un enfant. Alors elle ne devrait pas faire ça aux autres. Elle prend son courage à deux mains. Elle détourne quand même le regard. Parce qu’elle n’a pas envie de voir Serpad Eoc’Deokad sourire. Elle choisit de fixer Guuën qui l’observe narquoisement. Ses yeux sont aussi rouges que ceux de l’enfant, même si, le concernant, ce n’est pas à cause des larmes.

SCHIZÆ – Je vous rends votre liberté. Ouais, voilà. Vous êtes libres…

Sa voix est celle d’une enfant en colère qu’on aurait privée de ses jouets préférés. Les yeux de Guuën s’agrandissent sous la surprise. Il émet un petit gloups d’étonnement, puis se reprend.

GUUËN – La petite baronnette serait-elle devenue grande ?
SCHIZÆ – Toi la ferme ! Et vous deux, vous êtes libres, mais… mais je vous interdit de partir ! Aidez-moi s’il vous plait. Je dois retrouver mon neveu. Je dois lui récupérer le domaine de Triant et j’y arrive pas. J’y arrive vraiment pas !

Elle est sur le point de pleurer à nouveau quand le dragon noir se pose au milieu du campement.

DRAGON – Maintenant que tu as réglé tes problèmes, on y va.

Son frère, le dragon vert, apparait à son tour. Il s’accroche à la roche au dessus d’eux.

DRAGON VERT - Plus on aura de rampants, plus on aura des chances de réussir. Vous venez avec nous les humains… et les… hommes lézards et… toi, la…la… enfin, toi. Vous venez avec nous.

Schizæ se demande à quoi ça peut bien servir de leur rendre leur liberté s’ils doivent à présent obéir aux dragons. Guuën, lui, ne semble pas s’en préoccuper. Il attrape ses affaires en sautillant d’allégresse. Ce n'est qu'à présent que l’enfant remarque à quel point la vue des dragons l’a enchanté. Il ressemble à… un enfant devant un gâteau. Un enfant prêt à tuer mère et père pour obtenir ce gâteau. Elle en a des frissons dans le dos.

GUUËN – C’est d’accord ! Je vous suis ! Où va-t-on ?

Le dragon vert fait un signe de tête pour désigner une direction sur sa droite.

GUUËN – Tu viens avec nous beauté ?

C'est à Nïn que l'humain s'adresse. Schizæ lance un regard suppliant à la demie-elfe. Par contre, en ce qui concerne Serpad Eoc’Deokad, Guuën n'attend même pas de réponse. Il glisse sa main au creux du coude de l’homme-lézard avec l’intention d’avancer à ses côtés, bras dessus bras dessous. Peut-être est-il sûr de lui, ou alors, au contraire, il craint que Serapd Eoc'Deokad soit la personne la plus encline à prendre ses jambes à son cou.

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Message  Nïn le Jeu 28 Jan 2016 - 20:11

Le matin venu, tous sont tirés du sommeil par Serpad. Visiblement, l'homme lézard a terminé sa garde seul, puisque Guuën s'éveille seulement, lui aussi. Après s'être étirée comme un chat, l'esclave regarde en direction de sa maîtresse, pour voir si elle a besoin de quelque-chose. Faut-il lui amener quelque-chose de chaud ? Venir brosser ses cheveux ? Mais la jeune baronne baronne s'éloigne déjà de la grotte. L'esclave devra attendre son retour pour savoir si elle désire quelque-chose. Jetant un coup d’œil à Serpad, elle remarque que le reptile n'est guère reluisant... Sa condition d'esclave lui pèse peut-être. Ou bien est-ce la fatigue. Ou peut-être est-ce simplement son naturel.

A la grande surprise de Nïn, sa maîtresse revient d'un seul coup en pleurant et... se jette dans ses bras. La jeune esclave la reçoit, un peu ahurie, avant de refermer ses propres bras sur l'enfant, tout en se mettant à sa hauteur. La petite baronne a le corps secoué de sanglots et Nïn, quoiqu'elle ne comprenne ce qui arrive, sent son cœur se serrer et lui passe doucement une main dans les cheveux, ne sachant trop comment réconforter sa jeune maîtresse. L'enfant a l'air tellement malheureuse, d'un seul coup... Qu'a-t-elle bien pu voir, à l'extérieur ?

Elle sanglote longtemps ainsi, tandis que la demi-elfe lui masse doucement le cuir chevelu. Finalement, sa maîtresse se libère de son étreinte, s'affale sur une roche et leur déclare, à Serpad et elle :

– Je vous rends votre liberté. Ouais, voilà. Vous êtes libres…


Nïn tombe en arrêt. La petite baronne serait-elle en train de plaisanter ? Mais ses yeux emplis de larmes la convainquent du contraire. Schizae est tout-à-fait sérieuse. Mais cela est absurde. Pourquoi ? Pourquoi les libérer ? Est-ce qu'ils ne sont pas assez bien pour elle ? Pourtant, Nïn n'a pas l'impression d'avoir fait quoi que ce soit de mal... Elle jette un regard à Guuën, qui semble amusé par la situation. C'est sans doute à cause de lui. Schizae doit croire que Nïn recherche ses avances.

La demi-elfe se sent perdue. Si Schizae la libère, que va-t-elle faire ? Elle peut redescendre, retourner au village... et puis quoi ? Vivre dans les rues, mendier ? Elle n'est pas assez naïve pour songer qu'on laissera une jeune fille comme elle vivre en paix dans la rue bien longtemps. Elle n'aurait personne pour la protéger. Et puis, l'idée de devoir vivre par elle-même et pour elle-même lui fait peur. Elle ne sait même plus ce que c'était que d'être indépendante. La liberté l'effraye plus qu'elle ne l'attire. Retourner au temple, servir les dieux ? Non, elle craint trop l'enfermement de ces lieux. Et puis les dieux, elle ne les voit jamais. Les servir lui semble une idée assez absurde. Elle n'a pas pour eux le même respect que celui qu'elle peut avoir comme une humaine du genre de Schizae ou de son ancien maître. Quant à s'offrir au premier venu... C'est bien trop risqué. Et Nïn, quoi-qu’esclave, est trop fière pour cela. Servir quelqu'un qu'elle méprise est hors de question.  Non. Elle ne sait pas. Elle est perdue. Elle ne veut pas...

A ce moment, Guuën l'interrompt dans ses pensées, qui virevoltent comme des mouches, incontrôlables, en questionnant Schizae, d'une façon insolente qui ne plaît guère à Nïn. Elle voudrait bien lui sauter dessus et lui enfoncer ses crocs d'once dans la chair.

 – La petite baronnette serait-elle devenue grande ?
– Toi la ferme ! Et vous deux, vous êtes libres, mais… mais je vous interdit de partir ! Aidez-moi s’il vous plait. Je dois retrouver mon neveu. Je dois lui récupérer le domaine de Triant et j’y arrive pas. J’y arrive vraiment pas !

C'est à n'y plus rien comprendre. Que veut Schizae ? Pourquoi les renvoyer, puis leur demander de rester ? Ca n'a aucun sens. Elle les libère, puis elle leur ordonne de rester, de l'aider... Leur ordonne sans le faire puisqu'elle ne le peut plus, à abandonner ce pouvoir. Les supplie, pour remplacer, ordre sous une autre forme, déguisé. Ce qui laisse supposer une autre présence. Une autre volonté. Schizae ne veut pas les libérer. Elle en a reçu l'ordre. Cette certitude s'impose soudain à l'esprit de Nïn. Cela la soulage, un peu. Mais avant qu'elle ait le temps de demander à Schizae qui elle a bien pu rencontrer à l'extérieur, la réponse s'expose à tous puisqu'un fantastique animal se laisse soudain tomber du ciel, tout près d'eux. Médusée, Nïn fixe son corps écailleux, sa tête fendue de deux yeux reptiliens qui brillent d'intelligence, sa gueule fumante garnie de crocs, les deux ailes qui naissent au niveau de ses omoplates et qu'il replie, désormais qu'il a atterri. Un dragon. Elle peut à peine en croire ses yeux. Elle ne peut que le fixer, ébêtée, en se demandant si elle n'est pas en train de rêver... Il ouvre la bouche et... parle.

 – Maintenant que tu as réglé tes problèmes, on y va.

L'espace d'une seconde, Nïn se remet à réfléchir, se demande où. Puis l'apparition d'un deuxième dragon, aussi vert que le premier est noir, la replonge dans la stupéfaction. Il y en a... deux ? Lui aussi se met à parler :

- Plus on aura de rampants, plus on aura des chances de réussir. Vous venez avec nous les humains… et les… hommes lézards et… toi, la…la… enfin, toi. Vous venez avec nous.

Avec eux ? Ou doivent-ils aller ? Mais, de toute façon, si Schizae y va, Nïn y va aussi. Ce doivent être les dragons qui lui ont dit de libérer ses esclaves. Même si elle ne comprend pas pourquoi, tout ce dont Nïn avait besoin, c'était de savoir que Schizae ne veut pas se débarrasser d'elle. Peu lui importe son statut officiel. Elle est à Schizae, et elle le restera, tant que celle-ci voudra d'elle.

Guuën ne se fait pas prier pour accepter. Il lui semble même... un peu trop heureux, et jette sur les dragons un regard étrange. Nïn se souvient de leur discussion de la veille, de la remarque du montagnard, du soupçon qui avait germé en elle, avant d'être balayé par son étrange proposition... Ses doutes reviennent à la charge. Est-ce qu'il a pour dessein de tuer l'un de ces dragons pour s'approprier le pouvoir contenu en eux ? L'esclave secoue la tête. C'est absurde. Il n'a certainement pas la force de s'attaquer à pareil être. Il lui suffit de regarder les dragons pour invalider son hypothèse. Ils ont beau n'avoir pas la taille qu'elle leur imaginait - ils sont haut comme un petit cheval, ou un grand poney- leur être crie qu'ils sont bien plus dangereux qu'un humain peut l'être. Elle se fait des idées. L'homme des montagnes lui demande justement si elle les accompagne. Elle se tourne vers Schizae, croise son regard, y voit une supplique. Nïn acquiesce alors. La volonté de la petite baronne était tout ce qu'elle voulait vérifier.

L'esclave sourit à sa jeune maîtresse, en laissant échapper une sorte de ronronnement, et la fixe en retour, essayant de lui transmettre par ce regard son engagement : elle ne l'abandonnera pas.


Dernière édition par Nïn le Sam 6 Fév 2016 - 13:24, édité 1 fois

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Re: Randonnées en montagne

Message  Serpad Eoc'Deokad le Lun 1 Fév 2016 - 17:06

Sa maîtresse lâche un juron : elle non plus n'a pas envie de se lever, pas plus que Serpad Eoc'Deokad au moment où Nïn l'avait réveillé. Autant dire que l'Homme-lézard la comprenait ; et il ne la réveilla pas avec des pensées de revanche. Comme tous les matins, il se demandait combien de temps encore il allait rester esclave avant de trouver un moyen de s'échapper et de retrouver la liberté. Il se demandait aussi ce qui arriverait une fois qu'il y serait parvenu. Que ferait-il ? D'un côté, ce n'était pas important, il pourrait s'en préoccuper une fois libre ; d'un autre côté, se poser ces questions lui permettait d'accepter sa condition actuelle. Il avait une maîtresse qui ne le maltraitait pas, il avait un objectif, il avait de quoi manger et boire. Sa condition pourrait être bien pire.

SCHIZÆ – Serpad, réveille les autres. Et occupe-toi des victuailles, s'il te plaît.

L'Homme-lézard obéit tandis que sa maîtresse s'éloigna du camp sans en annoncer la raison. Nïn finissait de se réveiller, Guuën paraissait déjà prêt à repartir, quoique pas sans une collation matinale. Serpad Eoc'Deokad piocha dans les vivres communes, et réchauffa des morceaux de lard salés, il fit aussi fondre du fromage sur des morceaux de pain sec, car il savait que les Humains aimaient cela, surtout par le froid montagnard. Le feu brûlait vivement dans son foyer, alimenté pendant la nuit par l'Homme-lézard, dont la maîtresse ignorait toujours la capacité à en cracher comme un dragon.

Schizæ revint en courant. Serpad Eoc'Deokad se dressa, craignant qu'elle soit en train de fuir un danger. Sans pousser le moindre cri, sans dire le moindre mot, Schizæ vint serrer Nïn dans ses bras. Elle pleurait à grosses larmes. Que lui arrivait-elle ? A quoi avait-elle pu bien penser pendant qu'elle s'était éloignée ? Serpad Eoc'Deokad resta interloqué. Nïn n'eut pas l'air de plus comprendre. Schizæ se détacha d'elle et se posa sur une pierre. Elle regarda longuement ses deux esclaves, l'un après l'autre, puis, détournant le regard, elle lâcha ces mots :

SCHIZÆ – Je vous rends votre liberté. Ouais, voilà. Vous êtes libres...

Serpad Eoc'Deokad resta autant interloqué, sinon plus. Il ne comprenait rien à rien, là. Schizæ leur rendait leur liberté ? Ici ? Maintenant ? Là, comme ça, sur un coup de tête ? En plein dans la Denoronhe ? Ca n'avait aucun sens ! Serpad Eoc'Deokad fut vraiment trop perplexe pour se réjouir ne serait-ce qu'un tout petit peu. Guuën se permit un petit commentaire narquois, qui ne manqua pas de faire sortir la « petite baronnette » de ses gonds.

SCHIZÆ – Et vous deux, vous êtes libres, mais... mais je vous interdis de partir ! Aidez-moi s'il vous plaît. Je dois retrouver mon neveu. Je dois lui récupérer le domaine de Triant et j'y arrive pas. J'y arrive vraiment pas !

Serpad Eoc'Deokad essaya de tout remettre dans l'ordre. Schizæ venait de rentrer au camp en pleurant comme si elle avait appris une nouvelle tragique. Elle avait annoncé à ses esclaves qu'ils étaient libres, mais elle leur interdisait de partir. Bon, alors, ses esclaves étaient-ils libres ou non ? Et quelle importance, en fait, dans les montagne de Denoronhe ? Même si Serpad Eoc'Deokad était libre à partir de cet instant, il n'allait pas rebrousser chemin tout seul : il avait toutes les chances de se perdre et de mourir. Il n'avait pour ainsi dire aucune chance de survie s'il s'en allait seul dans ces montagnes.

Il y avait forcément une explication au comportement soudain de Schizæ. Et cette explication se présenta d'elle-même : deux dragons vinrent se poser près du petit groupe. Un dragon noir au sol, à côté de Schizae, et un vert perché sur un rocher. Tous deux avaient des pattes antérieures séparées des ailes.
Tout s'éclaira dans l'esprit de Serpad Eoc'Deokad par une simple hypothèse qui semblait tout à fait vraisemblable : Schizæ avait rencontré ces deux dragons pendant qu'elle était éloignée du camp, et elle avait reçu par eux l'ordre de rendre la liberté à ses deux esclaves. De par son jeune âge et surtout son immaturité, cela lui avait déchiré le cœur, voilà pourquoi elle était revenue au camp en pleurant.

Serpad Eoc'Deokad se rappela que Schizæ avait déjà affirmé connaître des dragons. C'est aussi là qu'elle avait parlé à Guuën de cette histoire de domaine à récupérer pour son neveu. Serpad Eoc'Deokad n'y pensait plus du tout. Alors, ce voyage dans les montagnes, cela avait juste été pour retrouver les dragons ?

Dragon noir – Maintenant que tu as réglé tes problèmes, on y va.
Dragon vert – Plus on aura de rampants, plus on aura des chances de réussir. Vous venez avec nous les Humains... et les... Hommes-lézards et... toi, la...la... enfin, toi. Vous venez avec nous.

Les deux dragons étaient vraiment jeunes. A quatre pattes, en dressant la tête, ils faisaient tout juste la taille de Guuën. Du moins le dragon noir, mais le vert ne paraissait pas plus grand. Malgré tout, cela restait impressionnant de les voir. Impressionnant d'en voir. Des dragons, des vrais, d'aussi près. Serpad Eoc'Deokad les renifla avec curiosité et intensité, pour bien analyser leurs odeurs. Il découvrait en fait quelle odeur avait un dragon. Ainsi, il serait capable de faire le rapprochement s'il venait un jour à percevoir à l'odeur d'un autre dragon. Il voulait aussi être capable de reconnaître l'odeur de ces deux dragons-ci.

Il posa aussi une question à Schizæ :

SERPAD – Alors, ce voyage en montagne, c'était pour rencontrer ces deux dragons, Madame ?

Le “Madame” lui échappa. Il ne réalisait pas encore que Schizæ lui avait rendu sa liberté. Ce n'était de toute façon en rien concret pour le moment.

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Re: Randonnées en montagne

Message  Schizae le Mer 3 Fév 2016 - 20:09

Nïn sourit chaleureusement à Schizæ. La fillette se sent rassurée. La demie-elfe ne l’abandonnera pas dans sa quête. Son cœur s’allège : elle n’est pas seule.

Guuën observe les dragons. Il relâche l’homme-lézard pour trottiner à la suite des deux reptiles ailés. Il ne veut pas les laisser s’éloigner de peur qu’ils disparaissent et lui échappent. Sa chance est trop belle pour qu’il la laisse passer. Serpad Eoc’Deokad en profite alors pour se tourner vers l’enfant et l’interroger.

SERPAD -Alors, ce voyage en montagne, c'était pour rencontrer ces deux dragons, Madame ?

Schizæ redresse fièrement la tête en s’essuyant le nez. Ce n’était pas digne de son rang de se mettre à pleurer devant eux. Mais, après avoir fait ployer les adultes à ses pieds, retrouver sa position de petite fille est affreusement désagréable. Elle se rend compte qu’elle n’est qu’une enfant comme les autres. Mais bon, au moins le séladien reste poli et ne se moque pas d’elle. Il ne choisit pas non plus de s’en aller ou de se fâcher. C’est déjà ça, se dit-elle pour se rassurer.

SCHIZÆ – Oui… Ils vont nous mener à Jian.

Sentant le potentiel intérêt de ses propos, elle parle avec aplomb pour que Nïn et Serpad Eoc’Deokad puissent tous deux l’entendre, espérant susciter une quelconque admiration, ou ne serait-ce que pour alléger son sentiment d'humiliation.

SCHIZÆ – Bien que je sois l’unique baronne de Triant, je ne puis hériter du domaine aussi simplement. Mon neveu, Jian, est l’héritier légitime des terres de Triant. Ben oui : c’est un garçon. Je m’en  vais donc de ce pas le chercher. Or i allons !
SERPAD – Alors quittons ces montagnes. Pourquoi cependant avez-vous besoin de moi pour retrouver... votre neveu ?

Effarouchée, elle le regarde en fronçant les sourcils avant de se souvenir de la présence du dragon non loin. Elle prend le ton neutre de celle qui n’est plus une maîtresse d’esclave.

SCHIZÆ – Je n’y arriverais pas seule.

L’homme-lézard n’en a cependant pas fini avec elle. D’un simple regard, il désigne les deux dragons et parle posément.

SERPAD – Vous n'êtes plus seule.

Mais qu’il est agaçant ! La liberté lui monte à la tête.

SCHIZÆ – J’ai besoin d’hommes courageux. Une fois morte, ma sœur m’a donné une mission : remettre le domaine de Triant à mon neveu. Il appartient en ce moment à un traitre, voleur, malfaisant, exécrable et méchant homme. Ce maudit Théobald soi-disant de Mortelune ! Deux dragons ne suffiront pas pour le mettre à terre.

Elle murmure la suite entre ses dents, très faiblement, sans se soucier de savoir s'il peut l'entendre ou non.

SCHIZÆ – Mais si tu as le cuer de lièvre, couard, tu peux t’en retourner faire l’esclave du premier venu, je n’en peux ni ho ni jo.

Pendant ce temps, le dragon vert se met à souffler de la fumée à un rythme régulier. Il se tourne vers le dragon noir.

DRAGON VERT - Hé ! Après s’être imaginé posséder d’autres rampants, ton humain croit qu’il peut posséder la terre. Ces créatures veulent tous un petit lopin de terre sur la terre, c’est hilarant ! Tu ne pourras jamais dresser ça ! Que du vent entre les deux oreilles !
DRAGON - Mon humain est obéissant. Il sera utile.

Guuën les écoute avec adoration. Il semble affamé et ses mains tremblent. Il n’ose pas s’approcher d’eux. Pas encore. Il se contente de rester tout près de Nïn. Il cherche à deviner si oui ou non elle pourrait lui servir d’alliée.

GUUËN – Dis moi, beauté, que penses tu de ces deux apparitions descendues du ciel ? Que connais-tu des dragons ? Qui sont-ils pour toi ? Et pour vous les elfes ? Des rivaux ? On dit qu’ils prétendent être la sagesse, alors que tout le monde sait que vous êtes l’incarnation de la sagesse.

Il la laisse parler puis lui pose encore quelques questions :

GUUËN - Désormais, tu n’es plus une esclave. Tu peux faire tout ce que tu désires. Que penses-tu de celle qui t’avais volé ta liberté ? Et des esclavagistes en général ? N’as-tu pas envie de changer ce monde pourri pour en faire quelque chose de beau où souffrance et inégalité n’existeraient plus ?

Guuën l'écoute tout en lançant un regard à Serpad Eoc’Deokad. Le séladien semble avoir beaucoup souffert de l’esclavagisme, peut-être réussira-t-il à le rallier à sa cause. Car les dragons ont beau être petit (ce qui est un miracle en soi : il n’est pas assez fou pour s’imaginer abattre un dragon adulte) il n’arrivera pas à bout de ces bestioles sans l’aide de quelqu’un. Il attend que l’homme lézard ai fini de parler avec la baronette pour aller papoter avec lui, et au passage, savoir s’il pourra ou non compter sur le séladien pour chercher réparation aux torts qu’il a subis.


Dernière édition par Schizae le Dim 7 Fév 2016 - 19:44, édité 1 fois

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Re: Randonnées en montagne

Message  Nïn le Sam 6 Fév 2016 - 14:31

Nïn croit voir une lueur de soulagement dans le regard de Schizae. Elle en est heureuse. Elle n'aime pas voir cette enfant, si courageuse et particulière pour une noble, dans l'état dans lequel elle est revenue dans la grotte. Pour un peu, elle aurait envie de feuler sur les dragons. Mais sa maîtresse les respecte, donc il lui faut en faire de même. Serpad interroge Schizae : sont-ils partis en montagnes à dessein de rencontrer ces dragons? Schizae acquiesce, et explique qu'ils vont les mener à un certain Jian.

– Bien que je sois l’unique baronne de Triant, je ne puis hériter du domaine aussi simplement. Mon neveu, Jian, est l’héritier légitime des terres de Triant. Ben oui : c’est un garçon. Je m’en  vais donc de ce pas le chercher. Or i allons !
– Alors quittons ces montagnes. Pourquoi cependant avez-vous besoin de moi pour retrouver... votre neveu ?
– Je n’y arriverais pas seule.
– Vous n'êtes plus seule.

Disant cela, le lézard désigne les dragons. Nïn se hérisse. Qu'est-ce qui lui prend, à celui-là? La demi-elfe regarde Schizae, se demandant ce qu'elle va faire. Celle-ci semble agacée, mais prend la peine de lui expliquer:

– J’ai besoin d’hommes courageux. Une fois morte, ma sœur m’a donné une mission : remettre le domaine de Triant à mon neveu. Il appartient en ce moment à un traître, voleur, malfaisant, exécrable et méchant homme. Ce maudit Théobald soi-disant de Triant ! Deux dragons ne suffiront pas pour le mettre à terre.

Puis, d'un ton sifflant, elle murmure ce qui doivent être des imprécations à l'encontre du reptile. Nïn, quant à elle, le foudroie du regard. N'est-il pas capable de voir que, bien que Schizae l'ait officiellement libéré, il demeure son inférieur? Ces esclaves fraîchement cueillis... Il faut toujours qu'ils parlent, se fassent entendre, qu'ils luttent. Ils ont peur, sans doute. Peur, s'ils se taisent, de s'éteindre en tant qu'êtres libres, peur, s'ils acceptent leurs chaînes, que la greffe prenne. Peur de s'habituer, de devenir ce qu'on leur martèle qu'ils sont, par les mots, par les coups, ce que l'on grave en eux, par le fer, par le fouet, peur que leur cou, sous le poids des chaînes, ne se courbe à jamais. Nïn regarde le lézard. La greffe n'a pas pris en lui. Il se pense toujours comme étant libre, cela se voit. Elle ne sait pas ce qu'elle doit en penser. Elle aurait presque envie que Schizae sévisse, qu'elle lui apprenne, parce-qu'elle n'accepte pas qu'il remette en doute l'autorité de sa maîtresse. C'est quelque-chose qui ne lui plaît pas. Elle a l'impression qu'il entache le respect qu'elle-même a envers Schizae. Il met en doute son pouvoir, et donc l'obéissance de quiconque envers elle. Nïn regarde la petite baronne, et sa colère envers Serpad s'évanouit. Non, il ne peut rien entacher du tout. Il émane de la jeune baronne une autorité, un pouvoir, mêlés à la faiblesse et la fraîcheur de son âge, qui forcent l'admiration de Nïn en même temps que son affection. Le lézard peut dire et faire ce qu'il veut, cela n'a aucun poids. Et puis, il va les suivre, de toute façon.

Nïn sourit. Des dragons, une adorable et fascinante jeune baronne, un cadre magnifique, l'air pur caressant son visage... Elle a envie de ronronner. De danser, et de chanter. Soudain, elle se rend compte que Guuën s'est rapproché d'elle.

– Dis moi, beauté, que penses tu de ces deux apparitions descendues du ciel ? Que connais-tu des dragons ? Qui sont-ils pour toi ? Et pour vous les elfes ? Des rivaux ? On dit qu’ils prétendent être la sagesse, alors que tout le monde sait que vous êtes l’incarnation de la sagesse.
-Je.. je ne suis qu'une demi-elfe. Indigne d'être comparée à une elfe. Ma mère était une elfe. Elle ne m'a toutefois jamais rien dit d'une rivalité avec les dragons.

Il la gêne, avec ses flatteries. Et, si'l attend d'elle des discours aussi beaux qu'il les fait, il se fourvoie. Elle ne sait pas parler, elle. Elle essaie quand même, parce-qu'il est gentil avec elle:

-Je les trouve fascinants. Ils ont beau être de taille modeste, et sûrement jeunes, ils semblent si sages, et si puissants... Ils m'agacent juste un peu, parce-qu'ils ont fait pleurer notre jeune Dame.

Elle espère n'en avoir pas trop dit. Elle ne sait sur quel pied danser avec cet homme, qui lui parle comme à une égale, qui se montre à la fois agréable par sa poésie et énervant par son manque de respect envers Schizae.

- Désormais, tu n’es plus une esclave. Tu peux faire tout ce que tu désires. Que penses-tu de celle qui t’avais volé ta liberté ? Et des esclavagistes en général ? N’as-tu pas envie de changer ce monde pourri pour en faire quelque chose de beau où souffrance et inégalité n’existeraient plus ?

Nïn sursaute et le fixe, estomaquée. Est-ce qu'indirectement, il critique Schizae?

-Je... je reste son esclave. Je suis une esclave. Je... Je ne sais être autre-chose. Je ne le veux même pas. Cela est gravé en moi, dans ma peau, dans mon coeur. Et notre jeune Dame est... puissante. Je crois. Je ne la quitterai pas.

Elle baisse la tête. Il l'embête, avec ses questions. Elle la relève, ose planter ses yeux bleus dans ceux de l'homme des montagnes.

-J'en sais rien, des inégalités. C'est trop grand pour moi. Je ne suis que Nïn, pas une grande de ce monde. Juste une jeune esclave, et je n'ai pas mon mot à dire. Tout ce que je sais, c'est que je respecte Schizae, et que je l'apprécie. Il est rarement donné à un esclave d'apprécier ses maîtres. C'est une chance que j'ai.

Elle s'approche de lui, son regard toujours planté dans le sien, et laisse en elle monter cette magie qui la fascine tout en l'effrayant parfois.

-Par contre, j'ai beau n'être qu'une esclave, cela ne signifie pas que je sois une faible jeune fille. J'obéis à Schizae, car on m'a appris la valeur du respect. Cela a fait de moi une esclave extrêmement dévouée. Je ne vous conseille pas de tenter quoi que ce soit contre ma maîtresse ou ses amis. Vraiment pas. Il vous en cuirait.

Nïn laisse une flamme brûler un instant dans la paume de sa main droite, tout en projetant un léger souffle d'air vers l'homme des montagnes. Puis elle lui tourne le dos, retournant vers Schizae, apaisant ses pouvoirs. Les cheveux de sa nuque sont hérissés. Elle espère que sa menace aura suffit à calmer les velléités du montagnard. Quoi qu'il en soit, il lui faut informer Schizae des paroles que Guuën a échangé avec elle la veille, ainsi que de ce qu'il vient de lui dire. Elle a de plus en plus l'impression qu'il prépare quelque-chose. Elle se met à la hauteur de Schizae, et lui chuchote:

-Madame, il me semble que nous ayons une menace dans nos rangs...

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Re: Randonnées en montagne

Message  Serpad Eoc'Deokad le Ven 12 Fév 2016 - 15:55

SCHIZÆ – Oui… Ils vont nous mener à Jian.

Jian, ce devait être le nom de son neveu. Les deux jeunes dragons de l'espèce noble semblaient même pressés d'en finir avec cette histoire. Schizæ avait la chance de connaître deux dragons prêts à l'aider. Elle n'avait plus besoin de Nïn et de Serpad Eoc'Deokad. En revanche, l'Homme-lézard, lui, avait pour le moment encore besoin du reste du groupe. Au moins, il savait maintenant qu'il n'était plus un esclave. Il avait malgré tout encore du mal à le réaliser. Pour l'instant, toutes ces pensées étaient focalisées sur les deux dragons.

SCHIZÆ – Bien que je sois l’unique baronne de Triant, je ne puis hériter du domaine aussi simplement. Mon neveu, Jian, est l’héritier légitime des terres de Triant. Ben oui : c’est un garçon.

C'était une évidence pour elle, mais il n'y avait que chez les Humains que le sexe masculin avait tous les droits sur le sexe féminin. Serpad Eoc'Deokad était un Homme-lézard des villes, alors il avait appris à composer avec cette culture qui n'était pas la sienne.

SCHIZÆ – Je m’en vais donc de ce pas le chercher. Or i allons !

Serpad Eoc'Deokad ne voulait pas quitter le groupe maintenant, question de survie, mais une question lui trottait en tête. Avec deux dragons pour l'aider, même si ceux-ci étaient encore jeunes, Schizæ ne devrait plus avoir besoin de ses deux anciens esclaves. Serpad Eoc'Deokad ne voyait pas bien comment il pourrait aider un Humain à réclamer un rang seigneurial.

SERPAD – Alors quittons ces montagnes. Pourquoi cependant avez-vous besoin de moi pour retrouver... votre neveu ?

Schizæ fronça les sourcils et Serpad Eoc'Deokad craignit de se faire disputer. Cependant, au regard furtif que Schizæ jeta par-dessus son épaule, Serpad Eoc'Deokad devina que celle-ci craignait encore plus de contrarier les dragons. Elle formula une réponse neutre qui devait cacher un peu de vérité :

SCHIZÆ – Je n’y arriverais pas seule.

Mais justement, Schizæ devait maintenant comprendre qu'elle n'était plus seule. Comment pouvait-on s'estimer seul avec deux dragons à côté de soi ? Serpad Eoc'Deokad fit un léger geste du museau en direction de ces derniers.

SERPAD – Vous n'êtes plus seule.

Serpad Eoc'Deokad sentit qu'il pouvait faire exploser le courroux de Schizæ à tout instant à force d'essayer de la convaincre qu'elle n'avait pas besoin d'esclaves et qu'un Homme-lézard comme lui n'avait rien à faire dans une histoire d'héritage seigneurial d'Humains. Serpad Eoc'Deokad ne comprenait pas en quoi il allait bien pouvoir se rendre utile, mais vu la réaction de Schizæ, il se promit que ce serait la dernière phrase qu'il prononcerait pour un moment.

SCHIZÆ – J’ai besoin d’hommes courageux. Une fois morte, ma sœur m’a donné une mission : remettre le domaine de Triant à mon neveu. Il appartient en ce moment à un traître, voleur, malfaisant, exécrable et méchant homme. Ce maudit Théobald soi-disant de Triant ! Deux dragons ne suffiront pas pour le mettre à terre.

Et deux esclaves auraient plus de pouvoir que deux dragons ? Non, Serpad Eoc'Deokad ne comprenait toujours pas, mais il ne parla plus. Puisque Schizæ prétendait lui avoir rendu sa liberté, il espérait pouvoir quitter la Denoronhe sans délai et retrouver une vie normale. Au final, rien ne semblait avoir changé. Il allait être contraint de rester dans ce groupe encore un long moment. Au moins, il faisait la rencontre de deux dragons.

SCHIZÆ – Mais si tu as le cuer de lièvre, couard, tu peux t’en retourner faire l’esclave du premier venu, je n’en peux ni ho ni jo.

L'Homme-lézard inclina la tête avec un petit mouvement de recul en balançant un peu nerveusement la queue. Schizæ avait bien séché ses larmes et montrait encore son autorité. Voilà pour clore la discussion.
Pendant que les deux dragons discutaient avec Guuën et Nïn, Serpad Eoc'Deokad eut besoin de se mettre un peu dans sa bulle pour éliminer le sentiment de gêne qui s'était emparé de lui. Il commença à rassembler les affaires pour le voyage afin d'évacuer ses pensées.

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